13-01-2015

[Gn] 37 - Joseph vendu en Égypte

Genèse 37 par : Père Alain Dumont
Où la Genèse nous apprend jusqu'où peut conduire la jalousie qui habite le cœur de l'homme...
Rubrique :Joseph
Duration:20 minutes 23 secondes
Transcription du texte de la vidéo :

(Voir la vidéo : http://www.bible-tutoriel.com/joseph-vendu-en-egypte.html )

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Pour une citation, mentionner : © Père Alain Dumont, La Bible en Tutorielhttp://www.bible-tutoriel.com/ + titre de l'article


Bonjour. 

Maintenant que nous avons quelques assises concernant l’identité probable de Joseph, prenons le temps de lire le récit que nous offre la Bible, et plus exactement la Torah. Redisons-le : son but n’est pas de faire de l’historiographie. Son but est de mettre par écrit ce que cette histoire nous dit à propos du clan d’Abraham, Isaac et Jacob. Elle pose un regard de sagesse sur cette saga qui ne concerne pas uniquement Joseph, tout immense que fut ce personnage, mais bien plutôt, à travers lui, l’avenir d’un clan qui n’est pas encore un peuple : on nous dit que lorsque Jacob descend en Égypte, les hommes ne sont guère plus de 70, 75 nous dit le targum grec de la Septante.

Gn 37

Alors on commence à vous raconter l’histoire d’une fratrie, et donc une histoire de jalousie. C’est quelque chose qui court depuis le commencement et qui hante la Torah : dès que l’élection se manifeste, un acte de violence l’accompagne et qui ne cesse de prendre de l’ampleur : c’est Caïn et Abel, Esaü et Jacob, Joseph et ses frères, Moïse et Pharaon, David et Saül, jusqu’à Jésus et tout le genre humain. Cette jalousie sera présente en permanence, à l’origine de guerres et de violences phénoménales. La Bible ne va rien cacher : le cœur de l’homme est jaloux, y compris à l’intérieur du peuple de DIEU. Cela rejoint quelque chose de très anthropologique : vous et moi, nous avons besoin, avant toute chose, avant même de parler d’amour, de justice. Nous cherchons à être justifiés, c’est-à-dire à ce que justice nous soit rendue. Toutes les quêtes de pouvoir, toutes ces manières que nous avons de nous justifier nous-mêmes, tout cela procède du même mouvement : nous avons besoin de reconnaissance ; ce que la Bible appelle la « justice », au sens de la « justification ». Tant que nous ne nous sentons pas justifiés, nous sommes à la merci de cette jalousie : « Pourquoi lui et pas moi ? » Toute la question est donc de savoir comment DIEU va travailler cette jalousie de l’intérieur. De ce point de vue, l’histoire de Joseph est absolument prophétique de toute la trajectoire de Salut.

Alors prenons l’histoire dans l’ordre dans lequel elle nous est contée. Première chose, on vous dit qu’il est le préféré de Jacob. Pas de DIEU ! Mais de Jacob. De même qu’on vous a dit que Jacob était le préféré de Rebecca quand Esaü était le préféré d’Isaac… La Torah ne vous donne pas d’explication, sinon que Joseph est le fils de Rahel, la préférée de Jacob. Voyez, il est toujours question de préférence…

En même temps, il pourrait l’aimer de manière privilégiée sans lui donner de tunique de luxe… On s’étonne de la naïveté de Jacob qui ne s’y serait pas pris autrement s’il avait volontairement voulu instaurer la jalousie dans la fratrie ! Sauf si l’on admet qu’un émissaire égyptien est passé pour désigner Joseph comme le futur fils adoptif du Pharaon. Là, on a une raison cohérente, que la suite va confirmer puisque tout de suite après on vous raconte de Joseph a deux songes : le premier où, c’est le cas de le dire, Joseph voit tous ses frères à sa botte. Une botte de blé d’accord, mais tout de même. Et rebelote : le soleil et la lune et onze étoiles se prosterne devant son astre !!! Evidemment, on comprend que non seulement les frères, mais le père et la mère vont se prosterner devant lui. On comprend le trouble qui s’ensuit.

Ceci dit, reprenons le thème des songes : les bottes de blé font allusion à un premier salut, celui de la famine par l’extraordinaire ingéniosité de Joseph concernant l’invention de la pierre agglomérée pour les greniers d’Égypte. Quant aux astres, rappelez-vous : la lune et le soleil sont le dieu RÉ, ce qui pourrait bien signifier aussi que l’Égypte se prosterne devant lui à travers la soumission de ses dieux.

Toujours est-il que c’en est trop : les frères décident de tuer leur frère à la première occasion qui se présente lors d’une visite, soit disant de courtoisie, mais devait bien plutôt être celle du contremaître, et les frères ne sont pas dupes ! Et ils décident de le tuer, comme Caïn, comme Esaü, comme plus tard Saül, comme les sadducéens vis-à-vis de Jésus, etc. Le pire, c’est qu’ils ont raison !!! Joseph est insupportable ! C’est le petit ado qui a tout compris mieux que les autres et qui n’a qu’un rêve : les mettre à sa botte ! Maintenant, faut-il aller jusqu’au meurtre ? C’est là où Dieu attend l’homme. Rappelez-vous :

« Caïn, dit le Seigneur, pourquoi es-tu en colère et pourquoi ta face tombe-t-elle ? Si tu fais ce qui est beau, tu seras élevé ! Mais si tu ne fais pas ce qui est beau, alors le péché est tapi à la porte et vers toi son désir. À toi de le gouverner ! » (Gn 4,6-7).

C’est là que Ruben intervient :



« Rubèn les entendit, et voulut le sauver de leurs mains. Il leur dit : “Ne touchons pas à sa vie !” Et il ajouta : “Ne répandez pas son sang : jetez-le dans cette citerne du désert, mais ne portez pas la main sur lui. » Il voulait le sauver de leurs mains et le ramener à son père.” » (Gn 37,21-22)

Ruben, c’est l’aîné, et les rabbins ne manquent pas de rappeler qu’il est le premier à subir les conséquences de la préférence de Jacob pour Joseph. Mais justement : il fait preuve ici de sagesse, et c’est tout à son honneur. Ceci dit, il essaie aussi peut-être de se racheter du fait qu’il a été coucher avec une concubine de son père… (cf. Gn 35,22). Comme quoi rien n’est simple.

Alors plutôt que de le tuer, ils le jettent dans une fosse — retenez bien ce terme, il est important ! — et projettent de le vendre. Mais si vous lisez bien le texte, on ne vous dit pas qu’ils vont aller au bout de leur projet ! On a même l’impression qu’ils se font prendre de court :

« Juda dit à ses frères : “Quel profit aurions-nous à tuer notre frère et à dissimuler sa mort ? Vendons-le plutôt aux Ismaélites et ne portons pas la main sur lui, car il est notre frère, notre propre chair. » Ses frères l’écoutèrent. 

Des marchands Madiânites qui passaient par là retirèrent Joseph de la citerne, ils le vendirent pour vingt pièces d’argent aux Ismaélites, et ceux-ci l’emmenèrent en Égypte. » (Gn 37,26-28)

Dans le fond, dit la Bible, les frères n’ont pas vendu Joseph. Ce sont les Madiânites qui le sortent de la citerne et le vendent aux Ismaélites pour 20 sicles, à peu près 230 gr d’argent, le prix fixé par le livre du Lévitique quand on voue un garçon de moins de vingt ans à DIEU, c’est-à-dire que c’est le prix de son âme. Oui, mais quand même, direz-vous : c’est ce qu’ils voulaient faire ! Certes, mais entre ce que je pense faire parce que je suis sous le coup de la colère et ce que je fais effectivement, nous avons tous l’expérience qu’il peut y avoir un grand abîme ! Je peux avoir tout préparé pour une vengeance, et au dernier moment, avec le recul, renoncer à me venger… Donc auraient-ils vendu Joseph ? Peut-être / Peut-être pas. Le drame, c’est que les événements leur échappent : les Madiânites trouvent Joseph et le vendent eux-mêmes aux Ismaélites.

Qui sont les Ismaélites ? Sans doute les caravaniers des ancestrales routes de l’encens. Ceci dit, il n’est pas impossible que ce soit en même temps les fameux émissaires de Pharaon, si l’on admet que Joseph devait descendre le plus discrètement possible en Égypte.

Dès lors, le stratagème se poursuit, peut-être à l’instigation des Ismaélites eux-mêmes qui suggèrent aux frères de faire officiellement passer Joseph pour mort, fut-ce au prix de la souffrance de leur père. Ils prennent la fameuse tunique princière, l’imbibent du sang d’un bouc et font croire à Jacob qu’il est mort sous la dent des bêtes… Joseph est alors vendu, nous dit le texte, aux Égyptiens par les Madiânites — tiens, étrange… mais les rabbins remarquent que précisément, Joseph passe de main en main de telle sorte que ses frères perdent sa trace. Ce qui va bien dans le sens d’un stratagème et passage au camp adverse par des voix clandestines !

Inutile de vous dire à quel point Jacob est plongé ici dans les ténèbres !

Le scénario s’achève par la vente de Joseph à PUTIPHAR, le commandant des gardes de Pharaon, comme par hasard…

Suis un curieux chapitre sur Juda, auquel on ne s’attendait pas vraiment... Mais nous verrons cela la prochaine fois.

Bonne lecture !

Je vous remercie.