04-07-2026

[Dt] En ce Jour...

Deuteronomy 27:9-26 par : Père Alain Dumont
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Le passage du YaReDDiN constitue un ÉVÉNEMENT fondateur : YiSseRâ‘éL passe du statut de peuple hébreu ayant reçu passivement la TORâH, à celui de peuple de YHWH appelé à la vivre activement dans son histoire.
Ce franchissement inaugure un temps nouveau, où l’existence est interprétée à la lumière de la TORâH comme fondement immuable de l’alliance avec YHWH. Il invite le peuple à répondre librement à l'appel divin dans la crainte confiante, en choisissant le chemin de la bénédiction plutôt que celui de la malédiction.
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Transcription du texte de la vidéo : 
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Citation : mentionner : © Père Alain Dumont, La Bible en Tutoriel, http://www.bible-tutoriel.com/ + titre de l'article
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Bonjour,

Nous continuons à lire le ch. 27 du Deutéronome à partir du v. 9. Jusqu’au v. 8, Moïse s’adressait au peuple avec les Anciens ; à partir du v. 9, il parle au peuple avec les fameux KoHaNîM-LéWîYYiM propres au Deutéronome qui font écho, vous vous souvenez, à l’ancienne désignation des officiants dans les sanctuaires dédiés à YHWH sur le territoire de KeNa“aN. Étonnant d’ailleurs que ne leur soit pas associée la prescription rituelle des v. 1 à 8, avec le sacrifice, mais bon…

1. « En ce jour, tu es le peuple de YHWH »

Très intéressante est la formulation de la fin du v. 9 : « Tais-toi et écoute, YiSseRâ‘éL ! — on reconnaît bien le style deutéronomiste — En ce jour, tu es le peuple de YHWH, ton ‘ÈLoHîM. » (Dt 27,9b).

Que veut dire : « En ce jour » ? Est-ce qu’hier, il ne l’était pas ? Si, bien entendu, mais il l’était en POTENTIEL ! « En ce jour » est une expression qui exprime le PASSAGE du POTENTIEL au RÉEL ; qui marque ce passage comme un ÉVÉNEMENT du TEMPS. De l’AUTRE-TEMPS.

Dans la vision des scribes deutéronomistes, on peut dire que jusqu’alors, YiSseRâ‘éL était le “peuple hébreu”. Il était le peuple auquel YHWH a donné les commandements de la TORâH, mais qui les as reçus, on l’a vu, PASSIVEMENT.  Ce que dit à sa manière le ch. 29 : « JUSQU’À ce jour, YHWH ne vous a pas donné un cœur pour connaître, des yeux pour voir et des oreilles pour écouter. » (Dt 29,3). En revanche, à partir de CE JOUR, par le rituel qui accompagne l’entrée sur le Sol : « En ce jour, tu es — désormais — le peuple de YHWH, ton ‘ÈLoHîM. » (Dt 27,9b).

« En ce jour » marque le PASSAGE de la dimension PASSIVE à la dimension ACTIVE du peuple de YHWH, rituellement figuré par le franchissement du YaReDDiN. C’est un peu comme si une FRONTIÈRE TEMPORELLE était marquée entre :
– le temps d’AVANT la traversée, celui de la constitution de la TORâH en tant que telle, qui est CLOS. Ce temps devient celui DE LA FONDATION : on n’y revient pas.

– et le temps d’APRÈS la traversée, qui devient le temps de l’HISTOIRE et qui va s’élaborer à la lumière de cette FONDATION. Il s’agit dorénavant de SCRUTER cette TORâH, de se l’APPROPRIER ACTIVENEMENT pour en vivre et la transmettre de génération en génération.

Donc : une fois franchi le YaReDDiN, tout ce qui va être vécu : la période des juges, celle des rois, celles des empires assyriens, babyloniens, perses, puis le temps de la diaspora jusqu’à aujourd’hui ; tout ça sera interprété à la lumière de ce PASSÉ FONDATEUR qu’est la TORâH, c’est-à-dire du PASSÉ PARLANT qui influe sur chaque moment du PRÉSENT pour offrir de l’interpréter et de le VIVRE pleinement.

Dit autrement : ce PASSÉ FONDATEUR est reçu comme un PASSÉ VIVANT, VIVANT parce qu’il donne VIE au PRÉSENT et rend disponible à un À-VENIR. Avec le RITUEL du PASSAGE d’une rive à l’autre du YaReDDiN,  l’AUTRE TEMPS est « ACTIVÉ » : pour éclairer le PRÉSENT — « en ce jour » —, on va ACTIVEMENT désormais puiser dans la MÉMOIRE fondatrice de la TORâH de Moïse ! Maintenant, une fois qu’on a dit ça, on est loin d’avoir tout dit.

Concrètement dans notre RÉCIT : ne croyons pas une seconde que le peuple pénètre sur le Sol promis comme s’il n’avait qu’à déposer ses bagages à l’hôtel ! PASSER le YaReDDiN est une chose ; savoir ce qui va SE PASSER suite à cet événement en est une autre, dont le peuple de YHWH n’a strictement AUCUNE idée ! La seule chose que lui dit Moïse, c’est : une fois traversé le YaReDDiN, commence prioritairement par un RITUEL. Un RITUEL qui n’a rien de conjuratoire, comme si on voulait GARDER la main sur le futur ; un RITUEL D’ABANDON, par lequel on LAISSE la main à YHWH ! Ça s’appelle l’espérance. On ne sait pas CE qu’il va se PASSER, mais on sait que ÇA va se PASSER, que ça va FAIRE PASSER du POTENTIEL au RÉEL, de la MORT à la VIE pour tous ceux qui seront FIDÈLES à écouter la TORâH.

Et là, voyez, sans avoir l’air, le RÉCIT nous donne d’atteindre à un SOMMET SPIRITUEL : celui de la CONSÉCRATION, qui n’est rien d’autre que la REMISE de SOI à YHWH, sans retour, en réponse à l’APPEL de l’ÊTRE — la TORâH parle ici d’ÉLECTION :
• « YHWH vous a pris et vous a fait sortir du creuset de fer, de MiTseRaYîM, pour être le peuple de Son héritage. » (Dt 4,20) ;
• « Tu es un peuple consacré à YHWH, ton ‘ÈLoHîM. YHWH, ton ‘ÈLoHîM t’a élu pour être Son propre peuple parmi tous les peuples à la surface du sol. » (Dt 7,6 ; 14,2) ;
• « YHWH aujourd’hui fait de toi selon Ses dires, pour être Son propre peuple selon Sa parole et pour garder toutes Ses MiTseWOT. Et Il te donnera d’être élevé en honneur, en renom et en gloire au-dessus de toutes les nations qu’Il a faites, pour être un peuple consacré à YHWH, ton ‘ÈLoHîM. » (Dt 26,18-19)
.

Alors c’est très beau tout ça, mais se rend-on compte à quel point l’enjeu est ABYSSAL, au point qu’il en devient EFFRAYANT ? Il est bien évident que la radicalité d’un tel APPEL à la CONSÉCRATION DE SOI fait PEUR ! Et c’est NORMAL dans la mesure où, pour le pécheur, un tel ABANDON DE SOI à un autre que soi ; un tel blanc-seing signé en faveur de l’AUTRE est l’acte le plus inconcevable qui soit !

Or si un tel acte bouleverse, c’est parce qu’il est absolument PARADOXAL : il déchire l’être, d’où la peur qu’il engendre ! Cette PEUR naît du fait que, constitutivement, l’homme est créé au sein d’un ENTRE-DEUX qui le relie PAR NATURE à YHWH : « ‘ÈLoHîM dit : faisons le ‘ÂDâM dans notre image, selon Notre ressemblance. » (Gn 1,26). L’homme n’est à lui-même ni son propre créateur, ni son propre maître. Encore une fois il ne maîtrise RIEN de ce LIEN sans lequel, pourtant, lui-même n’est RIEN… Ce qui revient à dire que l’ « individu » ne sait pas exister. L’individu est un concept, une notion, mais n’a aucune CHAIR, aucune CONSISTENCE, aucune RÉALITÉ.

Du coup, deux possibilités — la TORâH parle ici de chemins :
• soit la RÉVOLTE de principe, racontée dès les premiers chapitres de la Genèse : « — Ne mange pas de l’arbre de la Connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, pour mourir, tu mourras ! » (Gn 2,17) ; sur quoi ‘ÂDâM pose une fin de non-recevoir : « — J’ai mangé ! » (Gn 3,12).
• Soit le CONSENTEMENT à cet état de fait, la FOI LIBRE en l’AUTRE par CHARITÉ, c’est-à-dire en se mettant LIBREMENT et TOTALEMENT au SERVICE de cet AUTRE auquel je suis lié par nature.

Et là, c’est vraiment puissant :
• celui qui se révolte n’a d’autre option que la MORT : soit y rester pour s’y recroqueviller, soit l’infliger autour de soi ! Oh, tant que les choses vont selon l’humeur, on peut être un bon gars ; mais dès que viennent les contrariétés, alors la révolte prend la main pour tenter de tout manipuler à son profit ! Un tel homme, dit la TORâH, marche sur le chemin de la MALÉDICTION.

• Celui qui consent à assumer cet ENTRE-DEUX, en revanche ; celui qui consent ACTIVEMENT à se mettre au SERVICE de cet ENTRE-DEUX en mettant sa FOI en l’AUTRE, sans retenue… alors celui-là va découvrir ce qu’est la VRAIE VIE, ce que signifie GRANDIR, se DÉPASSER par amour et se laisser surprendre par l’écarquillement des yeux de celui qui marche sur le même chemin, et dont il reçoit ce qu’on appelle l’AMOUR, qui ouvre à tous les POSSIBLES !

Autrement dit, choisir d’assumer l’ENTRE-DEUX constitutif de l’ÊTRE, c’est consentir à ce que TOUT SOIT POSSIBLE, et corrélativement à ce que tout nous échappe, pour le meilleur et pour le pire, pour ‘ÂDâM tout autant que pour YHWH ! Eh oui : quand YHWH crée ‘ÂDâM dans l’ENTRE-DEUX qui les relie par essence l’un à l’autre, dès le premier instant de la création, YHWH CONSENT, par AMOUR, au POSSIBLE REFUS de cet ENTRE-DEUX par ‘ÂDâM !

Maintenant, le plus incroyable est encore à venir, puisque le projet divin ne s’arrête pas quand ‘ÂDâM mange le fruit ! Si ça avait été le cas, toute cette histoire de création et de liberté n’aurait été que du bluff : « Si tu m’obéis, je continue ; si tu n’obéis pas, j’arrête tout ! » Trop humain comme perspective ! Il faut SECOUER ça un bon coup pour OUVRIR la dimension proprement DIVINE du projet.

Car en fait, quand ‘ÂDâM oppose à YHWH son refus de l’ÉCOUTER, il ouvre un POSSIBLE ! Il ne signe aucunement l’échec de sa Création par YHWH, au contraire : il en signe la RÉUSSITE ! Paradoxalement, son acte ouvre un CHEMIN : pas celui de la BÉNÉDICTION, certes ; ‘ÂDâM ouvre le chemin de la MALÉDICTION ; reste néanmoins que c’est un chemin, et comme tel, il OUVRE un POSSIBLE. Un POSSIBLE pénible, un PÉNIBLE souffrant, tout ce que vous voulez, mais un POSSIBLE tout de même qui laisse ouverte l’éventualité d’une CONVERSION, au moment favorable, quand ‘ÂDâM aura grandi INTÉRIEUREMENT. Il n’y a aucune place pour quelque condamnation que ce soit dans cette histoire, parce que si c’était le cas, aucun chemin n’aurait été ouvert : tout se serait effondré dans l’instant dans le ToHOu WâVoHOu. Rien de tout ça. Simplement, le chemin ouvert était un POSSIBLE auquel YHWH, par amour, a consenti. Et en avant la musique, quoi qu’il arrive après ça.

On va dire la chose sous un autre angle : en opposant à YHWH un refus de L’écouter, ‘ÂDâM crée à son insu un ÉVÉNEMENT ; et ce faisant, il ouvre une DURÉE, c’est-à-dire qu’une HISTOIRE COMMENCE. Pas celle dont avait rêvé YHWH — encore que le but demeure —, mais une HISTOIRE tout de même dont YHWH ne se désolidarise pas, du fait que l’ENTRE-DEUX qui Le relie à ‘ÂDâM est INDISSOLUBLE !

Une AVENTURE commence donc pour ‘ÂDâM comme pour YHWH, où se jouent la VIE et la MORT, la BÉNÉDICTION et la MALÉDICTION. Voilà ce que pointe à sa manière notre chapitre, et on comprend que ça fasse peur. Ceci dit, il y a moyen de faire quelque chose de cette peur, ce que je vous propose d’explorer à présent.

2. CRAINTE et BÉNÉDICTION

Ce que les scribes deutéronomistes tentent de montrer, c’est que quand le peuple des Hébreux PASSE le YaReDDiN, il assume par le fait même l’ENTRE-DEUX qui consiste en ce mutuel ABANDON à la volonté de l’Autre ; qui consiste en cette ÉCOUTE mutuelle par laquelle s’ouvre, pour le peuple comme pour YHWH, l’AVENTURE de TOUS LES POSSIBLES, encore une fois pour le meilleur comme pour le pire, pour la BÉNÉDICTION comme pour la MALÉDICTION.

Dans ce cadre, comme on l’a vu il y a quelques instants, deux POSSIBLES — deux “chemins” —, s’ouvrent devant le peuple :

1. Premier POSSIBLE : le peuple décide de renoncer à l’ENTRE-DEUX avec YHWH pour se donner à lui-même ses propres assurances. Comme l’illustrent les v. 14 à 26, il se dote d’idoles à sa merci, renie la transmission en décriant père et mère ; méprise les miséreux comme l’aveugle ; fait dévier le droit du  migrant, de l’orphelin et de la veuve qui menacent ses intérêts ; prend la place du père en couchant avec une de ses femmes, ce qui ouvre la voie à tous les incestes qui déstructurent la vie en société.

Et voilà que ça déborde : on légitime les coups bas vis-à-vis des plus proches ; jusqu’à prendre les pots-de-vin pour aller verser le sang innocent…  Vous voyez : ça commence par la convoitise et ça finit par le meurtre : c’est le processus décrit par le Décalogue — je vous renvoie aux vidéos correspondantes. En tout état de cause, voilà le premier chemin possible, celui de la MALÉDICTION ; et disons-le : le règne de la PEUR.

2. Second POSSIBLE : en tant que consacré ACTIVEMENT à YHWH, le peuple choisit de faire taire en lui le YéTsèR HaRa“ et d’écouter son YéTsèR HaToV : « Tais-toi et écoute ! » (Dt 27,9a). Écoute YHWH, écoute la TORâH ACTIVEMENT, c’est-à-dire fais-la tienne INTÉRIEUREMENT pour T’ABANDONNER à YHWH en toutes tes décisions ! Et là, il faut sortir du rêve : un tel choix engendre une véritable angoisse : « Que va-t-il se passer si je perds la main ? Si je me livre sans condition à YHWH ? » Et on ne peut pas passer à côté de ce PATHOS quand on lit la TORâH, à moins d’en faire un écrit sans âme, façon coran.

Or que va produire ce courage ? Au moment de franchir le YaReDDiN, le courage va opérer une transformation INTÉRIEURE : l’angoisse ne va pas disparaître — sans quoi ce ne serait pas du courage mais de la témérité, ce qui tout autre chose — ; l’angoisse, donc, ne va pas disparaître, mais va se transformer en CRAINTE !

L’ANGOISSE naît du danger possible qui se profile — elle est différente en ce sens de la PEUR qui, elle, est une émotion face à un danger réel — ; ceci dit, l’une et l’autre n’ont qu’un objectif : la fuite ! Rappelons-nous : « Ah ! Que ne sommes-nous morts de la main de YWHW, dans le sol de MiTseRaYîM, quand nous étions assis près des marmites de viande, quand nous mangions du pain à satiété ! Vous nous avez fait sortir dans ce désert pour faire mourir de faim toute cette assemblée ! » (Ex 16,3). Voilà : face à la peur de mourir, on préfère retourner en esclavage, parce qu’au moins, nos maîtres nous donnaient à manger ! Sur ce point, il faut lire Hegel qui reste le champion du rapport Maître-Esclave.

Quoi qu’il en soit, la CRAINTE, elle, ne procède pas d’un danger, mais d’un DÉFI ; elle a donc un tout autre effet. Le DÉFI n’est pas la témérité : la témérité ne voit pas le danger. Le DÉFI voit le danger, mais il se donne pour objectif de le relever parce qu’en amont, il y a la FOI. Non pas tant la FOI en soi que la FOI en un AUTRE que soi qui APPELLE à ce franchissement. On parle en ce sens de l’APPEL de la forêt, de l’APPEL du grand large, etc. Quelque chose est PARLANT, au point qu’on n’a pas envie de fuir, mais d’y aller…

Le navigateur qui entreprend le Vendée-Globe n’a pas peur de l’Océan dont il entend l’APPEL, mais il le CRAINT : il sait qu’il devra affronter des SECOUSSES imprévisibles qui l’obligeront à donner le meilleur de soi pour parvenir au terme. Sachant que le vrai terme n’est pas la ligne d’arrivée, mais le fait qu’ayant relevé les défis de la traversée, le navigateur se découvre plus VIVANT que jamais ! Par l’ENTRE-DEUX avec l’Océan, Il est PASSÉ à sa manière de la MORT à la VIE.

Il se prépare et prévoit tout en termes de cartographie, d’optimisation des instruments, de rations, etc. Mais pour autant, il ne maîtrise rien de la bourrasque qui le prendra par revers, ou de l’appel de détresse qui l’obligera à détourner sa route, que sais-je ? Où l’emportera l’Océan ? Le navigateur ne le sait pas. Il CRAINT donc l’Océan, et en même temps, il a FOI en lui au sens où il fait le choix de s’ABANDONNER à lui pour VIVRE l’IMPOSSIBLE, pour le meilleur ou pour le pire.

On peut donc dire qu’il AIME l’Océan. Pourquoi ? Parce qu’avec l’Océan, le navigateur sait qu’il PASSE ! Qu’il passe du POTENTIEL au RÉEL, de la MORT à la VIE. En revanche, et c’est toute la différence avec la TORâH, il ne peut pas dire que l’Océan l’aime… L’Océan est un DÉFI, YHWH est un ALLIÉ. L’écart entre les deux n’est pas mince.

Ainsi, nous disent les scribes deutéronomistes, le franchissement du YaReDDiN fut imprégné, non plus de PEUR comme au moment de la sortie de MiTseRaYîM, mais de CRAINTE. Moïse a dû traîner ce peuple tremblant dans le désert — il sortait quand même de plusieurs siècles d’esclavage ; peut-être fallait-il effectivement 40 ans, une génération, pour cicatriser une telle meurtrissure — ;

Reste qu’à terme, le peuple est passé de la PEUR à la CRAINTE. La décision de franchir le YaReDDiN est une décision LIBRE qui répond à l’APPEL de YHWH à prendre la route. Voilà l’ÉVÉNEMENT qui marque la fin du désert, et la clôture de la TORâH : à présent, tu as accès à ta propre liberté, alors VA ! « Va vers toi ! ». Et la boucle est bouclée avec l’appel de ‘AVeRâHâM avec qui la TORâH a commencé.

Dit autrement, l’ÉVÉNEMENT du PASSAGE du YaReDDiN marque l’AUTRE-TEMPS. Il est animé par la CRAINTE de YHWH, donc par le COURAGE DE LA FOI des pères qui ont ainsi montré à toute leur descendance, à TOUT YiSseRâ‘éL, la voie d’accès au chemin de la VIE.

Et en définitive, c’est ça la TORâH : elle amène aux portes du chemin de la VIE. « Entrez par la porte étroite, car large est la porte, spacieux est le chemin qui conduit jusque dans la perdition ; et nombreux sont ceux qui entrent par lui. Qu’elle est étroite, la porte, et soumis aux secousses, le chemin qui conduit jusque dans la Vie ! Et peu sont ceux qui le trouvent. » (Mt 7,13-14).

Cette PORTE, ce PASSAGE, c’est le YaReDDiN. Pas étonnant dès lors que Jean-Baptiste ait repris ce lieu pour baptiser, ni que Jésus s’y soit fait plonger pour inaugurer son ministère et, « en ce jour », faire passer tous les hommes de MiTseRaYîM à YeROuShâLaYiM, de la SERVITUDE au SERVICE, du POTENTIEL au RÉEL, de la MORT à la VIE.

3. Le temps de l’histoire

Suite au franchissement du YaReDDiN, le temps de la TORâH et celui de l’HISTOIRE sont donc désormais clairement délimités, la seconde prenant pour socle la première. Les scribes deutéronomistes du vie et du ve siècle ont bien fait leur travail.

À partir de là, peut commencer tout un JEU qui consiste d’abord à référer toute l’histoire royale à ce SOCLE : les rois seront jugés sur la base de la TORâH de Moïse, quand bien même, jusqu’au viie siècle, ils ne la connaissaient pas formellement, si ce n’est à travers les interventions des prophètes de YHWH.

Ensuite, ce JEU va éclairer les décisions quotidiennes concernant la vie du CORPS de TOUT YiSseRâ‘éL, en particulier quand pointe un possible RETOUR D’EXIL à partir du vie siècle : comment faire en sorte que ce retour soit PARLANT ? Eh bien : grâce à tout ce travail d’ENTRE-DEUX entre le SOCLE désormais IMMUABLE de la TORâH ÉCRITE, et le PRÉSENT de l’existence quotidienne du peuple Juif. Revenir en YeHOuDâH, c’est répondre avec COURAGE à l’APPEL que lançait déjà YeROuShâLaYiM à nos pères, et qui a motivé leur PASSAGE du YaReDDiN.

Une fois ce JEU bien mis en place, naissent les ÉCRITS de Sagesse qui livrent les commentaires de la TORâH de Moïse par les « sages »,  jusqu’au iie siècle avant J.-C. À l’époque, ces SAGES étaient du cercle des scribes qui ne se trouvaient guère que chez les Fils de LéWî, ou les KoHaNîM. Ils seront relayés par la TORâH Orale des Pharisiens ou des Esséniens à partir du iie siècle avant J.-C. ; et puis, plus tard, par la TORâH Orale de Jésus.

Quoi qu’il en soit, « En ce jour », signifie que s’opère RITUELLEMENT — c’est-à-dire pour tout le peuple comme un seul CORPS, un CORPS ‘è.HâD, unifié — « En ce jour » signifie que s’opère RITUELLEMENT l’INSTITUTION de la TORâH de Moïse comme ce SOCLE IMMUABLE à partir duquel pourra se vivre avec CRAINTE, donc LIBREMENT, l’HISTOIRE qui commencera dès le franchissement du YaReDDiN. À nouveau, voilà le Mystère qui saisit saint Paul :

« Ô profondeur de richesse, de sagesse et de connaissance de ‘ÈLoHîM ! Comme ses décisions sont insondables, indépistables ses chemins — il préside l’À-VENIR qui secoue les âmes pour qu’elles ne s’endorment pas dans le piège de la mort — ! Qui a connu l’intelligence de YHWH ? Qui a été son conseiller ? — Tout échappe à celui qui Le craint et consent à l’ENTRE-DEUX qui l’attache à Lui ! — Qui Lui a donné par avance et méritera de recevoir en retour ? Car tout est issu de Lui, et par Lui, et jusqu’en Lui. À Lui la gloire jusque dans l’éternité ! Amen. » (Rm 11,33-36)

Alors certes, au moment de franchir le YaReDDiN, Moïse ne sera plus là, et le peuple en sera bouleversé ; mais, nous racontent les scribes deutéronomistes, TOUT YiSseRâ‘éL aura la TORâH de Moïse pour HÉRITAGE. Et cela seul suffit pour pouvoir envisager avec FOI et COURAGE le chemin de la BÉNÉDICTION. Et donc un À-VENIR dont on sait que, génération après génération YHWH ne se départira jamais.

« Fais silence et écoute, YiSseRâ‘éL ! En ce jour, tu es le peuple de YHWH, ton ‘ÈLoHîM. Écoute la MèMeRaH de YHWH, ton ‘ÈLoHîM et fais ses MiTseWOT  — ses commandements — et ses .HouQOT — ses ordonnances — que Moi-même, Je te commande aujourd’hui. » (Dt 27,9-10).

Nous verrons la suite la prochaine fois.

Je vous remercie.
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