20-06-2026

[Dt] Vous ne savez pas ce que vous demandez

Deuteronomy 26:12-19 par : Père Alain Dumont
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La pratique de la Dîme Triennale constitue à son tour un rite de mémoire, de transmission en vue de la Bénédiction. Elle inscrit le geste rituel dans l’AUTRE-TEMPS, permettant ainsi au peuple tout entier de se préparer à un avenir éternel.
Deux détours par le Nouveau Testament nous aideront :
– les baptêmes de Jean et de Jésus
– la rencontre de Jésus avec le jeune homme riche
Notes et documents
Transcription du texte de la vidéo : 
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Citation : mentionner : © Père Alain Dumont, La Bible en Tutoriel, http://www.bible-tutoriel.com/ + titre de l'article
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Bonjour,

Nous terminons notre lecture du ch. 26 du Deutéronome. On a vu la dernière fois la richesse contenue dans l’offrande des BiKOuRîM, c’est-à-dire des prémices de la récolte apportées au sanctuaire dont avaient la charge les KoHaNîM LéWîYYiM ; une offrande toujours accompagnée de l’énoncé du CREDO des adorateurs de YHWH, et ce : dès avant le viiie siècle et l’invasion assyrienne.

Nous voyons aujourd’hui l’autre offrande du ch. 26, à destination cette fois des pauvres de la cité, qui est une reprise de la « Dîme Triennale » — tous les trois ans — dont a déjà parlé le ch. 14. Comme précédemment, cette offrande est reprise pour lui associer une FORMULE, de sorte qu’à nouveau, ce passage va éclairer à sa manière notre pratique chrétienne des sacrements, en particulier du Baptême.

3. Retour à la Dîme Triennale posée aux Portes de la ville

Les v. 12 à 15 fonctionnent sur le même principe que les précédents. Comme on vient de le dire, le scribe revient sur l’obligation de la DÎME triennale dont parlait la fin du ch. 14 : « Au bout de trois ans, tu feras sortir toute la dîme de ta récolte. Cette année-là, tu la déposeras dans tes Portes — les Portes des cités étaient encastrées dans les larges murs des remparts ; on pouvait donc littéralement être “dans” ces Portes —. Viendra alors le LéWî, qui n’a ni part ni héritage avec toi, ainsi que le migrant, l’orphelin et la veuve qui seront dans tes Portes ; ils mangeront et se rassasieront afin que YHWH, ton ‘ÈLoHîM, te bénisse en toute MiTseWâH que fera ta main. » (Dt 14,28-29).

La différence avec notre ch. 26, c’est qu’ici, comme pour les BiKOuRîM, le scribe s’attache à dérouler un plaidoyer appelé à rituellement accompagner cette DÎME : .

Alors on va rester sur ce propos rituel qui accompagne le don de la DÎME. Je préfère ne pas le désigner du nom de « parole », dans la mesure où, qu’il s’agisse de la TORâH de Moïse ou des Prophètes, le terme de « parole » relève d’une dimension d’autorité ; comme quand on dit : « DeVaR YHWH ! », « Parole de YHWH ! ».

Ici, c’est autre chose. On est plutôt dans l’ordre d’une supplication codifiée, ritualisée, qu’on peut appeler une FORMULE. Alors évidemment pas une formule magique ou incantatoire — ce serait l’abomination de l’abomination aux yeux de la TORâH —, mais une FORMULE qui prend au sérieux l’ENTRE-DEUX instauré par YHWH avec son peuple, et la promesse de BÉNÉDICTION qui lui est attachée. En quelque sorte : « Si l’ENTRE-DEUX, si l’ALLIANCE que Tu as tranchée avec nous est sérieuse, alors, en toute JUSTICE, ayant accompli les MiTseWOT qui lui sont attachées, BÉNIS moi, YHWH ! Et bénis ton peuple YiSseRâ‘éL ! »

 4. La puissance de la formule rituelle

Prenant un peu de hauteur, on s’aperçoit que cette FORMULE est un formidable paradigme de ce qui constitue un RITE ; à savoir un GESTE du CORPS tout entier — quand bien même il n’est posé que par l’un de ses membres — accompagné d’une FORMULE. Or ceci est d’autant moins anodin que ce principe va plus tard constituer l’âme du baptême chrétien, selon l’expression de saint Paul : « le bain d’eau investi d’une formule — « τῷ λουτρῷ τοῦ ὕδατος ἐν ῥήματι », littéralement : « le bain d’eau dans une formule » — » (Eph 5,26) ; ῥῆμα, en grec, c’est la « phrase prononcée ». Et en tant qu’elle est ici codifiée, on peut traduire à bon droit par FORMULE. Une FORMULE chargée d’instaurer un ENTRE-DEUX reliant le GESTE RITUEL au SENS qu’il reçoit de la MÉMOIRE à laquelle il est rattaché.

Prenons un exemple qui nous est familier : Jean Baptiste baptisait d’un baptême prophétique. Son baptême était un GESTE RITUEL : une PLONGÉE dans le YaReDDiN ; associé à une FORMULE tirée du prophète YeSha“eYâHOu/ Isaïe : « Voix de celui qui crie dans le désert : préparez le chemin de YHWH, rendez droits ses routes ! » (Mt 3,3) ; cf. Is 57,14).

Or c’est bien la FORMULE qui accompagne le baptême de Jean qui fait qu’il ne peut pas avoir la même portée que celui de Jésus accompagné d’une autre  phrase marquée cette fois du sceau de la Résurrection du Christ : « Baptisez-les jusque dans le Nom du Père, et du Fils et du Souffle saint ! » (Mt 28,19) — on est cette fois à la toute fin de l’Évangile selon saint Matthieu. Ce qui change, c’est l’ÉVÉNEMENT fondateur auquel la FORMULE rattache le baptême, à savoir la MORT et la RÉSURRECTION de Jésus, son passage typique de la MORT à la VIE.

Voyez : un GESTE est posé au PRÉSENT : une plongée dans l’eau que la phrase vient RITUELLEMENT brancher sur un ÉVÉNEMENT PASSÉ qui s’avère PARLANT, et donc VIVANT puisque ce PASSÉ AGIT sur le PRÉSENT ! Voilà la MÉMOIRE : non pas un “souvenir” — qui a le souvenir aujourd’hui de Jean Baptiste en train de baptiser ? En revanche, sa MÉMOIRE, elle, se transmet de sorte que l’ÉVÉNEMENT PASSÉ vient percuter le PRÉSENT et le rendre PARLANT, ici et maintenant !

Mais ça n’est pas tout, puisque par ce baptême, un À-VENIR PARLANT devient POSSIBLE. Non pas un À-VENIR programmable — ce serait retomber dans la magie ! —, mais un À-VENIR auquel le rite rend le baptisé disponible. Un À-VENIR auquel un non baptisé est imperméable puisque rien ne l’y prépare, alors même que la SECOUSSE l’atteindra au même titre que le baptisé…

5. Du baptême de Jean au baptême de Jésus

L’À-VENIR auquel ouvrait le baptême de Jean était la VENUE de YHWH, mais redisons-le : il ne la programmait pas pour autant ! Il n’en savait pas les modalités ! En revanche, il rendait le baptisé DISPONIBLE à un POSSIBLE qui, pour lui, devenait PARLANT et porteur d’une ESPÉRANCE !

Or quand cette VENUE advient, c’est par une SECOUSSE d’ÊTRE que personne ne savait imaginer et encore moins anticiper comme telle : une SECOUSSE de taille puisqu’il ne s’agit de rien de moins que l’Incarnation du Verbe !

Soit dit en passant : à cette SECOUSSE, la Vierge Marie était préparée par sa fréquentation de la TORâH de Moïse, sans avoir la puissance de la programmer pour autant ! Quand elle survient par le message de GaVeRî‘éL, Marie est bouleversée, mais c’est pour dire in fine : « Voici la serve de YHWH ! Qu’il me soit fait selon la phrase que tu viens de prononcer — selon ta ῥῆμα —. » (Lc 1,38).

Mais restons-en au baptême : l’À-VENIR visé par le baptême de Jésus est du même ordre que celui de Jean : le baptême ordonné par Jésus ouvre à un POSSIBLE : l’avènement du Royaume — d’où l’invitation de Jésus à ses disciples : « Cherchez d’abord le Royaume de ‘ÈLoHîM » —, mais dont ni vous ni moi ne connaissons rien des modalités, si ce n’est que, dans la lumière du baptême, des prémices du Royaume nous sont livrées à travers les SECOUSSES D’ÊTRE qui, dès ici bas, relancent dans l’ESPÉRANCE. Nous nous y préparons par la prière commune et personnelle, par la vie liturgique, par notre manière d’être et d’agir dans le monde ; ce faisant, nous HÂTONS l’avènement du Royaume, mais nous n’avons en aucune manière la puissance de le  programmer !

Dit autrement : en rattachant le GESTE à l’ÉVÉNEMENT posé dans la MÉMOIRE, la FORMULE rituelle fait entrer ce GESTE dans l’AUTRE-TEMPS ; et là, on a l’âme de ce qu’on appelle un SACREMENT. Par le SACREMENT, le TEMPS devient HABITÉ. Il devient une RESSOURCE SPIRITUELLE qui illumine le fil de l’HISTOIRE qui se construit et que la TORâH désigne du nom de CHEMIN. Chaque MOMENT DU TEMPS prend CONSISTANCE, devient CHARNEL au sens où l’homme devient PRÊT à toute SECOUSSE D’ÊTRE de la part de ‘ÈLoHîM qui le relance ainsi dans l’ÊTRE. Il sait donc le CHEMIN, sans qu’il ne maîtrise rien de ce CHEMIN, si ce n’est qu’il sait que l’horizon est la VIE ÉTERNELLE. Faisons un petit détour pour comprendre :

« “Que votre cœur ne soit pas secoué : ayez foi jusqu’en ‘ÈLoHîM et ayez foi jusqu’en Moi. — vous entendez ? La foi est un MOUVEMENT, que traduit très bien la particule εἰς en grec. Le grec ne dit pas : “mettez votre confiance dans moi”, mais « attachez-vous à Moi par la foi » — Dans la Maison de mon Père — c’est-à-dire dans le Temple ; le BéYT HaMiQeDDâSh, la Maison de Sainteté ; rappelons-nous : « Ne faites pas de la Maison de mon Père une maison de trafic ! » (Jn 2,16). —  il y a de nombreuses demeures ; sinon, vous aurais-Je dit : ‘Je vais préparer un lieu pour vous’ ? Et si Je vais préparer un lieu pour vous, c’est à nouveau que Je viens ; et Je vous prendrai auprès de Moi, afin que là où Moi, Je suis, vous aussi soyez. Pour aller où Je me retire, vous savez le chemin.” Thomas lui dit : “Seigneur, nous ne savons pas où Tu Te retires. Comment  avons-nous la puissance de savoir le chemin ?” Jésus lui répond : “Moi, Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; nul ne vient vers le Père, sinon par Moi.” » (Jn 14,1-6).

On entend bien la question de Thomas : Tu nous fixe un objectif, mais on n’a rien en main, on ne contrôle rien ! Thomas voudrait un plan d’action dans le TEMPS, mais le Maître le remet dans l’AUTRE-TEMPS ; Il le remet sur le CHEMIN DE LA BÉNÉDICTION. On pourrait traduire : « Je suis le vrai Chemin de la Vie ! Cela seul te suffit pour aller au Père. »

Ceci dit, revenons au rituel de la DÎME TRIENNALE.

6. Hériter la vie éternelle

On l’a compris, la FORMULE associée au GESTE de la DÎME n’a pas pour but de contrôler le TEMPS — sans quoi ce serait une formule magique — : elle n’en a pas la puissance. Son objectif n’est pas de programmer le FUTUR pour garder la main, pour tout contrôler, en quoi consiste le chemin de la MALÉDICTION.

Celui qui est capable de prononcer en vérité cette FORMULE de la DÎME TRIENNALE sait qu’il est sur un CHEMIN ; le CHEMIN de ses PÈRES qu’il reçoit en HÉRITAGE : en marchant sur ce CHEMIN, il se sait HÉRITIER, comme eux, de la BÉNÉDICTION promise à la descendance de Ya”aQoV : « Penche-Toi depuis Ta Demeure Sainte, du haut des Cieux, et bénis Ton peuple YiSseRâ‘éL ! » (Dt 26,15). Or cette BÉNÉDICTION ne s’avère rien de moins que l’entrée dans la VIE ÉTERNELLE ! Sauf qu’un tel HÉRITAGE n’est pas un simple acte notarié… Il consiste lui-même en une SECOUSSE D’ÊTRE !

Pour bien saisir, refaisons un petit détour par la TORâH Orale de Jésus ! Marc, entre autres, raconte qu’un jour, un jeune homme s’approche de Jésus pour Lui demander : « Bon Rabbi, que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ? » (Mc 10,17). La question est très bien formulée — on sent que cet homme est un vrai fils du Deutéronome — : il sait que la VIE ÉTERNELLE n’est pas une récompense ; elle échappe au FUTUR et à ses planifications. Il sait qu’elle est un HÉRITAGE, qu’elle vient d’un AUTRE que lui et qu’elle relève de l’ESPÉRANCE en vertu de l’Alliance que YHWH a tranchée avec les pères

Sa question est donc : bon Rabbi, comment me rendre pleinement disponible à cet HÉRITAGE ? C’est la même question que Thomas ! Et Jésus va lui faire en substance la même réponse : « Tu sais le chemin ! » : « Jésus lui dit : “Tu sais les MiTseWOT : n’assassine pas, ne commets pas l’adultère, ne vole pas, ne témoigne pas mensongèrement, glorifie ton père et ta mère.” » [L’homme] lui déclara : “Rabbi, tout ceci, je l’ai gardé dès ma jeunesse !” »

Ah mais oui ! : « Ayant écouté la voix de YHWH, mon ‘ÈLoHîM, j’ai agi selon tout ce que tu m’as commandé. » (Dt 26,14) —. Sans nul doute cet homme verse-t-il le BiKOuRîM et la Dîme Triennale, de sorte qu’il attend la BÉNÉDICTION de ‘ÈLoHîM promise à TOUT YiSseRâ‘éL : « Penche-Toi depuis Ta Demeure Sainte, du haut des Cieux, et bénis Ton peuple Israël ! » (Dt 26,15).

Or que se passe-t-il, sinon qu’en la personne de Jésus, le Verbe de ‘ÈLoHîM, « se penche » sur lui : « Fixant sur lui son regard, Jésus l’aima — le manuscrit hébreu Vaticano ebraicus Centum traduit : « Jésus l’agréa , c’est-à-dire qu’Il va répondre à sa requête. Et là se produit la déflagration : — « Il lui dit : “Une seule [chose] te manque : retire-toi et vends autant que tu as, donne le prix aux pauvres — non plus seulement la DÎME, mais l’intégralité de tes biens, au LéWî, au migrant , à l’orphelin et à la veuve —. Tu auras un trésor dans les ciels — la fameuse BÉNÉDICTION —, puis viens : suis-Moi. » (Mc 10,21).

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Voilà une sacrée SECOUSSE D’ÊTRE ! Tu demandes quelque chose à ‘ÈLoHîM, mais tu n’as aucune idée de la manière dont Il va répondre ! C’est le : « Vous ne savez pas ce que vous demandez » de Jésus aux fils de Zébédée qui lui demandent de siéger à sa droite et à sa gauche dans le Royaume !

Donc la BÉNÉDICTION demandée par le jeune homme le dépasse complètement ; elle va le relancer radicalement dans l’ÊTRE ! Et c’est précisément la raison pour laquelle il faut s’y préparer à la lumière de la TORâH. Mais se préparer à QUOI ? À la VIE ÉTERNELLE, certes, sauf qu’elle ne répond à rien de connu, à rien d’imaginable humainement parlant.

Tout ce qu’on perçoit, c’est que c’est du VIVANT à l’état pur ! Et voilà que pour en HÉRITER, il faut tout lâcher, tout abandonner à ‘ÈLoHîM — de la même manière que YHWH s’abandonne aux hommes dans son Incarnation ! « Lui qui, de condition divine, n’a pas considéré comme un apanage le fait d’être égal à ‘ÈLoHîM, mais Il s’est vidé lui-même, ayant pris condition de serf, s’étant identifié aux hommes et reconnu homme à son comportement… » (Phi 2,6-7). Manière de dire que Jésus est vrai Dieu et vrai Homme. Voilà un autre aspect bouleversant de la SECOUSSE D’ÊTRE que constitue l’Incarnation qui vient nous frapper de plein fouet !

Et osons le dire ici : comment, devant un tel mystère, ne pas CRAINDRE YHWH ?

7. Vous ne savez pas ce que vous demandez…

Tant qu’on ne perçoit pas à quel point la COMMUNION avec YHWH est un MYSTÈRE qui nous dépasse par tous les bouts et selon toutes les dimensions, c’est qu’on n’a pas vraiment la FOI ! On la ramène à un petit FUTUR qu’on croit encore contrôler ; une “croyance”, comme on dit aujourd’hui, qui impose à ‘ÈLoHîM d’être comme ceci, de faire cela, etc. On fait alors de la Théodicée et on retombe dans l’idolâtrie qui consiste précisément à réduire le mystère divin à la raison humaine, purement fantasmatique ! Et pourtant : « La crainte de YHWH, principe de la connaissance ; les fous méprisent sagesse et discipline. » (Pr 1,7).

Le Fils de YiSseRâ‘éL sait-il seulement ce qu’il demande en disant : « Penche-Toi depuis Ta Demeure Sainte, du haut des Cieux, et bénis Ton peuple Israël ! » (Dt 26,15) ? Et là, on touche à une autre dimension du RITE : le fait, au nom du CORPS entier qu’engagent ce geste et cette parole, de DEMANDER L’INIMAGINABLE ! Et Paul a donc raison d’écrire, quelques lignes plus loin de son épître aux Philippiens : « Ainsi, mes bien-aimés, comme vous avez en tout temps obéi, travaillez à votre salut avec crainte et tremblement ! » (Phi 2,12).

Il ne s’agit pas d’avoir peur de ‘ÈLoHîM, mais de craindre face à une BÉNÉDICTION qui advient pour le JUSTE en bouleversant absolument tout ce qu’il peut imaginer. Comme un enfant au moment de franchir une étape qui le dépasse : il craint son père qui l’y entraîne, mais il a surtout FOI en lui : il OSE DEMANDER L’INIMAGINABLE, il lui tient la main, et le voilà qui franchit l’infranchissable. Ce qu’ayant fait, il éclate de JOIE ! Voilà ce qu’est : HÉRITER la Vie éternelle.

Le JUSTE craint YHWH et le TOUT AUTRE dans lequel YHWH le conduit ; en même temps, il DÉSIRE, il ESPÈRE L’INIMAGINABLE ! Dès lors, choisissant de mettre toute sa FOI en YHWH, il consent à franchir le pas ; à passer avec Lui de la MORT à la VIE ; passer du POTENTIEL au RÉEL !

Or, dira saint Jean, la seule puissance capable d’engendrer au courage de la FOI qui fait ESPÉRER l’INIMAGINABLE, c’est la CHARITÉ ; l’amour qui, à l’image de ‘ÈLoHîM, ne vise qu’une seule chose : se mettre sans compromis au service de la VIE : « La charité parfaite bannit la crainte » (1Jn 4,18). Sauf que cela demande de MOURIR, de passer par la MORT. Cela aussi est objet de grande crainte : « Père, s’il est possible, que cette coupe s’éloigne loin de moi… toutefois, non pas selon ce que Je veux, mais selon Toi. » (Mt 26,39).

Que propose Jésus au jeune homme ? Rien de moins que de MOURIR : la BÉNÉDICTION, c’est MOURIR au temps d’ici bas pour s’ouvrir à l’AUTRE-TEMPS, et être ainsi relancé dans le mouvement d’ÊTRE. La vierge l’avait compris : « Je suis la serve de YHWH. Qu’il me soit fait selon la phrase que tu as énoncée. » (Lc 1,38). Pour le jeune homme, MOURIR revient à ABANDONNER toute POSSESSION en ce monde… à TOUT remettre entre les mains de ‘ÈLoHîM qui en est la SOURCE et l’À-VENIR, qui en est le ‘ÂlèPh et le TaV, l’Alpha et l’Oméga ! Bref : de MOURIR À SOI-MÊME et au FUTUR sur lequel il voudrait garder la main… Qu’est-ce que MOURIR en effet, sinon « vendre tout ce qu’on a », tout abandonner pour que d’autres en HÉRITENT pendant que nous nous retirons dans l’AUTRE-TEMPS, le fameux ROYAUME de ‘ÈLoHîM ?

 Du coup, on comprend la réaction du jeune homme : « À cette parole, il s’assombrit — retour au ToHOu WâVoHOu — et triste, il s’éloigna ; il avait en effet de nombreux biens. » (Mc 10,22). L’épreuve de la BÉNÉDICTION est décidément redoutable, on comprend qu’elle soit l’objet de CRAINTE, mais elle est pourtant le Chemin de la vraie VIE dans l’ENTRE-DEUX avec le TOUT-AUTRE !

« Ô profondeur de richesse, de sagesse et de connaissance de ‘ÈLoHîM ! Comme ses décisions sont insondables, indépistables ses chemins ! Qui a connu l’intelligence de YHWH ? Qui a été son conseiller ? Qui Lui a donné par avance et méritera de recevoir en retour ? Car tout est issu de Lui, et par Lui, et jusqu’en Lui. À Lui la gloire jusque dans l’éternité ! Amen. » (Rm 11,33-36)

8. Tu seras un peuple consacré à YHWH

Les v. 16 à 19 concluent ce chapitre 26 : à ce peuple qui pratique les BiKOuRîM et la DÎME TRIENNALE ; à ce peuple qui place son agir dans la LUMIÈRE de l’ENTRE-DEUX qui le lie à YHWH ; qui consent, génération après génération, à prononcer les énoncés du CREDO et de la FORMULE RITUELLE de la DÎME TRIENNALE ; à un tel peuple est donnée la capacité de recevoir la BÉNÉDICTION de l’Alliance à laquelle le Code Deutéronomique aspire depuis le ch. 12. Il lui est donné la capacité, par YHWH, de passer de la MORT à la VIE.

Et finalement, l’accomplissement du Deutéronome dans son ensemble ne vise rien d’autre que cet HÉRITAGE de la BÉNÉDICTION. Un HÉRITAGE qui confirme que TOUT YiSseRâ‘éL est bien ce « peuple particulier », ce « peuple consacré », ce peuple LIBÉRÉ non seulement du MiTseRaYîM EXTÉRIEUR, mais surtout du MiTseRaYîM INTÉRIEUR qui, un peu comme si les chars de Pharaon ne lâchaient jamais prise, ne cesse de revenir à la charge à travers le YéTsèR HaRa“ qui ne vise qu’à ramener ce peuple dans les griffes  du ToHOu WâVoHOu.

YHWH s’est épris de ce peuple parce qu’Il a vu en lui un CORPS ‘è.HâD, potentiellement capable de se laisser travailler INTÉRIEUREMENT, CHARNELLEMENT, VISCÉRALEMENT ; de MOURIR à lui-même afin de se laisser LIBREMENT épouser par YHWH et devenir ainsi la LUMIÈRE de toutes les NATIONS sur le CHEMIN de la VIE ÉTERNELLE. Bref, YHWH s’est épris de ce peuple pour traverser avec lui la SECOUSSE D’ÊTRE de la BÉNÉDICTION par laquelle TOUT YiSseRâ‘éL ne cesse jamais passer de la MORT à la VIE.

Tout ça, redisons-le, pour qu’à travers la CONSÉCRATION de ce peuple, la CRÉATION tout entière ait la joie de passer elle-même de la MORT à la VIE, du POTENTIEL au RÉEL selon le projet CRÉATEUR initié dès le COMMENCEMENT des TEMPS. Encore et toujours la sentence de ce vrai Fils du Deutéronome qu’est saint Paul : « La Création est à l’affût du dévoilement des fils de ‘ÈLoHîM qu’elle attend depuis des lustres! » (Rm 8,19).

Voilà ce que portent, entre autres, les rituels des BiKOuRîM et de la DÎME TRIÉNALE que le Deutéronome, dans sa sagesse, n’a pas voulu effacer de la MÉMOIRE de la TORâH.

Je vous souhaite une féconde lecture de ce chapitre. Nous verrons la suite la prochaine fois.

Je vous remercie.
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