Joseph n'y tient plus : il se révèle à ses frères. Ceux-ci sont stupéfaits. Les larmes coulent. Joseph leur demande de faire descendre leur père Jacob en Égypte.
Transcription du texte de la vidéo : (Voir la vidéo : http://www.bible-tutoriel.com/joseph-devoile-son-identite-et-retrouve-son-pere-jacob.html ) Tous droits réservés. Pour une citation, mentionner : © Père Alain Dumont, La Bible en Tutoriel, http://www.bible-tutoriel.com/ + titre de l'article_______________________________________________________________________________
Bonjour,
45. Nous voilà donc au dénouement de la saga de Joseph : la réconciliation des frères ennemis, au ch. 45 de la Genèse. Il faut entendre le texte qui est magnifique :
« Joseph éleva la voix en pleurant, et toute l’Égypte entendit, et la maison de Pharaon l’entendit. “Je suis Joseph ! Mon père vit-il encore ?” Mais ses frères ne pouvaient pas lui répondre tellement ils étaient bouleversés devant lui. “Avancez près de moi !” et ils s’avancèrent. “Je suis Joseph, votre frère, moi que vous avez vendu pour l’Égypte. Ne vous affligez pas, ne vous tourmentez pas de ce que vous m’avez vendu ici, car c’est pour procurer la vie que DIEU m’a envoyé au-devant de vous ! » (Gn
45,3-5)
Je voudrais ici mettre en parallèle un autre passage biblique, si vous me le permettez :
« Jésus se tint au-milieu d’eux et leur parla ainsi : “Paix à vous !” Effrayés et saisis de peur, ils pensaient voir un esprit. Et il leur parla ainsi : «“Pourquoi êtes-vous troublé et pourquoi ces raisonnements montent-ils dans votre cœur ? Voyez mes mains et mes pieds, c’est bien moi ! Telles sont les paroles que je vous ai dites quand j’étais encore avec vous : il faut que s’accomplisse tout ce qui se trouve écrit de moi dans la Torah de Moïse, et les Prophètes et les Psaumes.” Alors il ouvrit leur intelligence pour qu’ils comprennent les Écritures et il leur dit : “Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait et se relèverait d’entre les morts le troisième jour, et qu’en son Nom, le repentir pour la rémission des péchés serait proclamé à toutes les nations, à commencer par Jérusalem. » (Lc
24,36-39)
J’espère que vous entendez les harmoniques qui sont les mêmes dans ces deux textes. Dans l’une et l’autre situation, nous avons deux haut personnages dont la figure était jusqu’alors voilée et qui se révèle, à la grande stupeur de ceux à qui est présenté ce dévoilement. D’un côté, les frères de Joseph effrayés de retrouver leur frères dont ils se croient coupable de la mort ; de l’autre, les apôtres qui ont abandonné leur Maître au moment où il est jugé et cloué sur la croix pour y mourir. Or, si ces deux situations présentent des harmoniques, c’est que les deux personnages de Joseph, le patriarche, et de Jésus, sont liées entre elles d’une manière ou d’une autre.
Or c’est effectivement le cas, si on se rappel qu’au temps de Jésus, et en gros depuis 2 siècles avant lui, l’attente du Messie est en réalité celle de deux Messie : l’un, fils de Joseph, qui doit combattre pour préparer matériellement la venue de l’autre, qui est le fils de David. Reste à définir la qualité de ce combat, au terme duquel le Messie fils de Joseph est sensé mourir avant que n’advienne le second Messie. Nous savons, nous, que le combat est, en Jésus, celui de la miséricorde —. Donc dans le récit des apparitions de Jésus à sa résurrection, on est en train de nous dire que le Messie souffrant n’est autre que le Messie fils de Joseph. Alors il est aussi fils de David, puisqu’il réunit en sa personne les deux figures.
Pour en revenir au patriarche, il est bel et bien une figure du Messie souffrant qui, en recueillant ses frères en Égypte, va établir les conditions matérielles de leur constitution comme peuple avec Juda comme roi, Juda qui est l’autre figure du Messie, fils de David. Or la tradition stipule bien que pour qu’advienne l’ère de la Rédemption, c’est-à-dire l’ère où l’humanité sera enfin réconciliée avec elle-même et avec DIEU pour permettre à Celui-ci d’habiter enfin sa Création. Donc pour qu’advienne l’ère de la rédemption, il faut que pour que les deux Messie œuvrent de concert. Or c’est précisément ce qui est donné dans l’épisode du dévoilement de l’identité de Joseph, puisqu’à ce moment, lui et Juda ne s’opposent plus : au contraire, ils tombent aux cous, nous dit-on, l’un de l’autre.
Alors, il y aurait bien des milliards de choses à dire ici, notamment à propos de la symbolique des cous. Mais à notre niveau, il faut d’abord entendre comment, avec ce passage, nous avons en germe, dans la réconciliation des fils d’Israël qui nous est ici racontée, la promesse d’une réconciliation ouverte à tous les hommes par le Messie, le Christ Jésus, à la fois fils de Joseph et fils de David. et là, si l’on accepte que les patriarches ont ce charisme de pouvoir envisager la portée infinie de l’histoire qu’ils sont en train de vivre, on comprend que ce moment chargé d’émotion ne concerne pas tant la rencontre en elle-même, mais tout ce qu’elle promet concernant l’avenir des fils d’Israël et de l’humanité tout entière !
Voilà ! Alors maintenant, il ne saurait y avoir de réconciliation entre frères sans que le père soit invité. C’est ce que dit Joseph :
« Hâtez-vous ! Montez vers mon père et parlez-lui ainsi : “Ainsi parle Joseph, ton fils : DIEU m’a établi comme maître de toute l’Égypte ; descends auprès de moi, ne traîne pas ! […] Alors il se jeta au cou de Benjamin, son frère, et pleura. Benjamin pleurait aussi à son cou. Puis il embrassa tendrement tous les frères et pleura tout contre eux ! » (Gn
45,9.14-15)
Alors Pharaon confirme l’invitation. Cela signifie que lorsque les nations ont compris l’intérêt de bénir les fils d’Israël, elles ne sont pas folles : elles en redemandent ! « Venez chez nous ! Venez chez nous ! ». L’enjeu n’est rien de moins que la prospérité que DIEU offre à son Juste et qui rejaillit sur les nations. Voilà une image de ce que devrait être la place du peuple d’Israël dans le monde ; un monde pécheur qui, tout au contraire, n’a cessé de vouloir exterminer le peuple qui est pourtant la pupille de DIEU dans la Création ! Ce sera, de manière tout à fait paradigmatique, ce que la suite de l’histoire nous racontera à partir du livre de l’Exode.
Bref. Les frères remontent donc en Canaan, et l’esprit d’Israël reprend vie :
« Joseph, mon fils, est vivant !Je veux aller le voir avant de mourir ! » (Gn
45,28)
Vous voyez : à partir d’un récit qui semble être une belle histoire, c’est en réalité toute l’histoire humaine qui nous est présentée en germe, avec ses combats et ses victoires ; ses chemins d’humiliation et de confiance retrouvée ; une histoire guidée par des figures — vous voyez : on n’est pas dans un monde de fonctionnaires où il suffit de connaître les processus pour que ça roule… Il faut des figures de proue : sans elles, il est impossible d’entraîner les hommes sur le chemin du Salut ! C’est une belle leçon d’anthropologie ! On pourrait dire, voyez, que la Torah, c’est le tutoriel qui nous donne les clefs de lecture de l’homme, de son fonctionnement intime. C’est prodigieux ! Alors on peut toujours faire de l’anthropologie à tâtons, sans elle… On peut délaisser les figures au profit, comme on dit, de l’étude des mentalités anonymes… mais alors ne nous plaignons pas de ne rien comprendre et, pire, de lasser nos jeunes qui se désintéressent de l’histoire. On peut toujours prétendre prendre des décisions au grès de l’éthique du moment qui consiste plus à légaliser l’illégalisable, à justifier l’injustifiable ; mais c’est alors renoncer à élever l’homme à la découverte de lui-même à travers la traversée des épreuves par lesquelles DIEU lui enseigne comment se dépasser pour advenir à la plénitude de lui-même, une plénitude dont la route est barrée par l’aveuglement du péché. C’est toute une science ! La science des sciences, pourrait-on dire !
Quoi qu’il en soit, tous ces événements, , un homme les a menés ; un homme blessé par DIEU et relevé par Lui. Rappelez-vous : « Qui s’élève sera abaissé, qui s’abaisse sera élevé ! ». Toute l’histoire sainte est là, résumée déjà en Joseph qui peut dire à son tour : DIEU était là et je ne le savais pas : Joseph est le digne fils de Jacob !
46,1
- 47,26
. S’ensuit alors le récit du départ de Jacob pour l’Égypte. On en profite pour vous mettre la généalogie de Jacob, signe, comme pour les autres patriarches, qu’on arrive à la fin de son histoire. Prenez-le temps de la relire et de vous remémorer les noms que vous connaissez. Ça fait du bien à la mémoire, et vous fait entrer dans la famille.
Relevons simplement les v. 29-30 du ch. 46 : Joseph n’y tenant plus saute sur son char, va à la rencontre de son père :
« Dès qu’il parut devant lui, Joseph se jeta à son cou et pleura longuement à son cou. Israël dit à Joseph : “Cette fois, je peux mourir puisque j’ai revu ta face et que tu vis encore !” » (Gn
46,28-30) Jacob va tout de même encore vivre 17 ans, ce qui lui laisse un peu de temps.
Et le reste du texte de vous expliquer comment Joseph installe sa famille en terre de Goshen, en Basse Égypte, dans le Delta. Puis la politique reprend le dessus : Joseph profite de la famine pour affermir les frontières nord de l’Égypte : on sait que sous Aménophis II, celles-ci descendaient jusqu’à la 5
e cataracte du Nil et montaient jusqu’au Mitanni, en comprenant donc Canaan. Ne vous offusquez pas sur la manière dont Joseph acquiert les terres pour Pharaon : ce sont les terres des différents fiefs plus ou moins indépendants et qu’il fallait unifier. Il ne fait rien d’autre que ce que feront les rois de France lorsqu’ils unifieront le territoire sous leur couronne, sauf qu’il le fait, pour ce qui lui revient, pacifiquement.
Une dernière note est importante, qui montre bien que le rédacteur connaît son sujet : au v. 26 du ch. 47, il remarque les terres des prêtres ne furent pas à Pharaon. Ce sont les prêtres de AMÔN en particulier, dont les possessions affiliées aux temples faramineux sont un État dans l’État. Pharaon ne peut rien faire sans eux ; et eux ne peuvent rien faire sans lui. Joseph, lui, est comme en retrait de cette sorte de symbiose politico-religieuse. C’est un vrai juif avant l’heure : il s’intègre, tout en restant fidèle à ses propres racines.
Reste alors à Jacob-Israël de mourir en paix. C’est ce que nous verrons la prochaine fois.
D’ici là, bonne lecture de ces chapitres passionnants !
Je vous remercie.