13-01-2015

[Gn] 39 - La descente de Joseph

Genèse 39 par : Père Alain Dumont
On pourrait appeler ce chapitre : "La Passion de Joseph". Où l'on voit le patriarche être calomnié et jeté au plus profond de la fosse.
Rubrique :Joseph
Duration:17 minutes 27 secondes
 Transcription du texte de la vidéo :

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Pour une citation, mentionner : © Père Alain Dumont, La Bible en Tutoriel, http://www.bible-tutoriel.com/ + titre de l'article


Bonjour.

Gn 39

Donc après la parenthèse de l’épisode concernant Juda — mais vous avez vu que cet épisode n’est pas anodin —, le récit reprend la saga de Joseph.

Alors, malgré la gravité de l’acte posé par les frères de Joseph, l’Alliance n’est pas perdue. Mais elle va prendre une trajectoire tout à fait inattendue, à traves ce frère vendu en esclavage qui se retrouve, comme par hasard, dans le giron de Pharaon par PUTIPHAR, le commandant des gardes de Pharaon qui l’acquiert pour sa maisonnée.

Et voilà que DIEU bénit Joseph dans toutes ses entreprises.

« Heureux est l'homme qui n'entre pas au conseil des méchants,

qui ne suit pas le chemin des pécheurs, ne siège pas avec ceux qui ricanent,

mais se plaît dans la loi du Seigneur et murmure sa loi jour et nuit !

Il est comme un arbre planté près d'un ruisseau,

qui donne du fruit en son temps,

et jamais son feuillage ne meurt ; tout ce qu'il entreprend réussira ! » dit le Psaume n. 1.

Eh bien voilà : Joseph, le juste innocent — enfin… assez insupportable quand même, mais il est jeune : il est justement là pour apprendre l’humilité. Et puis c’est à ça qu’on reconnaît le juste : non en ce qu’il est parfait, mais en ce qu’il accepte le chemin de la perfection qui passe nécessairement par l’humiliation. Pas si facile ! Joseph n’en sera que plus grand !

Mais vous commencez à percevoir le fonctionnement de l’élection.

On est l’Élu de DIEU et on se dit : « Super ! » ; on le fait même payer à ses propres frères dans un premier temps : on met de belles tuniques, on a des songes où on fait le fier… Sauf que l’élection, ce n’est pas de tout repos ! Elle précipite dans les épreuves, précisément pour purifier toute prétention idéologique à la toute-puissance !

Être élu, c’est être « mis à part », donc être « Saint », KaDoSh en hébreu — être saint ne veut pas dire être parfait, mais être mis à part par DIEU ; comme DIEU est le Saint par excellence, totalement transcendant, «  à part ».  Quand nous chantons : « Saint Saint Saint le Seigneur, DIEU de l’Univers ! » ; « Kadosh ! Kadosh ! Kadosh Adonaï Çebayoth ! », c’est cela. Tu es le Tout Autre et c’est tant mieux ! Au moins, on ne peut pas mettre la main sur Toi ! Tu es Libre ! Et quand DIEU est libre, c’est pour libérer. Rappelez-vous ce commandement du Livre du lévitique, au centre le livre : « Soyez saints comme je suis Saint » ! C’est-à-dire : Soyez uniques ! Et là c’est prodigieux, parce qu’être unique, c’est le désir le plus profond du cœur de l’homme ; c’est précisément là que s’enracine son besoin de justice… plus enraciné que le désir d’être aimé ; plus enraciné même que le besoin de manger et de boire ! On peut nourrir et abreuver des nourrissons : si on ne leur fait pas comprendre tout de suite, d’une manière ou d’une autre, notamment par la parole et la tendresse, qu’ils sont uniques au yeux de quelqu’un, ils meurent !

Donc être Saint, c’est découvrir à quel point on est Unique aux yeux de DIEU. C’est découvrir qu’on est ainsi JUSTIFIÉ par DIEU ; Et ce n’est pas si facile… Parce qu’il faut l’assumer, et là, pas d’autre moyen que la FOI. Abraham en sait quelque chose.

Donc, c’est cela la sainteté : être configuré à DIEU Lui-même, c’est-à-dire découvrir à quel point, on est infiniment UNIQUE ! Et pour cela, accepter que DIEU brise l’image idyllique que nous nous faisons de nous-mêmes et qui nous fait croire que, si nous ne nous imposons pas aux autres par le pouvoir, ils ne vont pas nous voir, ce qui nous est insupportable ! Du coup, on en devient imbuvable pour les autres ; on s’impose ; on ment ; on jalouse ; on intrigue… Et ça, il faut en briser le cercle infernal qui nous mène à la mort ; ce que la Bible nome le « péché ».

DIEU ne brise pas pour le plaisir de nous “casser” : la preuve : tout ce que fait Joseph réussit ! Seulement cette réussite s’accompagne d’un chemin d’humilité qui nous fait reconnaître les vrais saints : ils réussissent, mais toujours au nom de DIEU, parce qu’ils se savent Uniques à ses yeux ; JUSTIFIÉS ! Alors tous ne font pas carrière comme Joseph, c’est entendu. Mais justement : là où l’historiographie montre un Joseph-Aménophis qui a réussi dans la vie, la Bible, elle, montre un Joseph, fils de Jacob, qui a réussi SA vie ; et qui va sauver ses frères de la descente infernale dans laquelle leur acte fratricide les a plongés.

Donc bien comprendre l’itinéraire de la sainteté — il n’y en a pas d’autre — : DIEU me fait passer par un chemin d’humiliation pour briser les illusions fausses que j’ai de moi-même, pour me relever et pour me révéler la véritable valeur qui fait de moi un être unique, un être « à part » aux yeux de DIEU. C’est tout le chemin évangélique tracé par Jésus lorsqu’il proclame : « Celui qui s’élève — c.-à-d. par lui-même — sera abaissé — c.-à-d. par DIEU ; et qui est abaissé par DIEU sera relevé par DIEU —.

En même temps, cette purification est double ! Elle est celle de l’Élu, mais elle est tout autant celle de ceux qui le jalousent ! Rappelez-vous ce que nous disions à propos d’Abraham : « Je bénirai ceux qui te béniront », c’est-à-dire que DIEU purifiera ceux qui bénissent l’Élu tel que DIEU le leur manifeste ! Le meilleur exemple est celui de Jésus : il traverse des épreuves. Dès l’Incarnation : « Lui qui était de condition divine ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à DIEU », dit saint Paul dans la lettre aux Philippiens (Phi 2,6). Lui qui était tout en haut, le voici tout en bas ! Il est l’Élu, mais il va recevoir l’onction à son baptême et hop : voilà que l’Esprit le mène au désert pour y être tenté ! Tout DIEU qu’Il est, Jésus accepte le chemin de l’épreuve, de l’initiation, jusqu’à la Croix ! Et Il est celui qui rend jaloux ses frères qui vont décider de le mettre à mort, pensant qu’ils peuvent très bien assumer l’élection et qu’ils n’ont pas besoin de lui : « Si tu es le Fils de DIEU, descends de la Croix ! » ! C’est l’histoire de Joseph, qui devient une figure du Messie rejeté. Seulement voilà, la véritable élection, les frères sont incapables de la porter : « Ils ne savent pas ce qu’ils font ! », dira Jésus sur la Croix.

Redisons-le : sans ce chemin, nous nous faisons du Messie l’image d’un Roi qui imposera son pouvoir à la terre entière. Et souvent, c’est l’image qui nous habite, quand on dit par exemple : « Mais que fait le Bon DIEU ? ». C’est l’image juive du Messie qui, lorsqu’il apparaîtra, devra être une évidence pour le monde entier. C’est là un point sur lequel nous sommes en porte à faux total. Non pas simplement que nous croyons que le Messie et déjà venu alors qu’eux l’attendent encore… Ce n’est là que le haut de l’iceberg. Plus profondément, c’est sur la nature du Messie que nous divergeons, et qui nous fait le reconnaître en Jésus là où les juifs, du moins les orthodoxes, ne reconnaissent en lui qu’un pauvre type. Un sage, sûrement, mais pas bien doué quand même.

Et donc Joseph, tout comme ses pères, va devoir apprendre ce qu’être Élu signifie. Face à la jalousie de ses frères, comment réagira-t-il ? Se vengera-t-il ? Mais alors il ne sera que Caïn, ou Esaü, ou Saül… À Joseph d’apprendre, d’écouter, d’obéir à DIEU qui le choisit. Non pas comme Juda, qui est, nous disait le ch. 38, celui qui a le sceptre. Juda, c’est l’institution messianique et royale ; mais comme Joseph, c’est-à-dire le Messie charismatique, prophétique. C’est Joseph qui va être la charnière pour que naisse véritablement Israël comme un peuple à la suite de Moïse, mais après cela, il disparaît. Il n’est pas roi, tout puissant qu’il soit aux yeux de Pharaon et de l’Égypte…

Il disparaît… Jamais en effet on ne parle du « DIEU d’Abraham, Isaac, Jacob et Joseph », mais toujours du DIEU d’Abraham, Isaac et Jacob. Il n’est pas tout à fait un « patriarche ». Quelque part, il n’est que « fils », un frère au milieu de ses frères… mais un fils charnière, un [SAS] entre les patriarches et Moïse. Avec lui commence une relation ambiguë d’Israël avec l’Égypte : une histoire marquée par la compétence inégalée d’un sémite à la tête d’un peuple qui n’est pas le sien ; et une histoire du peuple d’Égypte qui refusera d’abriter le peuple sémite qui est en son sein… C’est l’articulation entre le livre de la Genèse et celui de l’Exode ; et même de la Genèse avec toute la Torah, qui résume toute la vie du peuple de l’Alliance : à la fois Élu au milieu des Nations et rejeté par les Nations… Il porte sur lui le signe de l’élection, jamais démentie, et plus il est rejeté, plus ce peuple se reconnaît comme le peuple élu !!! Ce qui ne veut pas dire qu’il nous faille le rejeter ! Cette vision a provoqué le pire génocide de l’histoire humaine ! Non ! Tuer l’Élu, c’est perdre avec lui la bénédiction ! Il faut au contraire bénir le peuple élu pour recevoir, par lui, la bénédiction de DIEU. Et là, DIEU attend de pied ferme les Nations ! C’est précisément ce que nous permet Jésus : en le bénissant, c’est-à-dire en ayant foi en lui et en le suivant en traversant les eaux du Baptême, nous vivons de la Bénédiction promise par DIEU à Abraham, nous sommes greffés sur l’Olivier Franc du peuple de l’Alliance, dira saint Paul.

Et c’est tout cela dont Joseph est le précurseur. Esclave chez Putiphar, béni de DIEU, il va devoir subir l’humiliation par une femme ; une femme issue des nations comme Thamar, mais cette fois qui renoncera à tenir son rôle de gardienne de la sagesse pour revêtir son contraire : elle est une prostituée, la source pernicieuse de la folie. Le livre des Proverbes le montre très bien au ch. 7 : elle entraîne ceux qui la suivent, les petits niais prétentieux, au shéol comme on mène des bœufs à l’abattoir ! La femme a une mission exemplaire, qui peut sauver des peuples, mais si elle ne suit pas DIEU, elle peut entraîner ces mêmes peuples au pire ! Ceci est très important, parce que cela signifie que Joseph est un sage, un juge. D’ailleurs, la tradition rabbinique aime l’appeler YoSSeF HaTsaDiK, Joseph le Juste, qui deviendra rapidement le Juste souffrant… On pourrait ici entendre les grands Poèmes du Serviteur Souffrant d’Isaïe :

« Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche. » (Is 53,7)

Et là encore, c’est mystérieusement par ce chemin que Joseph va être mené par DIEU encore plus loin dans son initiation.

Cette femme, dont on ne retiendra même pas le nom, va donc essayer de corrompre Joseph qui refuse. Elle va le calomnier et faire en sorte qu’il soit destitué : vous voyez ? Le pouvoir ! Reconnais-moi ! Pourquoi réussis-tu tout et moi rien ? Voilà l’épreuve de l’Élu de DIEU qui se poursuit, que Joseph va traverser avec courage, mais dont le résultat sera d’être mené encore plus bas que l’esclavage : il est jeté en prison. Et croyez-moi, la prison en ce temps-là, c’était l’antre de la mort ! Le lieu où l’on est oublié de tous… Le lieu de l’injustice par excellence… Car quand bien même Joseph est suivi de près par Pharaon, il ne le sait pas. Comment va-t-il s’en sortir ? C’est ce que nous verrons la prochaine fois.

Je vous remercie.