09-07-2026

[Dt] Bénédictions et Malédictions dans l'Alliance avec YHWH

Deuteronomy 28:1-69 par : Père Alain Dumont
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Après le passage du YaReDDiN, le peuple est appelé à choisir librement entre la BÉNÉDICTION, fruit de l’écoute et de l’intériorisation de la TORâH, et la MALÉDICTION, conséquence du refus de cette Alliance.
BÉNÉDICTIONS et MALÉDICTIONS de ce chapitre ne sont pas des récompenses ou des châtiments arbitraires, mais l’expression des lois de la vie : elles révèlent les conséquences des choix humains.
Les MALÉDICTIONS sont un avertissement motivé par l’amour de YHWH, qui respecte la liberté de l'homme tout en l’appelant sans cesse à « choisir la vie », afin de demeurer dans la BÉNÉDICTION et d’accomplir sa vocation de Peuple Consacré.
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Transcription du texte de la vidéo : 
Tous droits réservés.
Citation : mentionner : © Père Alain Dumont, La Bible en Tutoriel, http://www.bible-tutoriel.com/ + titre de l'article
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Bonjour,

Nous ouvrons aujourd’hui le ch. 28 du Deutéronome, mais si vous le voulez bien, on va revenir un court instant au ch. 27 et à la description qu’il fait du RITUEL qui doit suivre le franchissement du YaReDDiN, aux v. 11 à 13.

1. Se tenir sur le mont GeRiZîM et sur le mont “ÉYVâL ;

« Moïse commanda au peuple ce jour-là — voyez, on est vraiment fixé sur ce JOUR où YiSseRâ‘éL est appelé à franchir le YaReDDiN, à devenir ACTIVEMENT un témoin de la TORâH — : Voici ceux qui se tiendront sur le Mont GeRiZîM pour bénir le peuple, lors de votre passage du YaReDDiN : ShiMe“ON, LéWî, YeHOuDâH, YiSsShâKhâR, YOSéPh et BiNeYâMiN Voici ceux qui se tiendront au Mont “ÉYVâL pour la malédiction : Re’OuVéN, GâD, AShèR, ZeVouLON, DaN et NaPheTTâLî. » (Dt 27,11-13).

Cette liste est celle des douze fils de Ya”aQoV qu’on ne trouve pas si souvent dans la TORâH : au tout début du livre de l’Exode, six fois dans le livre des Nombres pour mettre le peuple en ordre de marche ; et ici. Avec des variantes selon que YOSéPh est nommé ou ses fils, ‘ÈPheRaYîM et MeNaShèH. Cette liste, quelle qu’elle soit, est évidemment très tardive, mais le fait que les scribes l’inscrivent dans la TORâH, la pose au fondement inamissible de la constitution intime du peuple de YHW.

Par ailleurs, on est à nouveau branché directement sur la fin du ch. 11 : « Quand donc YHWH, ton ‘ÈLoHîM, t’aura fait venir sur le sol où tu viens pour en hériter, tu donneras la bénédiction sur le mont GeRiZîM et la malédiction sur le mont “ÉYVâL. » (Dt 11,29). Pas besoin d’être grand clerc ici pour entendre la symbolique : le mont GeRiZîM est un sommet verdoyant, et le mont “ÉYVâL est sec comme un coup de trique. Donc le premier est spontanément un signe de BÉNÉDICTION tandis que le second est un signe de MALÉDICTION, ça n’est pas très sorcier à comprendre.

Sur la répartition des tribus, disons juste que sur le GeRiZîM sont convoquées les tribus centrales ;  sur le mont “ÉYVâL sont convoquées celles qui gardent les frontières. Maintenant, on ne nous dit pas que les tribus sont montées chacune aux sommets de ces deux monts, sans quoi le rituel n’aurait pas pu fonctionner, vu la distance. Non : on imagine que les deux ensembles se tenaient au pied de chaque mont, avec les Fils de LéWî entre les deux. Et là, ça fonctionne !

Quoi qu’il en soit, c’est bien l’entité de TOUT YiSseRâ‘éL qui est rassemblée sur les deux montagnes suite au passage du YaReDDiN. Le temps de FONDATION est CLOS, on l’a vu dans la vidéo précédente ; à présent, il faut ASSUMER cette TORâH en connaissance de cause. Tout y est livré pour que la VIE soit victorieuse ; encore faut-il en choisir le chemin, comme l’intimera prochainement le ch. 30 E. YHW ne le fera pas à sa place. Voilà le contexte du récit.

À présent, prenons un peu de recul pour voir quelle est la nature de ces BÉNÉDICTIONS - MALÉDICTIONS du ch. 28.

2. Le Deutéronome : un formulaire d’alliance

Peut-être vous souvenez-vous qu’on avait parlé à propos du Deutéronome d’une composition de type FORMULAIRE D’ALLIANCE. Résumé très rapidement : un FORMULAIRE D’ALLIANCE est un traité diplomatique courant dans le Proche-Orient des IIe et Ier millénaires avt. J.-C., qui établit la relation entre un suzerain et son vassal. On le retrouve en particulier chez les Hittites et chez les Assyriens.

Il faut croire que ces traités ont profondément marqué les scribes deutéronomistes dont la mémoire remonte jusqu’au viiie siècle, lors de l’invasion assyrienne du Royaume du Nord, au point qu’ils reprennent la structure de ce formulaire pour exprimer l’ENTRE-DEUX qui régit l’ALLIANCE entre YHW et son peuple. Mais évidemment, ils vont retravailler ce FORMULAIRE en y inscrivant le contenu de la tradition prophétique, et tout l’appel à ce travail INTÉRIEUR spécifique du peuple ÉLU.

À travers la forme de ce traité d’ALLIANCE, YHW se présente donc en premier lieu comme ROI, sans négliger pour autant sa dimension de PÈRE et d’ÉPOUX. Il est ROI au sens où il veille sur le peuple qu’Il s’est choisi ; il est PÈRE au sens où Il est le point d’origine, où Il ENGENDRE ce peuple ; il est Époux au sens où il veut mêler CHARNELLEMENT son ÊTRE à ce peuple, et par lui à sa Création tout entière.

Se glisse donc une notion d’amour qu’on trouvait certes exprimée formellement dans les traités assyriens, mais dont la réalité, pour les scribes de la TORâH, est tout autre. Souvenons-nous : « YHWH s’est épris de vous et vous a élus — non que vous soyez nombreux parmi tous les peuples, car vous êtes le moindre de tous les peuples. C‘est parce que YHWH vous aime et garde le serment qu’il a juré à vos pères, que YHWH vous a fait sortir à main forte et qu’il t’a libéré de la maison des esclaves, de la main de PaRe“oH, roi de MiTseRaYîM. » (Dt 7,7-8).

Ceci dit, voyons les traits littéraires :

1.  [Dt 1,1-5] Le PRÉAMBULE identifie YHW comme ROI, et établit Moïse comme le SERVITEUR que YHW envoie comme MESSAGER auprès de son peuple.

2. [Dt 1,6 - 4,49]

Suit ce qu’on appelle le PROLOGUE HISTORIQUE qui récapitule les bienfaits de YHW en faveur de son peuple — essentiellement la libération de MiTseRaYîM et l’accompagnement providentiel dans le désert —.

3. [Dt 5 - 26]

Viennent alors les STIPULATIONS de l’alliance  qui constituent le cœur juridique du rouleau. D’une part le DÉCALOGUE et le SheMa YiSseRâ‘éL qui suit [Dt 5-6], qui constitue les STIPULATIONS FONDAMENTALES — la base constitutionnelle en quelque sorte .

Ces STIPULATIONS FONDAMENTALES sont toujours prolongées par des STIPULATIONS PARTICULIÈRES, à savoir ici une ultime mise en état de marche du peuple en vue de l’entrée en KeNa“aN [Dt 7 - 11] ; puis un code jurisprudentiel [Dt 12 - 26] qui détermine les pistes d’application du DÉCALOGUE dans la vie du peuple. On a vu que l’objectif, tout au long de ces chapitres, était d’INTÉRIORISER ce DÉCALOGUE ; et plus largement d’INTÉRIORISER toute la TORâH.

4.  [Dt 27 - 30]

Ces traités se terminent traditionnellement par une série de BÉNÉDICTIONS et de MALÉDICTIONS qui ne sont pas des sentences, mais des avertissements de sagesse :
• le peuple qui répond à l’APPEL de ce traité, qui consent LIBREMENT à l’ENTRE-DEUX qui l’unit à YHW, reçoit l’inspiration pour aller vers la VIE et se trouve BÉNI ;
• le peuple qui refuse de répondre l’APPEL énoncé par ce traité, qui renonce à l’ENTRE-DEUX qui l’unit à YHW ; ce peuple remis à lui seul est incapable d’aller vers la VIE qui lui échappe de bout en bout ; il retourne au ToHOu WâVoHOu et se trouve MAUDIT.

5.  [Dt 31 - 34]

Viennent enfin les dispositions de la TRANSMISSION, qui impose la lecture publique régulière de la TORâH — là on reconnaît l’empreinte des scribes du ve siècle, ainsi que les dépositions de TÉMOINS pour en poser la dimension de VÉRITÉ.

Du coup, une fois resitué notre ch. 28 dans l’ensemble du Deutéronome, on peut s’attaquer à sa lecture.

3. Les bénédictions dans l’Alliance

D’après le schéma qu’on vient de voir, il n’est pas surprenant d’entendre énoncer dans nos chapitres les BÉNÉDICTIONS et les MALÉDICTIONS u FORMULAIRE D’ALLIANCE que constitue le Deutéronome. Le plan est assez simple :
– d’une part : « Si tu écoutes l’appel de YHWH », du v. 1 au v. 14 ;
– d’autre part : « Si tu n’écoutes pas l’appel de YHWH », du v. 15 au v. 68.

On s’est suffisamment appesanti sur le sens de la BÉNÉDICTION et de la MALÉDICTION dans la TORâH dans les vidéos précédentes. Contentons-nous de rappeler que la BÉNÉDICTION relève d’une INTÉRIORISATION de la TORâH pour garder l’horizon de la VIE et se mettre en état de marche selon l’APPEL lancé par YHW à l’intention de ‘AVeRâHâM : « LeKh LeKha ! », « Va vers toi ! » (Gn 12,1).

Du coup, entre ces deux appels : « LeKh LeKha ! » au ch. 12 de la Genèse et « Choisis la VIE » qui retentit ici et qui sera formellement énoncé au ch. 30 du Deutéronome, la TORâH dessine une vaste inclusion et se trouve profondément UNIFIÉE pour conduire le peuple consacré à YHW sur le chemin intérieur de la BÉNÉDICTION.

« YHWH t’élèvera pour Lui en un peuple consacré — un peuple saint —, selon ce qu’Il t’a juré, si tu gardes les MiTseWOT de YHWH, ton ‘ÈLoHîM et si tu vas sur ses routes. Tous les peuples du sol le verront : le Nom de YHW sera invoqué sur toi et ils te craindront — « Peuple consacré de YHW », disait la fin du ch. 26 —. » (Dt 28,9). Là, on est au centre des BÉNÉDICTIONS : les v. 1 à 8 y amènent, les v. 10 à 14 en découlent.

Suite de quoi, au regard de cette bénédiction de VIE, se pointe l’énoncé des MALÉDICTIONS de MORT. Ce sont les v. 15 à 69, et là, on change carrément d’ambiance.

4. Les malédictions dans l’Alliance

Avant de lire ces versets assez violents, rappelons que la MALÉDICTION n’est en aucun cas une CONDAMNATION, sans quoi elle ne serait plus un chemin mais un verdict d’incarcération définitive dans le ToHOu WâVoHOu. La création tout entière s’en trouverait atomisée, et pour le coup, cela signerait l’échec absolu du projet divin.

Ces MALÉDICTIONS ne sont donc pas énoncées pour condamner, mais pour PRÉVENIR des conséquences d’un CHOIX qui reste toujours POSSIBLE, mais qui mène dans l’impasse ; ou plus rien ne PASSE — le passage étant le propre de la VIE —.

Ceci dit, attaquons-nous au contenu : les v. 15 à 19 sont le décalque en négatif des v. 1 à 6. Là, il y a certainement la trace d’un enseignement oral qu’on faisait apprendre par cœur et qui est en définitive très pédagogique.

À partir du v. 20 en revanche, il faut bien avouer que c’est assez dantesque. On n’y retrouve rien de moins que les frappes de MiTseRaYîM, comme si les scribes disaient à leur peuple : YHW ne nous a pas fait sortir de MiTseRaYîM pour que nous devenions à notre tour MiTseRaYîM ; les conséquences pour nous seraient les mêmes, voire pires dans la mesure où MiTseRaYîM ne connaissait pas YHW et sa TORâH, contrairement au peuple Hébreu au moment de PASSER le YaReDDiN ! Et à nouveau on reconnaît une inclusion entre le début et la fin de l’Exode, qui délimite une trajectoire LONGUE, mais nécessaire : 40 années dans le désert, entendons par là : le temps requis pour INTÉRIORISER la TORâH et se trouver en capacité de la TRANSMETTRE.

Les v. 20 à 44 redisent en définitive ce que la TORâH n’arrête pas d’énoncer depuis le début : si tu n’écoutes pas la VOIX de YHW, ton ‘ÈLoHîM, il n’y a aucune différence entre toi et les nations de la Terre, dont tu es la plus petite ! Et dans la mesure où elles ne vivent que de la loi du plus fort, les nations ne feront de toi qu’une bouchée ! C’est entre autres ce que décrit le v. 36 : « YHWH te fera aller, toi et ton roi que tu auras établi sur toi, vers une nation que tu ne connaissais pas, ni toi ni tes pères ; et là tu serviras d’autres ‘ÈLoHîM : du bois et de la pierre ! Et tu seras une dévastation, la fable et la risée parmi tous les peuples où YHWH te conduira. » (Dt 28,36-37).

Les v. 45 à 68 prennent le relai en développant le v. 14 en négatif, et c’est un désastre. Ce passage s’inspire de la prophétie du ch. 32 du livre de YiReMeYaHOu, la consolation en moins. Et c’est vrai que leur violence interroge. Mais elle est précisément  là POUR ÇA : pour qu’on s’interroge, pour que le peuple se mette en travail sur lui-même, dans cette CRAINTE que nous avons évoquées dans la vidéo précédente.

Je vous livre le commentaire de Élie Munk qui dit bien les choses, en s’appuyant sur les écrits de la Kabale : « En réalité, ces malédictions sont proférées par amour, comme par un père qui, pour réprimander son fils quand il veut le corriger, clame des malédictions en hurlant comme un lion, mais il ne les profère que du bout des lèvres et uniquement pour ramener son fils dans le droit chemin. Le cœur n’y est pas. »   .

Élie Munk exprime bien qu’il ne faut pas entendre ces propos comme un déferlement incontrôlé de colère à la manière humaine. « Je ne laisserai pas s’enflammer mes narines, Je ne reviendrai pas détruire  ‘ÈPheRaYîM ; Oui : Moi, Je suis ‘ÈL, et non pas homme ! Le Saint au milieu de toi et Je ne viendrai pas en rage. » (Os 11,9), dit YHW par la bouche de HOShé“a, dès le viiie siècle dans le Royaume de YiSseRâ‘éL.

Ces versets nous disent simplement que l’obéissance n’a rien de formel ! Elle est CRUCIALE parce qu’elle relève de l’AMOUR. Un AMOUR véritable qui APPELLE, mais qui, dans le même temps, RENONCE à toute manipulation ! De sorte qu’un REFUS est toujours POSSIBLE ! Et c’est AIMER en vérité que de prévenir des conséquences tragiques d’un tel REFUS. On a là la raison d’être de cette série impressionnante de MALÉDICTIONS.

Pour aller jusqu’au bout de cette intuition, parlons de cet ENFER dont tant de chrétiens voudraient qu’on ne parle pas. Grave erreur ! Parce que si l’ENFER n’est pas un POSSIBLE ; si le REFUS de l’APPEL du Christ Ressuscité n’est pas envisageable comme un POSSIBLE, alors nous sommes prisonniers de YHW ; prisonniers du Christ ; la LIBERTÉ n’est qu’un mensonge.

Il FAUT qu’un REFUS soit POSSIBLE. Et si danger il y a, ce n’est pas d’en parler, mais de NE PAS en parler comme un POSSIBLE, avec toutes ses conséquences. C’est très subtil : trouvant l’idée de l’ENFER insupportable pour la seule raison qu’elle récuse leurs revendications à ne vouloir en faire qu’à leur tête sans en subir de conséquences ; sous l’inspiration de leur YéTsèR HaRa“, les hommes d’aujourd’hui diluent l’ENFER en faisant croire que refuser YHW n’est jamais que le choix d’un “autre bonheur” que celui que propose la TORâH. C’est le signe d’une immaturité désastreuse !

N’ayant pas eux-mêmes été éprouvés au feu de la VIE et de ses règles, ils n’entendent pas la TORâH qui, elle, a été éprouvée au feu de mille épreuves et lui ont montré que les conséquences du REFUS de l’ENTRE-DEUX avec YHW revenaient inévitablement à s’engouffrer dans les MALÉDICTIONS décrites par nos versets ! Et le pécheur de s’obstiner : « Non non, ça n’arrivera pas ! Il y a d’autres chemins de bien-être ! » Et la folie commence…

«  Comme j’étais à la fenêtre de ma maison, je regardais par mon treillis et je vis parmi les niais, j’ai observé parmi les fils un garçon vide de cœur — le cœur est le lieu de la décision, donc un garçon pas fini, sans volonté — : il passait dans la rue, près de son recoin. En route vers sa maison, il s’engageait au crépuscule, à la tombée du jour, au milieu de la nuit et de l’obscurité.

Et voici : une femme s’en vient à la rencontre du jeune homme attifée en prostituée, l’artifice au cœur ; turbulente, effrénée, ses pieds ne tiennent pas à la maison ; tantôt dehors, tantôt dans les places, elle traque à chaque coin. Elle l’attrape et l’embrasse et la face effrontée, lui dit : “J’avais pour moi des sacrifices de paix, et aujourd’hui, j’ai accompli mes vœux ; sur quoi je suis sortie à ta rencontre, en quête de ton visage et je t’ai trouvé ! J’ai couvert mon lit de couvertures, de tapis de fil d’Égypte ; j’ai répandu, sur ma couche, la myrrhe, l’aloès et le cinnamome.

Viens ! Abreuvons-nous d’étreintes jusqu’au matin, exultons de volupté ! Car l’époux n’est pas dans la maison, il s’en est allé au loin sur la route ; il a pris la bourse d’argent et ne reviendra dans la maison qu’à la pleine lune.”

Elle le détourne par son grand savoir-faire, elle l’entraîne de ses lèvres enjôleuses. Dans son trouble, il la suit comme le bœuf qu’on mène à l’abattoir, comme un cerf qui se prend au lacet, jusqu’à ce qu’une flèche lui ait crevé le foie ; comme l’oiseau se jette dans le piège sans savoir qu’il y va de sa vie.

Et maintenant, fils, écoutez-moi, soyez attentifs aux dires de ma bouche : que ton cœur ne dévie pas dans ses chemins et n’erre pas dans ses sentiers ! Oui, nombreux sont les occis qu’elle a fait tomber ; ils étaient vigoureux, tous ceux qu’elle a butés. Sa maison est le chemin du She’OL qui descend aux chambres de la mort. » (Pr 7,6-27)

Voilà ce qu’à leur manière, les MALÉDICTIONS mettent tout en œuvre pour l’éviter ! Comprenons bien qu’il s’agit des LOIS DE LA VIE et qu’il n’y en a pas 10 000 ! De sorte qu’à les outrepasser témérairement, il ne reste que la dévastation ! Autrement dit : si tu ne t’élèves pas, tu te fracasseras ! Si tu n’empruntes pas la spirale vertueuse de la VIE, tu seras inexorablement pris dans le vortex de la MORT qui ne t’octroiera aucun ménagement !

Personnellement, et dans la ligne d’Élie Munk, j’entends les larmes de YHW à chacun de ces versets ! Des larmes d’autant plus chaudes que notre désobéissance Le réduit à l’IMPUISSANCE de pouvoir nous sauver, Lui qui est pourtant le Tout-Puissant ! Car YHW n’est pas Tout-puissant au sens où Il pourrait tout faire à sa guise, jusqu’à faire fi des Lois de la VIE que Lui-même a instaurées..

YHW est Tout-puissant au sens où Il sait consentir à ce que l’homme REFUSE l’ENTRE-DEUX qui les unit. Cela s’appelle l’AMOUR, qui ne laisse pas YHW indifférent, comme l’établit une certaine théodicée universitaire aussi hors-sol que froide… Ne lui en déplaise, ‘ÈLoHîM tel que la TORâH nous Le présente, souffre non pas du REFUS que les hommes peuvent Lui opposer, mais de la souffrance qui les envahit dès lors qu’ils décident de s’enfermer dans leur REFUS. Celui qui a sans doute le mieux parlé de cette souffrance en Dieu est Baudouin de Ford, un moine cistercien du xiie siècle :

« On voit souvent une mère compatissante souffrir un plus grand tourment de la maladie de son fils, que le fils ne souffre lui-même de son mal. C’est l’amour qui fait cela. L’amour qui déverse la douleur de l’autre dans la personne qui aime. Ce faisant, l’amour augmente cette douleur, si bien que l’on souffre davantage par compassion à la douleur de l’autre, que cet autre ne souffre de sa propre douleur. Et l’on voudrait assumer seul toute la douleur pour que l’autre n’en ait aucune… Dans la souffrance de compassion à la douleur d’autrui, l’âme qui souffre ainsi se trouve en quelque sorte partagée : elle est à la fois hors d’elle-même et en elle-même. Lorsqu’elle voit souffrir celui qu’elle aime, dans son désir de communion à sa souffrance, elle se prête à lui ; elle s’épanche en dehors d’elle-même et, par l’empressement de sa compassion, voudrait s’unir à lui pour souffrir à sa place... » (Baudouin de Ford, in Lectionnaire pour chaque Jour de l’Année, vol. 4, Solesmes/Cerf (2005), p. 590).

Souffrir à la place de l’autre, l’homme n’en a pas la puissance. YHW, Lui, oui : mais Il le fera en son temps, au moment favorable, par la Passion du Verbe Incarné. Pour l’heure, l’œuvre de la TORâH est de prévenir : la MALÉDICTION est de l’ordre du POSSIBLE, et c’est au peuple consacré à YHW qu’est confiée la mission de la porter comme telle ; pour lui-même en priorité, et l’histoire humaine montrera à quel point le REFUS n’est pas une abstraction, non moins que ses conséquences.

Le v. 69 vient clore le ch. 28 : « Voici les paroles de l’Alliance que YHWH a commandé à Moïse de trancher avec les Fils de YiSseRâ‘éL sur le sol de MO’âV, en plus de l’Alliance qu’Il avait tranchée avec eux au [Mont] .HoRéV. » (Dt 28,69). Il ne s’agit évidemment pas d’une “autre” Alliance, mais d’une ÉTAPE de l’Alliance, au moment où celui qui l’a portée se retire, au moment donc où le temps des FONDATIONS s’achève et où il va falloir maintenir le cap de la BÉNÉDICTION une fois franchi le YaReDDiN.

C’est une grande aventure qui se profile, à laquelle YHW ne se dérobe pas. Car si le REFUS reste un POSSIBLE, le CONSENTMENT aussi en est un, qu’il ne saurait être question de négliger. Là s’enracine toute l’ESPÉRANCE de la TORâH de Moïse.

Nous verrons la suite la prochaine fois.

Je vous remercie.
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