26-06-2026

[Dt] Au peuple d’inscrire la TORâH à même sa CHAIR.

Deuteronomy 27:1-8 par : Père Alain Dumont
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Fini les listes de règles et d’ordonnances.
À présent, dernière étape : il faut se préparer à franchir le YaReDDiN comme un acte initiatique : pour cela, pétrifier deux stèles sur lesquelles inscrire la TORâH, et pétrifier un autel pour offrir le premier sacrifice sur le Sol promis.
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Transcription du texte de la vidéo : 
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Citation : mentionner : © Père Alain Dumont, La Bible en Tutoriel, http://www.bible-tutoriel.com/ + titre de l'article
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Bonjour,

Nous poursuivons notre lecture du Deutéronome et nous voici arrivés à la conclusion du livre, qui couvre les ch. 27 à 30. Les ch. 31 à 34 sont d’une autre veine, et constituent plus largement la conclusion de l’ensemble de la TORâH, avec les ultimes gestes de Moïse et son chant final.

Alors c’est vrai que le passage du Code Deutéronomique — les ch. 12 à 26 — à la conclusion du Deutéronome est un peu abrupt, mais bon. Toujours est-il que maintenant, fini les discours ! il va s’agir de franchir le YaReDDiN, le Jourdain.

1. Retour au récit

« Moïse et les Anciens de YiSseRâ‘éL commandent au peuple en disant : “Garde toute la MiTseWâH — c’est-à-dire le commandement — que moi, je vous commande aujourd’hui ! » (Dt 27,1). Le v. 1 réintroduit les ANCIENS, différents de ceux dont parlaient les ch. 12 à 26 qui auraient pour mission de former des SANHÉDRINES, c’est-à-dire des conseils appelés à se composer une fois le peuple implanté et sédentarisé dans des cités.

Il s’agit ici des représentants du peuple qui apparaissent au livre de l’Exode aux côtés de Moïse quand il faut, par exemple, transmettre au peuple l’appel du Buisson-ardent (Ex 3,16) ; l’accompagner sur la Montagne lors de la conclusion de l’ALLIANCE (Ex 24,9) ou encore représenter le peuple au moment de cérémonies solennelles. Donc les revoilà avec le récit.

Du coup on retrouve la figure de Moïse parce que même s’il est censé parler au fil du Code Deutéronomique qui précède, à part quelques ajouts récents qui le mettent en scène, sa présence formelle n’est pas nécessaire à ce Corpus de textes remontant au viie siècle avt J.-C.

Rappelons-nous : les premiers linéaments du Code Deutéronomique sont apparus sous le règne du roi .HiZeQiYYâHOu entre l’an 700 et l’an 687 ; la rédaction du Code s’est poursuivie dans le secret du Temple sous MeNaShèH, de 687 à 642 ; avant d’être promulgué par le roi Yo’ShiYYâHOu à partir de 622. Donc le moins qu’on puisse dire, c’est que ce viie siècle est déterminant.

À cette époque, Moïse appartient sûrement à la tradition des Fils de LéWî — gardiens des sanctuaires en toile de YHWH répartis sur le territoire, auxquels il faut ajouter le sanctuaire de YeROuShâLaYiM qui, lui, est en PIERRE —, mais il n’est pas encore reconnu comme figure fédératrice de TOUT YiSseRâ‘éL ! Et de fait, le Code Deutéronomiste édicte un certain nombre d’ordonnances qui n’exigent nullement d’être rattachés formellement à l’histoire telle que les scribes la rédigeront au vie - ve siècles en prenant Moïse comme figure de proue.

À partir de notre chapitre, on retrouve donc le récit abandonné un temps entre les ch. 12 et 26. On peut d’ailleurs faire l’expérience de passer directement du ch. 11 au ch. 27 : ça s’enfile comme dans du beurre ! « Vous passerez le YaReDDiN pour venir hériter du Sol que YHWH, votre ‘ÈLoHîM, vous donne ; vous en hériterez et vous l’habiterez. Vous veillerez à faire toutes les ordonnances — les .HouQOT — et les jugements que moi — Moïse — je donne face à vous aujourd’hui. » (Dt 11,31-32). « Moïse et les Anciens de YiSseRâ‘éL commandèrent au peuple en disant : “Garde toute la MiTseWâH — le commandement — que moi, je vous commande aujourd’hui ! Au jour où vous passerez le YaReDDiN vers le Sol que YHWH ton ‘ÈLoHîM te donne, dresse de grandes pierres, chaule-les à la chaux. Lors de ton passage, écris sur elles toutes les Paroles de cette TORâH pour venir sur le Sol que YHWH ton ‘ÈLoHîM te donne, un Sol ruisselant de lait et de miel — de dates —, selon la Parole de YHWH, le ‘ÈLoHîM de tes pères » (Dt 27,1-3).

Bref. Le plus important est qu’on renoue ici avec l’objectif premier du Deutéronome, à savoir le FRANCHISSEMENT du YaReDDiN. Un épisode essentiel, parce qu’il fait passer TOUT YiSseRâ‘éL du statut de peuple EN ERRANCE à celui de peuple DE DROIT, sur un Sol dont il a conscience d’HÉRITER de la part de YHWH.

Ce passage est d’autant plus important que cet HÉRITAGE est ce qui légitime, au vie siècle, le retour d’Exil ! Avec ZeRouBâVèL, puis plus tard “ÈZeRâ‘ et Ne.HèMeYâH, les Juifs quittant la Perse vont être à leur tour appelés à franchir le YaReDDiN, dans le même sens que leurs pères, pour revenir sur le Sol qui reste à jamais l’HÉRITAGE de TOUT YiSseRâ‘éL !

Voyez : on est en plein dans l’AUTRE-TEMPS : le PASSÉ VIVANT — le passage du YaReDDiN par les pères — rend PARLANT le PRÉSENT des scribes exiliques qui visent le RETOUR sur le Sol promis. Du coup, un À-VENIR est rendu possible là même où on n’y croyait plus : « Au bord des fleuves de Babylone, nous étions assis et nous pleurions, nous souvenant de TsîYYON. Aux saules des alentours nous avions pendu nos harpes… » (Ps 137(136),1-2). Quand bien même ce retour sera tout, sauf facile ! Peu importe : l’essentiel est que l’HÉRITAGE ne soit pas perdu, par la grâce de ‘ÈLoHîM qui autorise le retour.

Et là rendons-nous compte : si les scribes n’avaient pas été inspirés d’écrire la TORâH pour recueillir et raconter l’histoire de leur peuple ; s’ils s’étaient juste dit : « On est pas mal en Perse ! Vivons et buvons car demain nous mourrons ! » et si les Prophètes ne leur avaient pas botté l’arrière train en ce sens — ; s’il ne restait rien de la MÉMOIRE de l’ÉLECTION et de l’HÉRITAGE qui lui est associé, si YeROuShâLaYiM et le TEMPLE étaient restés à terre, le TEMPS FAVORABLE de l’INCARNATION du VERBE de ‘ÈLoHîM n’aurait jamais paru…

Maintenant, ce que dit aussi notre texte, c’est qu’entrer ou revenir sur le Sol ne relève pas d’une conquête sur le mode expansionniste des nations… Il faut SOLENNISER rituellement cette entrée pour que le peuple — et avec lui les Juifs qui reviennent d’Exil — intègre bien que ce Sol n’est pas l’objet d’une CONQUÊTE militaire — n’en déplaise au livre de YeHOShOu“a qui suit et qu’il faut apprendre à décrypter —. Le RITE commandé dans les v. 2 à 8 a pour but de SANCTUARISER ce SOL, c’est-à-dire le marquer RITUELLEMENT du sceau de l’ÉLECTION de YHWH, le DIEU ‘è.HâD, le Dieu SAUVEUR.

Dit autrement, ce Sol est à HÉRITER INTÉRIEUREMENT. Et ça, c’est un travail spirituel qui prendra du temps, qui devra supporter bien des erreurs, bien des aveuglements de la part des rois pour comprendre que si YiSseRâ‘éL se comporte comme les nations, il se fera avaler par elles ; qu’il lui faut donc entendre que, par la TORâH, l’ÉLECTION lui désigne un AUTRE CHEMIN à emprunter AVEC YHWH ; sur lequel, à l’image de Ya”aQoV, il faut LUTTER AVEC YHWH pour accéder à la véritable LIBERTÉ : la LIBERTÉ INTÉRIEURE que tenteront de déployer les Écrits de Sagesse qui sont rédigés eux aussi à partir du ve siècle… Tout ça est concomitant.

Reste maintenant à savoir de quelles paroles il s’agit, et pourquoi TOUT YiSseRâ‘éL doit les écrire sur des tables de PIERRE.

2. À Tout YiSseRâ‘éL d’écrire les Paroles

En soi, les Paroles qu’évoquent nos versets ne peuvent être que celles du Décalogue qui constitue le « noyau dur » de toute la TORâH — s’il est répété par deux fois, en Ex 20 et en Dt 5, c’est qu’il y a une raison. Aucune autre charte ne bénéficie d’un tel traitement de faveur.

Sauf que ces paroles sont déjà inscrites sur les Tables qui sont dans l’Arche… « [Moïse] prit [les Tables du] Témoignage et le[s] posa jusque dans l’Arche. Il mit les barres sur l’Arche et — pour la fermer —, il posa le propitiatoire sur l’Arche — On est à la toute fin du livre de l’Exode —. » (Ex 40,20).

Reprenons patiemment les étapes. D’après l’Exode, la toute première rédaction du Décalogue est exclusivement le fait de YHWH : « YHWH dit à Moïse : “Monte vers moi sur la Montagne. Sois là ; Je te donne les Tables de pierre, la TORâH et la MiTseWâH que J’ai écrites pour être enseignées.” » (Ex 24,12) ; « Et Il donna à Moïse, ayant fini YHWH de parler avec lui dans le Mont SîNaï, les deux Tables du Témoignage, les Tables de pierre écrites par le Doigt de ‘ÈLoHîM. » (Ex 31,18).

Rappelons-nous ce qu’on a dit sur le TÉMOIGNAGE à propos de Dt 24 : les “Tables du Témoignage” sont les Tables à partir desquelles le TÉMOIGNAGE de TOUT YiSseRâ‘éL pourra être rendu de manière fiable de génération en génération. Elles constituent donc le socle d’une TRANSMISSION dont la PERTINENCE, la FIABILITÉ et la VÉRITÉ pourront être éprouvées au fil du temps, au fil de l’AUTRE-TEMPS.

Toujours est-il que, suite à l’épisode du Taurillon d’Or qui a motivé la destruction des premières tables, deux autres les ont remplacées, écrites cette fois de la main de Moïse : « YHWH dit à Moïse : “Écris pour toi ces paroles car, sur la bouche de ces Paroles, Je tranche une Alliance avec toi et avec YiSseRâ‘éL.” Moïse fut [sur la Montagne] avec YHWH quarante jours et quarante nuits ; il ne mangea pas de pain et ne but pas d’eau. Et il écrivit, sur les Tables de pierre, les Paroles de l’Alliance : dix Paroles. » (Ex 34,27-28). Ce sont ces 10 paroles, nous disent les scribes du vie siècle, qui seront déposées dans l’arche. Quoi qu’il en soit, on est en droit de s’interroger : pourquoi faut-il que YiSseRâ‘éL, une fois le YaReDDiN traversé, en écrive une troisième version ?

La réponse est anthropologique : rappelons-nous que l’acte d’écriture est un acte d’APPROPRIATION dans la mesure où il est impératif de CONNAÎTRE PAR CŒUR ces paroles avant de les transcrire pour éviter d’y introduire des erreurs ; raison pour laquelle on n’était scribe assermenté que vers l’âge de 40 ans, l’équivalent d’une première tranche de vie passée principalement à apprendre la TORâH. On estimait alors qu’après un examen auprès des Maîtres, le scribe était apte à fidèlement la rédiger.

Dans un premier moment, quand YHWH écrit et remet à Moïse les deux tables à la fin d’Ex 31, on peut dire que YiSseRâ‘éL les reçoit PASSIVEMENT ; il ne les a pas encore faites siennes. De sorte que quand Moïse, suite au taurillon d’or, BRISE CES TABLES, c’est par miséricorde vis-à-vis d’un peuple qui n’a pas INTÉRIORISÉ des paroles divines dont la promulgation lui eût été tragique — Je vous renvoie à ce propos à ce qu’on a dit à propos d’Ex 32. — Ça va trop vite ! C’est trop rapide ! Il faut respecter les étapes !

Suite de ça, YHWH dit à Moïse d’écrire lui-même ces tables. Disons que ça diminue la pression sur le peuple : si Moïse promulgue des paroles qu’il a écrites lui-même, ce ne sera pas aussi oppressant que si le doigt de YHWH en personne les a rédigées. Mais il y a autre chose : que Moïse à son tour se mette à l’écriture signifie qu’il a lui-même INTÉRIORISÉ les 10 PAROLES ! Il les connaît par cœur, ce qui signifie qu’il a la légitimité d’une part de pouvoir ÉCRIRE une TORÂH inscrite dans sa MÉMOIRE, jusque dans sa CHAIR ; et d’autre part de fonder cette TORâH comme un SOCLE DE TRANSMISSION offert à tous les clans de YiSseRâ‘éL.

Sauf que pour ça, il faut qu’ advienne la troisième étape du processus : au PEUPLE tout entier d’INTÉRIORISER à son tour cet HÉRITAGE ; d’où l’impératif de nos versets : « Lors de ton passage, écris sur elles toutes les Paroles de cette TORâH » (Dt 27,3).

Dès lors, la destination de ces nouvelles Tables de pierre écrites par TOUT YiSseRâ‘éL n’est plus d’être déposées dans l’Arche, mais d’être MATIÈRE À UN RITUEL ! On l’a vu dans la dernière vidéo : le RITE est un acte DU CORPS entier, du CORPS ‘è.HâD, dont l’objectif est que chacun de ses membres INTÉRIORISE l’ENTRE-DEUX qui, par la médiation de ce CORPS et jamais sans elles, les attachent à YHWH.

Encore une fois : aucun membre n’est attaché par lui-même et pour lui-même à YHWH — ça, c’est la vision protestante — Analogiquement, l’auriculaire n’a pas une relation privilégiée avec le cerveau indépendamment des autres membres ! C’est PAR LE CORPS UNIFIÉ, par toutes les chaînes d’ENTRE-DEUX qui le composent que chaque membre trouve sa place et sait ce qu’il a à faire au bénéfice de l’ENSEMBLE, et par là à son propre bénéfice !

La BÉNÉDICTION qu’invoque le Deutéronome de bout en bout est NÉCESSAIREMENT celle du CORPS ‘è.HâD D’ABORD, qui rejaillit par suite sur chaque membre. Ce que nous montre la TORâH, c’est que l’individualisme est un mensonge séducteur qui fait miroiter à chacun son indépendance, alors qu’il ne lui offre que de rester dans le ToHOu WâVoHOu d’où aucune vie ne peut jaillir sans le CORPS, sans ENTRE-DEUX.

Eh bien : le RITUEL — et bien entendu le RITUEL décrit dans nos versets — est donné pour UNIFIER LE CORPS. Pour manifester cette UNITÉ du CORPS avant tout, indispensable à la vie de chaque membre, alors même que Moïse viendra de se retirer, puisque ce RITUEL sera à mettre en œuvre après sa mort.

Mais allons plus loin : pour que le CORPS trouve son UNITÉ, il est NÉCESSAIRE que Moïse se retire, de la même manière que Jésus dira à ses disciples à la veille de mourir : « Il est bon pour vous que je me retire. » (Jn 16,7). Un retrait de Moïse que mettront en scène à leur manière les derniers chapitres du Deutéronome.

Toujours le même processus anthropologique : pour qu’une TRANSMISSION s’opère, il est NÉCESSAIRE que s’éclipse celui qui l’a portée un moment. De fait, quand un proche est sur le point de mourir, tant qu’il n’a pas rendu son dernier souffle, il reste pour nous comme à l’EXTÉRIEUR de nous. Dès qu’il meurt en revanche, dans le quart de seconde qui suit, nous passons par réflexe sur le mode INTÉRIEUR, sur le mode “MÉMOIRE”.

C’est à ce point vrai que pour celui n’a pas pu constater la mort du défunt pour une raison ou pour une autre, il lui est quasi impossible d’entrer dans ce processus d’INTÉRIORISATION en quoi consiste le « travail du deuil ».  Le RITUEL du deuil est précisément donné pour accompagner ce passage de l’EXTÉRIEUR à l’INTÉRIEUR ; un travail qui est toujours un travail DU CORPS — qu’il s’agisse de la famille ou d’un peuple — ; jamais seulement le travail d’un seul membre individuellement. Il serait trop long d’en dire plus ici.

Il faut donc que Moïse se dérobe pour que le peuple, en tant que descendance de Ya”aQoV, passe sur le mode “MÉMOIRE”. Et comme il s’agit du peuple entier, ce passage de l’EXTÉRIEUR à l’INTÉRIEUR doit être RITUALISÉ de sorte que s’opère le DEUIL, suite à la SECOUSSE de sa disparition qui ébranle TOUT YiSseRâ‘éL. Cette SECOUSSE est donnée pour relancer le peuple dans l’ÊTRE et le positionner, grâce à l’INTÉRIORISATION, à l’entrée du chemin de la BÉNÉDICTION que lui montre la TORâH.

C’est le sens de la traversée initiatique du YaReDDiN que Tout YiSseRâ‘éL va investir d’une parole — vous vous souvenez de ce qu’on a dit à propos du ch. 26 — qu’il va réécrire pour lui-même sur ces Tables. Ainsi s’appropriera-t-il ACTIVEMENT la TORâH de Moïse, son HÉRITAGE premier, son HÉRITAGE originel sans lequel il n’y aurait aucun HÉRITAGE possible du Sol.

3. Les pierres de la TORâH

« Là — c’est-à-dire de l’autre côté du Jourdain — tu pétrifieras un autel à YHWH, ton ‘ÈLoHîM ; un autel de pierre sur lequel tu n’auras pas brandi le fer — la fameuse pâte de roche dont on a parlé en son temps à propos du patriarche YOSéPh Aménophis — : c’est avec de la pierre d’un seul tenant — ‘aVâNîM SheLéMOT, שְׁלֵמוֹת֙ אֲבָנִ֤ים — que tu pétrifieras l’autel de YHWH, ton ‘ÈLoHîM ; et tu offriras dessus des Montées — des “oLâH, des holocaustes — à YHWH, ton ‘ÈLoHîM. » (Dt 27,5-6)

Rappelons-nous à nouveau : la racine du mot ‘éVèN,אֶבֶן, la PIERRE, est le verbe BâNâH, בָּנָה, littéralement : “pétrifier”, “fabriquer de la pierre”. Le terme est au pluriel : ‘aVaNîM, non pas pour désigner plusieurs pierres mais comme un pluriel générique ; tout comme [‘ÈLoHîM] : c’est un “pluriel générique”, pour ainsi dire, un pluriel “solennel” quand il désigne le Dieu UN.

Bref, on ne dit donc pas ici que l’autel est composé de “plusieurs pierres”, mais que l’autel est « de pierre » ; comme on dit une « maison de pierre » en français, non pour signifier qu’elle est bâtie « avec des pierres » mais de manière générique, en « matière pierreuse » pour ainsi dire ; et le texte de préciser :  ‘aVâNîM SheLéMOT, שְׁלֵמוֹת֙ אֲבָנִ֤ים, c’est-à-dire « une pierre d’un seul tenant ». שָׁלֵם, ShâLéM, signifie “entier”.

Alors on ne peut pas reprendre ici l’histoire de YOSéPh-Aménophis par qui cet art de la pétrification s’est transmis : je vous renvoie aux vidéos correspondantes sur la Genèse. Juste préciser qu’on ne voit pas très bien comment faire un autel de pierre sans que celles-ci ne soient taillées par des outils métalliques. Il n’y a que l’hypothèse de la pâte de roche qui réponde à cet impératif divin. Mais bon.

Par ailleurs, rappelons-nous que, si prégnante que soit la culture mésopotamienne sur la rédaction de la TORâH, la culture égyptienne antique inspire elle aussi profondément la MÉMOIRE de TOUT YiSseRâ‘éL, pour laquelle la PIERRE est un signe d’ÉTERNITÉ. Quand le grand Imhotep bâtit les pyramides, ce n’est pas simplement une prouesse technique : les PIERRES pétrifiées marquent symboliquement la mort du Pharaon qu’elles abritent du sceau de la TRANSMISSION de son HÉRITAGE. Les pyramides plantent dans le paysage une ORIGINE dont les générations suivantes se sauront redevables.

Sur cette base, la langue hébraïque revisite ce caractère ÉTERNEL en surinvestissant la PIERRE qui devient, en hébreu, le signe des LIENS, des entre-deux qui unissent entre elles toutes les générations de YiSseRâ‘éL.

Souvenons-nous : ‘èVèN, אֶבֶן, peut se lire comme l’assemblage de deux racines : ‘âV, אָב, le père, et BéN, בֵּן, le fils. Du coup, en hébreu, chaque PIERRE de construction est PARLANTE : elle PARLE DE TRANSMISSION ! Du coup, dans l’ordre de l’AUTRE-TEMPS, la PIERRE se révèle VIVANTE ! Elle est comme l’INCARNATION de l’AUTRE-TEMPS ; de ce PASSÉ qui ne s’évanouit jamais et qui ne cesse d’influer sur le PRÉSENT, sur la manière de voir le monde, de SE voir dans le monde, d’y tenir sa place… Raison pour laquelle aujourd’hui, un Juif qui prie au Mur du Temple TOUCHE la PIERRE ! Pour entrer en résonnance avec la MÉMOIRE DE SES PÈRES, dans l’AUTRE-TEMPS.

La PIERRE rappelle que le TEMPS n’est pas seulement cet instant fugitif qui nous échappe, mais une DURÉE : là où “ça” devrait s’évaporer de seconde en seconde, voilà que “ça” DURE… “Ça” s’inscrit dans une DURÉE qui nous fait mystérieusement rejoindre nos pères et qui les fait nous rejoindre. C’est là une manière PARLANTE d’entrer dès ici bas dans le mystère de l’ÉTERNITÉ.

Et la chose est loin d’être anodine pour nous chrétiens ! Quand l’apôtre Pierre écrit : « Vous êtes des PIERRES VIVANTES » dans sa première épître, ce n’est pas que symbolique ! Du cœur de la tradition juive la plus incarnée, du cœur de l’AUTRE-TEMPS qui illumine son esprit, l’apôtre nous dit : « Dans le Christ Jésus, vous êtes des fils adoptifs du Père éternel. Dès lors, vous êtes HÉRITIERS de l’ENTRE-DEUX qui relie SPIRITUELLEMENT le Père éternel, ‘âV, à chacun de ses fils, BéN ; un ENTRE-DEUX CHARNEL — puisque le lieu qu’investit l’ESPRIT, c’est la CHAIR — ; une CHAIR qui prend en quelque sorte le relai de la PIERRE dans l’ordre de l’ÉTERNITÉ. Et oui : la CHAIR est ÉTERNELLE, ce qui ne devrait pas surprendre des chrétiens !  Jésus parlera, lui, du ROC pour signifie sa propre CHAIR dans la parabole de la Maison bâtie sur de solides fondations. Et ce n’est pas pour une autre raison que Jésus a donné à Simon le surnom de Képhas, PIERRE.

Cet ENTRE-DEUX fait donc CHARNELLEMENT des chrétiens les PIERRES VIVANTES de l’édifice qui est l’Église, le CORPS ‘è.HâD dont le Christ est la tête et pour qui l’apôtre ne trouve pas de meilleur SIGNE que celui de la PIERRE VIVANTE : « Approchez-vous de Lui, la pierre vivante rejetée par les hommes, mais élue et précieuse auprès de ‘ÈLoHîM. Vous-mêmes, comme pierres vivantes, vous êtes édifiés en maison spirituelle — la maison, ici, c’est le Temple, le BéYT HaMiQeDDâSh, et la suite va dans ce sens —, jusqu’en un sacerdoce saint pour élever vers ‘ÈLoHîM des sacrifices spirituels, capables d’être agréés par ‘ÈLoHîM, par Jésus Christ. » (1P2,4-5).

Alors, pour en revenir à notre texte, tout ça permet de mieux cerner la signification profonde de la pétrification commandée par YHWH de deux nouvelles Tables et d’un autel. Graver le Décalogue sur une PIERRE, comme faire des offrandes sur un autel en PIERRE ne convoque rien de moins, de père en fils, que la MÉMOIRE qui unifie en un CORPS ‘è.HâD toutes les générations d’YiSseRâ‘éL, passées et à venir ; comme un TEMPLE édifié des PIERRES VIVANTES que constitue chaque Fils de YiSseRâ‘éL !

Dit autrement : ces Tables gravées du Décalogue après le franchissement du YaReDDiN inscrivent cette fois la TORâH de Moïse à même la CHAIR du peuple, c’est-à-dire ACTIVEMENT. Ce RITE signifie que le temps du désert est certes définitivement clos, non pas pour être rejeté aux oubliettes mais tout au contraire pour constituer le socle infrangible de l’HISTOIRE qui va s’ouvrir en franchissant le YaReDDiN ; un SOCLE, un ROC qu’aucune des affres de l’histoire qui s’ensuit ne pourra affecter. La TORâH constitue ainsi la RACINE UNIQUE et ÉTERNELLE de tout YiSseRâ‘éL : ce n’est pas le Sol qui fait YiSseRâ‘éL ; ce n’est pas la royauté qui fait YiSseRâ‘éL ; pas plus que la Prophétie ou la Sagesse ! Non !

Ce qui fait le peuple de YiSseRâ‘éL, c’est la TORâH inscrite désormais à même la CHAIR de ce CORPS. C’est la TORâH qui le fait ‘è.HâD, qui le fait UN ! À quelque époque qu’appartiennent ses membres, où qu’ils se trouvent, fût-ce en diaspora ; chacun est fondé sur le ROC de l’ALLIANCE ÉTERNELLE qui fait de lui ce qu’il est : un Fils de Ya”aQoV-YiSseRâ‘éL viscéralement attaché, par le CORPS auquel il appartient, à YHWH, le ‘ÈLoHîM SAUVEUR qui combat avec son peuple pour traverser victorieusement les SECOUSSES d’À-VENIR qui ne manquent pas de bouleverser son histoire. Le sens de la parabole de Jésus sur la Maison bâtie sur le ROC est là.

En façonnant les Tables du Témoignage et en vivant le RITUEL prescrit par notre chapitre, les pères n’ont pas seulement sanctuarisé le Sol promis. Ce faisant, ils ont fait de ce PASSAGE d’une rive à l’autre du YaReDDiN un ÉVÉNEMENT de l’AUTRE-TEMPS qui allait illuminer chaque instant de la vie de leur descendance et lui donner de toujours savoir envisager l’À-VENIR qui viendra les frapper — c’est encore la parabole du Christ —. Par eux, le CORPS que constitue leur peuple, toutes générations confondues, est vraiment ‘È.HâD. Et ça, les Juifs qui reviennent d’Exil au ve siècle, et jusqu’à aujourd’hui, le portent dans leur CHAIR.

D’où le rituel décrit des v. 2 à 8 qui positionne à jamais YiSseRâ‘éL comme TÉMOIN de l’ALLIANCE ÉTERNELLE de YHWH face aux nations. Non seulement celles qui sont sur le même Sol, mais encore les nations répandues sur toute la terre appelées à rejoindre cette ALLIANCE CHARNELLE. Ce qu’en son temps, le Christ Jésus portera à son accomplissement ; mais ça n’est pas notre objet ici.

Voilà pour ces premiers versets du ch. 27 du Deutéronome. Je vous laisse méditer tout ça. C’est déjà pas mal.

On lira la suite du chapitre la prochaine fois.

Je vous remercie.
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