25-08-2018
[Foi 0.6.1] - Dieu est amour (1/2)
par : le père Alain Dumont
La foi chrétienne enseigne que DIEU est amour. Mais qu'est-ce que l'amour ? Quelles en sont les diverses dimensions et comment sont-elles assumées en DIEU ?
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PLAN :
– Jésus nous dévoile qui est DIEU en vérité
–Le starter de tout amour
– L’éros éprouvé au feu de la Charité
– La joie
– Il n’y a pas de plus grande joie que la joie d’aimer
– De l’amitié en DIEU et en l’homme
– L’amitié, au cœur de la ressemblance entre DIEU et l’homme
– En Jésus est scellée l’amitié entre DIEU et l’homme
Duration:36 minutes 47 secondes
Tous droits réservés.Citation : mentionner : © Père Alain Dumont, La Bible en Tutoriel, http://www.bible-tutoriel.com/ + titre de l'article
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Bonjour,
Nous avons vu la dernière fois combien le Christ Jésus illumine la vocation humaine : vous vous souvenez : l’homme, c’est du DIVINISABLE. Mais ça n’est pas tout : le Christ Jésus illumine aussi notre connaissance de DIEU ! Il nous révèle QUI EST DIEU. Il ne nous dit pas qui DIEU “devrait être” pour correspondre aux velléités des uns ou des autres ; il ne nous fait pas le tableau d’une projection de fantasmes humains, non. Le Christ nous révèle CHARNELLEMENT qui est DIEU — rappelons-nous que l’expérience de la CHAIR est ce qui vérifie la pertinence des idées émises par la raison. C’est donc dans le MYSTÈRE CHARNEL de sa naissance, de sa mort et de sa Résurrection que le Christ va nous dévoiler le Cœur de DIEU, bien plus encore que dans ses enseignements et ses miracles. Il est bien entendu que ses enseignements et ses miracles sont importants pour nous permettre de comprendre son Évangile et de choisir la VIE, mais ces enseignements ou ces miracles ne seraient RIEN s’ils n’avaient pas été CHARNELLEMENT authentifiés, vérifiés dans sa mort et sa résurrection. C’est donc dans sa CHAIR que Jésus va authentifier tout ce qu’Il va pouvoir nous révéler de DIEU !
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JÉSUS NOUS DÉVOILE QUI EST DIEU EN VÉRITÉ
Que nous dit Jésus sur DIEU ? Il nous révèle que DIEU EST CHARITÉ ! On dit habituellement que DIEU est Amour et c’est aussi une expression qu’on emploiera, mais à condition de ne pas oublier que le mot amour en français est très, voire trop générique pour traduire le véritable message de l’Évangile. En tous les cas, DIEU n’est pas un “sentiment d’amour”, DIEU n’est pas une “bonne pâte”, DIEU n’est pas un “gentil bon DIEU”, non ! C’est infiniment plus riche et plus dense que ça.
Néanmoins, c’est vrai qu’avant toute chose, DIEU est AMOUR. Vous oubliez ça et l’incarnation — le Verbe qui se fait chair — devient juste impossible à envisager ! Pourquoi ? Parce que le mouvement profond de l’Amour, ce n’est ni plus ni moins que de rapprocher les êtres et que sans cet Amour Premier, sans cet Amour divin, toute RENCONTRE entre DIEU et l’homme est juste absurde !
Ceci dit, appuyée sur l’écoute et le compagnonnage du Christ Jésus, l’expérience chrétienne s’ouvre, elle, sur cette vérité « expérimentale », j’ai envie de dire, que DIEU est effectivement Amour. Sauf que pour rendre compte de cette expérience, il faut considérer qu’il y a des degrés dans l’amour ; degrés sur lesquels se sont particulièrement penchés les philosophes de l’Antiquité grecque et qu’on ne peut pas ignorer si on veut éviter de dire n’importe quoi, non seulement à propos de l’amour qui subsiste en l’homme mais aussi à propos de l’amour qui subsiste en DIEU !
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LE STARTER DE TOUT AMOUR
D’abord et avant tout, considérons le starter de l’amour, à savoir, comme le dit Platon, l’ÉROS ! Alors pas ce que Freud en a fait en le réduisant à un pur instinct sexuel à la suite de la tradition plus tardive d’Apulée, mais l’ÉROS tel que le grand Platon l’a identifié, c’est-à-dire cet ÉLAN qui nous pousse vers l’autre. Ce qui est vrai des amants, certes, mais aussi des parents vers leurs enfants, des enfants vers leurs parents, des frères et sœurs entre eux, etc.
Eh bien en DIEU tel que nous le révèle Jésus, il y a un ÉROS vers l’homme, de la même manière qu’étant créé à l’image et à la ressemblance de DIEU, il y a un ÉROS de l’homme vers DIEU. Je n’aurais jamais osé vous dire ça aussi explicitement s’il n’y avait eu à Noël 2005 la publication de l’encyclique DEUS CARITAS du Pape Benoît XVI qui exprime cette réalité sans faux-semblant : « DIEU aime, et son amour peut être qualifié sans aucun doute comme éros » (n. 9) Eh oui : en DIEU, il y a bel et bien cet ÉLAN vers l’homme comme l’élan du Père vers ses enfants, de l’Époux vers son Épouse et ça, c’est vraiment quelque chose de singulier dans la foi judéo-chrétienne !
Ceci dit, on ne peut pas s’en tenir là, car en DIEU comme en NOUS, cet ÉROS demande à être authentifié, vérifié dans un second moment de l’Amour, à savoir la CHARITÉ
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L’ÉROS ÉPROUVÉ AU FEU DE LA CHARITÉ
L’ÉROS, l’élan de l’amour, n’est véridique QUE s’il entre en TRAVAIL sur soi, un TRAVAIL CHARNEL orienté vers la VIE : or c’est ce travail CHARNEL qu’on appelle la CHARITÉ — l’AGAPÈ en grec — et sans lequel l’ÉROS part complètement en vrille ! Plutôt que d’inaugurer un mouvement d’élévation, l’éros laissé à lui-même dessèche l’amour en pure convoitise et le faire descendre dans un néant mortifère provoquant des dégâts considérables ! C’est donc contre cet anéantissement que Jésus va se battre en nous manifestant CHARNELLEMENT, à travers la l’illumination de la CHARITÉ, qui est le vrai DIEU.
D’abord à travers le MYSTÈRE de l’INCARNATION : pour l’Antiquité, au moins depuis Platon, et jusqu’à aujourd’hui, la chair est considérée comme mauvaise. Pour Platon, le corps est la prison de l’âme ; et aujourd’hui, le corps est envisagé comme un matériel bas de gamme à “augmenter” pour que l’intelligence ne meure jamais : dans un cas comme dans l’autre, c’est le combat de la raison qui perçoit le substrat qui porte son activité comme un lieu de réclusion dont il faut se libérer des entraves.
Et voilà que le christianisme, lui, fait l’expérience inverse : si le Verbe de DIEU a pris CHAIR, c’est le signe que la CHAIR — qui est comme la synergie du corps, de l’âme et de l’esprit — si donc le Verbe de DIEU a pris CHAIR, c’est le signe que la CHAIR n’est pas mauvaise en soi, ce qui est juste la conclusion la plus logique qui soit du simple fait de la création : DIEU ne crée pas de raté ; Il ne crée rien de mauvais, DONC la CHAIR n’est pas mauvaise, tout au contraire : elle est belle et elle est bonne. Mais là encore, cette bonté de la CHAIR ne serait qu’une idée si elle n’était pas vérifiée par l’événement de l’INCARNATION. Autrement dit, si le Verbe s’est fait CHAIR, s’Il ÉPOUSE la CHAIR, c’est donc le signe que non seulement la CHAIR n’est pas mauvaise mais qu’étant positivement AIMABLE d’un amour NUPTIAL, elle n’est rien de moins que DIVINISABLE !
Voyez, c’est parce que les autres religions ne considèrent pas DIEU comme une puissance d’Amour nuptial qu’elles ne peuvent pas admettre l’Incarnation. Si DIEU n’est pas Amour, l’incarnation est inconcevable. Si en revanche DIEU est Amour, alors l’INCARNATION se présente comme le premier moment des ÉPOUSAILLES entre DIEU et sa Création dont le MARIAGE CHRÉTIEN est le sacrement : le mariage chrétien est le SIGNE visible de l’AMOUR DIVIN NUPTIAL invisible, on va y revenir. Mais déjà, j’espère que vous percevez à quel point cette perspective d’un Amour Divin Nuptial ouvre un champ infini de contemplation et de JOIE ! Ça n’est pas pour rien que le pape François a écrit sa première exhortation sur l’amour en l’intitulant : AMORIS LÆTITIA, La Joie de l’Amour ! Alors on va s’intéresser un peu à cette JOIE.
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LA JOIE
Qu’est-ce que la JOIE ? La joie naît, écrit un penseur juif du XVIe siècle du nom de Spinoza, après un passage. Je vous prends un exemple : vous préparez un examen sérieusement, et le jour J, vous passez « l’épreuve » de cet examen comme on dit. Le jour des résultats, vous vous avancez vers la liste des étudiants reçus, vous cherchez votre nom avec un peu d’angoisse et quand vous le trouvez : exultation de JOIE ! Maintenant, changeons le scénario : parce que vous aviez des lacunes, vous avez préparé des antisèches, qui vous ont justement servi le jour de l’examen sans que vous soyez pris. Le jour des résultats, vous êtes reçu, sauf qu’il n’y a pas de joie : seulement un soulagement, ce qui n’est pas la même chose. Pourquoi ? Parce que vous avez contourné l’épreuve ! Vous avez échappé à ce passage ! Résultat : pas de joie.
Autre exemple : vous faites de l’escalade pour atteindre un sommet. Le chemin est rude, avec des surplombs difficiles, des prises pas toujours évidentes ; parfois même vous vous faites peur, de sorte que l’arrivée au sommet se vit non pas tant comme une récompense mais comme une surprise, parce que vous êtes PASSÉS, vous avez relevé le défi de passages pas toujours simples, et hop : parvenu au somment, c’est une véritable exultation, surtout si vous êtes à plusieurs parce que la joie est d’autant plus forte qu’elle est partagée. Ceux qui préfèrent prendre le téléphérique pour parvenir au même sommet ne connaissent pas cette joie ! À la limite, ils auraient acheté une carte postale, ça aurait produit le même effet : on est « content », sans plus. Mais le plus beau, c’est qu’une fois redescendu, qu’est-ce que vous racontez ? Non pas tant l’arrivée au sommet que les émotions qui ont jonché LE CHEMIN : les peurs vaincues, la fierté du franchissement des passages difficiles… Et vous vous surprenez à être HEUREUX de ce chemin. Le bonheur donc n’est pas à l’arrivée, mais dans le sentiment de se dépasser PENDANT LE CHEMIN. Le sommet est la promesse qui vous donne le courage de PASSER malgré les difficultés, voire malgré la souffrance de certains efforts nécessaires. Dit autrement, le bonheur est dans le chemin ; la JOIE, quant à elle, est au terme, mêlée à un sentiment de fierté légitime et de croissance intérieure : vous vous êtes dépassés, et la joie n’est pas tant d’être arrivé au sommet que D’Y ÊTRE arrivé : « J’ai été jusqu’au bout ! »
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IL N’Y A PAS DE PLUS GRANDE JOIE QUE LA JOIE D’AIMER
Avec l’âge, on s’aperçoit qu’en définitive, il n’y a aucune joie comparable à la JOIE D’AIMER. La joie d’aimer est sans commune mesure avec la joie que procure une œuvre d’art ou la recherche scientifique. Et elle n’a évidemment rien à voir avec la simple satisfaction des pulsions de convoitise.
Et si on a bien compris ce qu’on vient de dire sur la joie, il n’y a donc pas de joie d’aimer sans ÉPREUVE — et là n’imaginez pas des épreuves graves : il n’y a pas d’amour sans épreuve au sens où l’autre me demande en permanence de mourir à moi-même ! Quand vous vous levez 3 fois par nuit parce que votre enfant est malade, ça n’est pas drôle ! Sauf qu’étrangement, il y a malgré tout un BONHEUR de l’accompagner et de ne pas le laisser seul dans son épreuve. Vous n’êtes pas “joyeux” qu’il soit malade, mais d’être auprès de lui relève néanmoins du bonheur dans la mesure où vous ne voudriez pas être ailleurs à un moment pareil. Et là, vous sentez bien que “bonheur” n’a rien à voir avec “bien-être” ! À chaque fois qu’on assimile le bonheur au bien-être, on nous ment, et c’est toujours pour mieux nous manipuler ! Pire : on réduit le bonheur à l’égoïsme, à un vice, et donc on nous tire vers le bas : « Si l’autre ne t’apporte pas de bien-être, quitte-le, tue-le même, trompe-le, etc. etc. Tu as le droit, parce que tu as droit au “bonheur” assimilé au bien-être ! » C’est terrible ! Alors qu’il faille ne pas se laisser anéantir est une chose, c’est évident. Mais juger l’autre uniquement à la mesure du bien-être qu’il m’apporte ou non est juste diabolique au sens où « diabolos », en grec, désigne le « diviseur ».
Car ce que m’apprend le Christ Jésus, c’est-à-dire DIEU en Personne, c’est que le VRAI BONHEUR est dans la CHARITÉ qui me fait offrir ma vie, mourir à moi-même pour l’autre. Et ça ne relève décidément pas seulement du « devoir » : encore une fois, quand vous êtes auprès de votre enfant ou de votre conjoint alité, vous ne voudriez pas être ailleurs. On est « heureux » d’être auprès de lui CHARNELLEMENT comme lui est heureux de notre présence CHARNELLE qui seule permet de ne pas laisser l’épreuve nous anéantir. C’est paradoxal, mais c’est comme ça !
Et ça déborde largement le cadre familial pur : une de mes tantes était cancérologue à l’Institut Curie : elle m’a toujours dit que 50% de l’amélioration de l’état d’un malade passait par le temps et l’attention que le médecin lui portait « fraternellement ». Autre exemple : quand on va faire ses courses, aujourd’hui, on prend ce dont on a besoin et on passe à la caisse ! Sauf que l’épicier ou le boucher du coin, lui, qui ne peut pas se payer le luxe d’offrir les prix cassés de la grande distribution, nous offre pourtant quelque chose de bien plus précieux à travers son temps, son sourire et sa conversation ! Et soupçonner qu’il ne le fait que pour un motif mercantile est d’une mesquinerie bien triste qui refuse de voir l’autre comme un frère ou une sœur capable d’offrir plus que de misérables rapports pécuniaires ! La preuve : vous sortez toujours de chez votre épicier avec le sourire aux lèvres ! C’est bien plus rare quand vous sortez de votre supermarché ! La différence ? Ça paraît peut-être bizarre aujourd’hui de dire les choses ainsi, mais c’est la CHARITÉ, c’est-à-dire, au milieu de la vie de tous les jours, l’offrande GRATUITE d’une présence, d’un sourire, d’une attention, d’un morceau de vie qui apporte quelque chose de l’ordre du bonheur. On pourrait d’ailleurs dire à ce propos qu’une des différences majeures entre bien-être et bonheur, c’est que là où le bien-être se monnaye, le bonheur, lui, relève de la pure gratuité !
Or voilà ce que l’expérience chrétienne pose comme un absolu, puisque DIEU Lui-même entre le Premier dans le jeu et que l’homme y éprouve un enchantement qui lui donne sa raison d’exister : seule la CHARITÉ offre de vivre HEUREUX car elle seule met en marche et vise le sommet de la JOIE, de sorte qu’il n’y a pas de plus grande joie que la joie d’aimer. Et c’est alors qu’apparaît le troisième moment de l’amour lié à cette joie, à savoir l’AMITIÉ.
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DE L’AMITIÉ EN DIEU ET EN L’HOMME
Ultimement, l’amour rêve d’une communion intime, que Jésus appelle l’amour d’AMITIÉ qui existe au plus intime de DIEU entre le Père — la Source — et le Fils — le Verbe. Au ch. 5 de l’Évangile selon saint Jean, Jésus lui-même dit que « Le Père aime le Fils d’AMITIÉ » (Jn 5,20). Rien à voir évidemment avec de pseudos “amis virtuels”, ne serait-ce que parce que la véritable AMITIÉ est CHARNELLE ou elle n’est tout simplement pas ! C’est cette amitié charnelle qui est si féconde en joie, en partage, en étonnement, en inspirations etc. Mais surtout, c’est elle qui ENGENDRE, et là, c’est un grand mystère. L’AMITIÉ engendre parce que l’AMITIÉ est l’AMOUR en tant qu’il donne la vie. On pourrait dire que là où, dans la CHARITÉ, je donne MA vie ; dans l’amitié, c’est-à-dire dans l’échange réciproque et interpersonnel de ce don de soi, NOUS donnons — au pluriel — ; NOUS donnons LA vie. Or en arriver à ce stade s’avère d’une luminosité inouïe pour découvrir en même temps qui est DIEU et qui est l’Homme.
Commençons par DIEU : Prenez la Création : en Jésus, le Verbe fait Chair, on s’aperçoit qu’elle procède d’une mystérieuse AMITIÉ qui unit éternellement le Père et le Fils ! Il suffit d’écouter le récit du ch. 1 de la Genèse : « DIEU dit : “Faisons l’homme à notre image et notre ressemblance. » (Gn 1,26a) Vous entendez ? « FAISONS L’HOMME », au PLURIEL ! Étonnant ! Il y a quelque chose de mystérieux dans cette création spécifique du genre humain qui procède d’une COMMUNION en DIEU ! Mais avant de considérer ce mystère, laissons le récit nous dévoiler autre chose : une fois la création achevée, on lit en conclusion, littéralement à partir de l’hébreu « Tels furent les ENGENDREMENTS des cieux et de la terre dans leur création. » (Gn 2,4). Vous entendez ? Le monde n’est pas seulement créé par DIEU comme par une sorte de potier artisan, mais il est ENGENDRÉ au sens où une VIE a été transmise. Alors ici, on peut considérer les choses de l’extérieur ou de l’intérieur : de l’extérieur, DIEU engendre au sens technique comme on le ferait dans un laboratoire biologique. C’est froid, c’est même cryogénique, mais bon : voilà, un acte créateur est posé. Sauf que là, on considère DIEU comme une simple toute-puissance, et on va voir dans pas longtemps que cette vision est juste idolâtre ! Sauf qu’on peut aussi considérer ce mystère de l’INTÉRIEUR, et là, la révélation en Jésus de la véritable nature de DIEU est absolument éblouissante : « le Père aime le Fils d’AMITIÉ ». Vous vous souvenez qu’on vient de voir que le propre de l’AMITIÉ est de DONNER LA VIE dans l’échange mutuel du don de soi à l’autre ! Et bien : c’est en Christ qu’on peut comprendre que cette communion de VIE qui DONNE LA VIE n’est autre que l’AMITIÉ qui unit le Père et le Fils, les fameuses DEUX PUISSANCES DU CIEL dont nous avons parlé par ailleurs.
Alors vous me direz : quel est l’intérêt de considérer cette amitié en DIEU ? Tout simplement parce que si l’homme — au sens générique du “genre humain” — est fait « à l’image et à la ressemblance » de DIEU, ça signifie que ce qui est spécifique à l’homme, c’est d’être marqué par le même amour fécond qui est en DIEU, à savoir l’AMITIÉ ! Et j’espère que vous sentez en vous que ça répond à un désir vraiment profond, ce qui est le signe qu’on n’est pas en train de raconter n’importe quoi ! Dit autrement, de la même manière qu’en DIEU se vit un mystère essentiel d’AMITIÉ, pour que ressemblance il y ait, il faut qu’un mystère d’AMITIÉ se vive au sein du genre humain ; une amitié charnelle et féconde, et c’est ENTRE L’HOMME ET LA FEMME que cette amitié est figurée. Et c’est là qu’on découvre en profondeur qui est l’homme, quel est le moteur de son existence.
Alors à nouveau, vous pourriez me dire : Oui, mais l’amitié entre le Père et le Fils, ça n’est pas la même chose qu’une amitié entre un homme et une femme ! Certes ! Sauf que le récit biblique de la Création ne dit pas que l’amitié humaine est la “réplique” de l’amitié divine ! Elle lui ressemble au sens où en DIEU comme en l’homme, donner la vie, transmettre la vie, dans la plénitude de ce que ça représente, relève de l’AMITIÉ ! Ceci dit, il est certain que la vie d’un enfant peut apparaître sans passer par l’amitié : sauf que dans ce cas-là, très étrangement, soit on parle d’un « accident » ; soit on se réfugie derrière l’effet d’un acte technique. Mais quoi qu’il en soit — et là, croyez bien qu’il n’y a aucun jugement de ma part —, si votre enfant ne perçoit aucune amitié, où qu’elle se situe, à la source de sa propre existence, ça va provoquer chez lui de sacrés ravages psychologiques !
Par ailleurs, ça ne signifie pas qu’entre hommes ou entre femmes ne puisse se vivre une amitié avec une certaine fécondité dans un sens plus large que la seule venue d’un enfant ; mais là où l’amitié humaine devient néanmoins un SIGNE de l’amitié intradivine, c’est quand elle est vécue entre un homme et une femme. Raison pour laquelle le MARIAGE chrétien est un SACREMENT : ce qu’on appelle les « 4 piliers » du mariage, à savoir la Fidélité, la Fécondité, la Liberté et l’indissolubilité — vous pourrez voir avec votre accompagnateur ce que ces mots signifient —, si ces « 4 piliers », donc, sont posés en dehors de l’AMITIÉ, ils sont juste invivables ! Ce qui veut dire, dans un premier temps, que l’amitié fidèle et féconde entre les époux renvoie mystérieusement à l’amitié fidèle et féconde entre le Père et le Fils — ça n’est pas le tout du sacrement, mais c’en est un point fondateur. C’est en tous les cas ce que nous dit encore le récit de la Genèse : « Dieu créa l’homme à Son image, à l’image de Dieu Il le créa, Il les créa homme et femme. Dieu les bénit et leur dit : « Soyez féconds et multipliez-vous. » (Gn 1,27-28a).
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L’AMITIÉ, AU CŒUR DE LA RESSEMBLANCE ENTRE DIEU ET L’HOMME
Dit autrement, l’AMITIÉ constitue le cœur de la RESSEMBLANCE entre DIEU et l’homme ; une ressemblance que le sacrement du Mariage sacramentel institue comme une IMAGE, une ICÔNE de l’amitié divine ! Alors certes, redisons-le, entre l’homme et DIEU, il y a une DIFFÉRENCE irréductible, puisqu’en DIEU, c’est du cœur de l’amitié divine qui unit le Père et le Fils que procède l’engendrement de la Création, et non d’une sorte d’union sexuelle au sein d’un couple primordial — ça, c’est du pur fantasme d’une religiosité mal dégrossie. Même si c’est difficile à concevoir, DIEU est DIEU, et en Lui, il n’y a aucune dimension sexuelle qui n’appartient qu’à l’ordre de la Création. En revanche, il y a bien une AMITIÉ qui subsiste éternellement entre ces DEUX PUISSANCES DU CIELS que sont le Père et le Fils, le DIEU Source et le DIEU Verbe ; une AMITIÉ qui se dévoile dans ce grand mystère de la Création.
Un philosophe pour qui le mystère d’une amitié divine est absolument étranger se demandera jusqu’à sa mort « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? » Mais pour qui s’ouvre à cette AMITIÉ DIVINE révélée en Jésus Christ, celle-ci ouvre le sens de l’existence comme le fruit d’une RESSEMBLANCE entre DIEU et l’homme à travers lequel s’ouvre un mystère commun d’engendrement — soyez féconds et multipliez-vous. D’un côté, cet engendrement procède du Père et du Fils ; de l’autre, il procède de l’homme et de la femme, mais c’est du même mystère de l’élan vital qu’il s’agit de donner et de transmettre, non pas simplement comme un acte technique mais comme le dévoilement de l’AMOUR au cœur de l’univers visible et invisible…
Et c’est là où la foi en ce mystère dévoilé par le Christ s’avère d’une performance inouïe dans la compréhension intime de ce que nous sommes et sans laquelle on se fourvoie sur soi dans des impasses inextricables. Prenez un couple : leur véritable fécondité ne vient pas de ce qu’ils sont « amants » mais de ce qu’ils sont AMIS. Il y a chez les amants une dimension fusionnelle qui anéantit toute velléité de relation ; une relation que respecte en revanche l’AMITIÉ, parce que dans l’AMITIÉ, chacun reste soi, en pleine liberté, de façon à pouvoir se DONNER à l’autre ; le DON de soi étant le fondement de toute RENCONTRE véritable, à commencer par la FRATERNITÉ — « un frère appuyé sur un autre frère est une forteresse », vous vous souvenez ; une fraternité qui peut s’épanouir, quand une réciprocité s’installe de façon durable, en AMITIÉ ; une AMITIÉ qui se présente comme l’AMOUR capable de transmettre la vie au sens plein.
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EN JÉSUS EST SCELLÉE L’AMITIÉ ENTRE DIEU ET L’HOMME
Alors laissons-nous entraîner encore plus loin, parce que ça n’est pas fini : le SOMMET de la relation que DIEU veut instaurer avec l’homme, elle aussi — et elle d’abord — relève d’une AMITIÉ à laquelle prépare la CHARITÉ ! DIEU aime l’homme de CHARITÉ et il le prouve à travers le DON qu’il fait de sa VIE jusqu’à payer le prix du péché à travers sa passion et sa mort sur la croix, alors que lui-même est SANS PÉCHÉ ! Et là, parce que ce prix payé n’est pas un simple effet d’annonce mais s’authentifie dans la CHAIR, si DIEU aime ainsi l’homme de CHARITÉ, c’est qu’Il veut instaurer avec lui une AMITIÉ, au lieu même de leur ressemblance qui n’est autre que le sommet de l’Amour ! C’est la raison pour laquelle il faut prendre très au sérieux ces paroles du Christ à ses disciples : « Mon commandement, le voici : Aimez-vous de charité les uns les uns les autres comme Je vous ai aimés de charité.
Il n’y a pas de plus grande charité que de donner sa vie pour ses amis. [Or] vous êtes Mes amis si vous faites ce que Je vous commande — c’est-à-dire vous aimer de charité les uns les autres —. Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; Je vous appelle Mes amis, car tout ce que J’ai écouté d’auprès de mon Père, Je vous l’ai fait connaître. » (Jn 15,12-15) Vous entendez comment la charité conduit à l’AMITIÉ ? Or redisons-le : cette AMITIÉ que DIEU a voulu partager avec le genre humain n’est rien de moins que le SOMMET DE L’AMOUR, compris non comme une simple émotion mais comme un CHEMIN de BONHEUR — malgré toutes les tempêtes qui peuvent déferler, les escarpements ou les surplombs souvent laborieux à franchir ; un chemin de bonheur qui mène à la JOIE DE L’AMITIÉ, non seulement au plus intime de DIEU ; non seulement à l’intérieur du genre humain, mais ENTRE DIEU et le genre humain du fait de leur RESSEMBLANCE qui instaure entre eux, depuis le commencement de la Création, une concordance étonnante. Une concordance que l’Incarnation du Verbe va porter à son apogée puisqu’au moment même de la conception de Jésus dans le sein de Marie se vivent les ÉPOUSAILLES divino-humaines attendues depuis la fondation du monde : en Jésus, DIEU épouse ENFIN la chair de l’humanité, s’unit à elle dans la fidélité d’une CHARITÉ qui ira jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’au don de sa Vie afin de manifester CHARNELLEMENT au genre humain que DIEU en personne attend de vivre avec lui une ÉTERNELLE AMITIÉ NUPTIALE, c’est-à-dire féconde pour l’éternité !
En Jésus, on peut donc contempler le fruit d’une amitié parfaite entre DIEU et l’homme ; une amitié qui fait que DIEU reste DIEU et l’Homme reste Homme, dans une communion sans confusion qui va permettre au Christ d’entraîner dans sa victoire sur la mort tous ceux qui voudront bien s’attacher à Lui dans l’obéissance au commandement de CHARITÉ par laquelle se construit une véritable amitié avec DIEU. Ça n’est rien de moins que le christianisme désigne du nom de « vie spirituelle », une vie qui reçoit de cette amitié toutes les bénédictions nécessaires pour se mettre en marche à l’appel amoureux de DIEU ; une marche qui, depuis des centaines de générations, fait se lever tout un peuple capable, du cœur de l’amitié partagée avec le Christ, de discerner les points d’appuis, les points de ressource qui vont lui permettre d’arriver là où DIEU l’attend pour célébrer les Noces Éternelles à partir desquelles tous les mystères du monde et de l’histoire vont livrer leurs secrets les plus intimes à l’étonnement et à la JOIE de tous ! Des Noces, soit dit en passant, dont l’Eucharistie nous offre les prémices, mais bon, on n’en dira pas plus pour l’instant. On continuera à développer ce thème un peu plus la prochaine fois ! Je crois que vous avez déjà suffisamment de matière pour discuter avec votre accompagnateur en vous aidant des documents pour aller plus loin.
Que le Christ Jésus vous garde en sa bénédiction.
Je vous remercie.
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