25-08-2018

[Foi 0.5] - DIEU s'est fait Homme pour que l'homme soit fait DIEU

par : le père Alain Dumont
« Si vous me demandez ce qu’est l’homme, je vous réponds ceci : l’homme est du divinisable. C’est la réponse la plus profonde, au-delà de toutes les choses si intéressantes que peuvent nous dire les sciences humaines. » (Père François Varillon, s.j.)
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PLAN :
– Qu’est-ce que le Mystère ?
« Qu’est-ce que l’homme pour que Tu penses a lui ? » (Ps 8,5)
– DIEU s’est fait homme pour que l’homme soit fait DIEU
– Le Christ Jésus, notre Rédempteur
– Nous devenons, par le Christ, fils et filles adoptifs de DIEU
– Pas d’humanisation sans divinisation
Rubrique :Découvrir DIEU
Duration:37 minutes 47 secondes
Tous droits réservés.
Citation : mentionner : © Père Alain Dumont, La Bible en Tutoriel, http://www.bible-tutoriel.com/ + titre de l'article
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Bonjour,

Nous poursuivons notre découverte du christianisme et nous allons nous attarder aujourd’hui sur les conséquences qui découlent d’une des notions que nous avons évoquée lors de la dernière vidéo, à savoir l’INCARNATION DU VERBE DE DIEU.

Vous vous souvenez que tout part de la RÉSURRECTION DE JÉSUS que personne n’avait su anticiper malgré le fait qu’elle soit inscrite quasiment à chaque page de l’Ancien Testament qui est en lui-même une gigantesque entreprise de résurrection. Ceci dit, une fois qu’on s’est laissé illuminer par ce MYSTÈRE, on reprend les affaires, on relit l’histoire et là, on s’aperçoit que ce qui s’est passé est juste magnifique ! C’est tout le projet de DIEU, dès le commencement, qui se trouve accompli pour la plus grande joie des hommes !

Alors je viens d’utiliser un mot qu’on ne comprend pas toujours, le mot « MYSTÈRE », sur lequel il vaut la peine de s’attarder un peu.

QU’EST-CE QUE LE MYSTÈRE ?

Qu’est-ce que le MYSTÈRE ? Le « MYSTÈRE » n’est pas l’énigme : l’énigme, c’est ce qu’on ne comprend pas. Comme disait saint Augustin, le MYSTÈRE, lui, n’est pas ce qu’on ne comprend pas mais ce qu’on N’A JAMAIS FINI DE COMPRENDRE, et c’est tout à fait autre chose. Il y a une profondeur dans le MYSTÈRE qui fait qu’en s’y attachant, on se sent grandir. Par exemple : quand un homme dit au bout de 20 ans de mariage que sa femme est encore un mystère pour lui, il ne veut pas dire qu’elle est une énigme, mais que ces 20 ans d’amitié partagée n’ont pas épuisé la profondeur qui habite cette femme ; il y a toujours à découvrir en elle, de sorte qu’au contact de sa femme, cet homme se sent toujours grandir, devenir meilleur et c’est ce qui révèle la dimension GÉNIALE — et par le fait même unique — de leur relation. Or précisément : le MYSTÈRE, c’est ce qui émane du GÉNIE de la VIE. Alors restons un peu sur ce point capital.

Qu’est-ce qu’une œuvre géniale ? Une œuvre géniale, c’est une œuvre, un tableau par exemple, qui me saisit, qui m’étonne, me déplace intérieurement, me sort de moi-même : de mes certitudes, de mes cloisonnements, pour m’emmener sur un autre chemin que celui de mes schémas rassurants de pensée, pour m’enrichir intérieurement. De sorte qu’en le quittant — parce qu’on ne peut pas rester sempiternellement scotché à un tableau —, je me sens avoir grandi et quelque part être meilleur, avec un sentiment de gratitude.

Si on ressent ça, c’est le signe qu’avec ce tableau, on a rencontré un artiste dont le GÉNIE a su nous ouvrir au Mystère ; sans cet artiste, ce Mystère nous serait resté non seulement à jamais inaccessible, mais sans que nous sachions pourquoi, il nous aurait tristement manqué. Et c’est là qu’on découvre à nouveau que le Mystère ne s’ouvre qu’à l’occasion d’une RENCONTRE par laquelle on se prend à vivre une expérience d’éternité. Au contact du Mystère, le temps suspend son vol : on ne le sent plus passer… Quand on passe du temps avec celui ou celle qu’on aime, on est ensemble depuis 50 balais mais on a l’impression qu’on s’est rencontré hier pour la première fois !

Eh bien : la RENCONTRE DE JÉSUS relève précisément  du MYSTÈRE, et c’est juste fantastique parce qu’on comprend alors que la foi véritable nous met en présence de l’insondable GÉNIE divin, créateur et sauveur ; ce génie qui, quand nous l’autorisons à nous dévoiler son MYSTÈRE, nous saisit au plus profond de nous-mêmes, nous fait grandir et nous sentir meilleurs ; aptes à poser des actes de charité et d’espérance que, sans Lui, nous n’aurions pas une seconde imaginé pouvoir poser ; aptes surtout à faire l’expérience d’une insondable amitié avec ce divin QUI NOUS RÉVÈLE À NOUS-MÊME et répond à notre vocation la plus intime, qui nous fait pénétrer à l’intérieur de notre propre mystère et saisir en définitive quelle est la vocation profonde de TOUT HOMME : la rencontre d’amitié avec DIEU, en Jésus, nous dévoile que l’homme est essentiellement « du divinisable » comme aimait le dire le père François Varillon dans les années 1970.

« QU’EST-CE QUE L’HOMME POUR QUE TU PENSES À LUI ? » (Ps 8,5)

Le père François Varillon, qui était ce qu’on appelle un « Jésuite », de la même famille spirituelle que le pape François, aimait dire au cours de ses retraites, dans les années 1970 : « Si vous me demandez ce qu’est l’homme, je vous réponds ceci : l’homme est du divinisable. C’est la réponse la plus profonde, au-delà de toutes les choses si intéressantes que peuvent nous dire les sciences humaines. Nous savons bien que les étudiants se pressent aux portes des facultés des sciences humaines : psychologie, sociologie, psychosociologie, etc. Tout cela est passionnant mais ne va pas jusqu’à la profondeur ultime de l’homme, ne nous renseigne pas sur ce qu’est le mystère de l’homme car l’homme est un mystère. » (Père François Varillon, Joie de croire, Joie de vivre, Centurion (1981), p. 22)

Eh bien, avec tout ce que nous avons découvert au fil de ces premières vidéos, nous avons déjà tous les éléments pour entrer, précisément, dans ce MYSTÈRE de l’homme : à la lumière de la Résurrection de Jésus, notre raison comprend que l’homme, c’est du DIVINISABLE. Pourquoi ? Tout simplement parce que depuis l’Incarnation de Jésus, UN HOMME — Jésus précisément — est DIEU ! Ça c’est prodigieux parce qu’en Jésus, on s’aperçoit que DIEU et l’HOMME ne sont pas incompatibles, au contraire : ils sont FAITS L’UN POUR L’AUTRE !!! Et ça n’est pas de la pure théorie : c’est inscrit dans LA CHAIR de Jésus. C’est un FAIT, une EXPÉRIENCE dont la mémoire se transmet de génération en génération depuis plus de 2000 ans ; une expérience qui a transformé, illuminé et vivifié l’existence de milliards d’hommes et de femmes qui ont fait qu’au milieu des malversations du péché qui ont empoisonné l’histoire humaine, malgré tout, une ÉLÉVATION s’est produite et se produit encore jusque dans les contrées les plus reculées du monde qui s’éveillent à cette vocation inattendue, et pourtant si profondément espérée. Parce que cette vocation nous fait sortir de la seule « Loi du plus fort » qui régit les relations humaines bloquées par le péché sur le mode « survie ». Jésus nous fait passer, lui, au mode « VIE », un mode où il s’agit de s’ÉLEVER les uns les autres en s’appuyant pour ça SUR UN AUTRE, à savoir SUR DIEU en Personne qui nous élève jusqu’à Lui, qui nous DIVINISE.

Alors tout ça vous paraît peut-être bien abstrait, mais croyez-moi : dès l’instant, dès la SECONDE où je découvre que cette ÉLÉVATION est au cœur de l’existence, alors ça change tout : ne serait-ce que parce que l’Autre, qu’il s’agisse de DIEU ou de mon prochain, n’est plus un ennemi mais un APPUI — à condition évidemment que ce ne soit pas un pervers, parce que le pervers ne pense qu’à descendre autrui là où, normalement, toute relation devrait avoir pour effet d’élever autrui — Ceci dit, bien sûr qu’il y a des combats, parce que rencontrer un autre provoque TOUJOURS un déplacement : tout ne va pas toujours à notre humeur ou selon nos envies dans nos relations, et c’est tant mieux ! Mais à partir du moment où on vise de s’élever parce qu’on sait qu’en Jésus, une DIVINISATION est désormais possible charnellement, alors on se lance à l’aventure ! On se prend avec fougue au jeu d’aimer combattre ce beau combat, comme dit saint Paul, qui est le combat de la FOI : non pas pour prendre le pouvoir mais pour rester, quoi qu’il en coûte, dans l’optique de la CONFIANCE en DIEU, révélé en Jésus ; une FOI en sa volonté aimante de nous diviniser. Et à quoi peut-on voir qu’on peut mettre en DIEU cette FOI ? En ce que Lui-même, en Personne, a mené le combat de la Souffrance mortelle qui l’a conduit à la Croix, certes, mais surtout qui l’a conduit à prouver CHARNELLEMENT à tout homme qu’Il l’aimait jusqu’au bout, quoi qu’il en coûte ; qu’Il  était FIDÈLE, et ça, c’est l’autre dimension de la FOI qu’il ne faut pas oublier : la FOI n’est pas seulement une affaire de CONFIANCE mais aussi une affaire de FIDÉLITÉ, car l’une ne va pas sans l’autre !

Quoi qu’il en soit, avec Jésus, nous voilà entrés dans un mouvement inattendu : si DIEU s’est fait homme ; s’Il a pris chair et notre chair, c’est donc pour que l’homme soit DIVINISÉ, pour que L’HOMME SOIT FAIT DIEU, nous dit la FOI.

DIEU S’EST FAIT HOMME POUR QUE L’HOMME SOIT FAIT DIEU

DIEU s’est fait homme pour que l’homme soit fait DIEU. Voilà ce par quoi les Pères de l’Église, dès les premiers siècles, se sont laissés interroger… Je pense ici en particulier à un savant immense de l’Égypte ancienne : Saint Athanase d’Alexandrie qui a vécu au IVe siècle, et puis, avant lui, au IIe siècle, plus proche de nous, saint Irénée de Lyon. « DIEU s’est fait homme pour que l’homme soit fait DIEU ! » Quel étonnement ! Quelle ouverture infinie de l’horizon !

– « DIEU s’est fait homme »,  à présent, on connaît : c’est une manière de retraduire saint Jean dans son prologue : « le Verbe s’est fait chair ».

– « Pour que l’homme soit fait DIEU » en revanche, même si on vient de dire que c’est la vocation la plus intime de l’homme, c’est plus difficile à concevoir, alors allons-y par étapes.

C’est d’abord l’évangile qui nous met sur la piste. Si on reste dans saint Jean, on peut évoquer Jésus qui dit à ses disciples au moment où il vient de leur annoncer qu’il allait mourir : « Que votre cœur ne soit pas bouleversé : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, vous aurais-je dit : “Je pars vous préparer une place” ? Quand je serai parti vous préparer une place, je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi. » (Jn 14,1-3) ou encore, quelques chapitres plus loin : « Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, ils soient eux aussi avec moi, et qu’ils contemplent ma gloire, celle que tu m’as donnée parce que tu m’as aimé avant la fondation du monde. » (Jn 17,24). Alors la divinisation n’est pas dit explicite, c’est vrai, mais si on entend ces propos à la lumière de la Résurrection, aucun doute n’est possible. On ne va pas tout de même pas nous parquer dans des box comme on élève des poulets en batterie ! Nous serons AVEC LE CHRIST JÉSUS, c’est-à-dire élevés au même rang que Lui, quand bien même subsisteront évidemment des différences irréductibles dont on parlera dans quelques instants.

Maintenant, comment les Pères de l’Église en sont venus à comprendre que l'homme est fait pour être divinisé ? D’abord en considérant qu’en Jésus, on vient de le rappeler, il y a d’ores et déjà UN HOMME QUI EST DIEU. Vous vous souvenez ? C’est la grande révélation qu’illumine sa résurrection : si la mort n’a pas pu retenir le Christ Jésus — Christ est un mot qui signifie que DIEU l’a choisi ; ça traduit l’hébreu : MESSIE — Bref. Si donc la mort n’a pas pu retenir le Christ Jésus, c’est qu’il est sans péché et s’il est sans péché, c’est qu’il est DIEU, on n’y revient pas ! Mais en même temps — et c’est là un sacré paradoxe —, si Jésus n’est pas pécheur, c’est qu’il est PLEINEMENT HOMME ! Et oui ! Ce qui nous empêche, nous, de répondre pleinement à notre vocation humaine, c'est PRÉCISÉMENT que nous sommes pécheurs ! Le péché, c’est ce qui m’EMPÊCHE d’être pleinement VIVANT et VIVIFIANT, alors même que j’ai été créé, comme tout homme, POUR LA VIE ! Le péché, c’est ce qui nous DÉSHUMANISE en introduisant l’angoisse dans le monde qui nous fait nous méfier des autres et de DIEU ! C’est ce que raconte le récit du péché originel au ch. 3 de la Genèse qu’on verra une prochaine fois.

Toujours est-il que la FOI nous enseigne que le péché n’est PAS inscrit en l’homme par « nature », comme on dit. C’est-à-dire qu’en soi, l’homme n’est pas pécheur : ce serait contradictoire : il y aurait en l’homme une puissance de déshumanisation ? C’est absurde ! Contrairement à ce qu’enseigne une certaine philosophie athée, l’homme n’est pas fait pour la mort — et ça, c’est une plutôt une bonne nouvelle qui nous fait envisager le sens de l’existence et notre engagement complètement différemment ! Dit autrement : je ne suis pas obligé de pécher pour être un homme ! Tout au contraire : moins je pèche et plus je sens que je suis qui je dois être ! Donc si l’homme n’est pas pécheur par nature, ça signifie qu’il peut retrouver sa pleine liberté si quelqu’un le délivre de cette emprise du péché, or c’est précisément ce que fait le Christ Jésus dans l’offrande de sa vie pour nous sur la Croix ! Redisons-le tellement c’est important : le péché, c’est ce qui INTERDIT à l’homme d’être PLEINEMENT HOMME ; c’est ce qui DÉSHUMANISE L’HOMME ! Donc être délivré du péché, c’est retrouver la pleine capacité à être soi ! Voilà la Bonne Nouvelle du Christ, voilà son Évangile.

LE CHRIST JÉSUS, NOTRE RÉDEMPTEUR

Alors revenons à Jésus : si Jésus n’est pas pécheur, ça signifie non seulement qu’il est PLEINEMENT DIEU mais qu’il est aussi et dans le même moment PLEINEMENT HOMME ! On peut même aller jusqu’à dire que Jésus est pleinement Homme PARCE QU’Il est pleinement DIEU ! Non pas moitié-homme, moitié-dieu à la manière des demi-dieux de l’Antiquité, mais 100 % HOMME parce que 100 % DIEU.

Du coup, si nous voulons savoir ce qu’être homme signifie, c’est vers le Christ Jésus qu’il faut nous tourner. Non pas simplement comme un modèle qu’il faudrait imiter — encore que — mais comme Celui  par qui s’opère notre propre transfiguration. Qu’est-ce que vous voulez, ni vous ni moi ne pouvons-nous auto-diviniser ! Tous ceux qui ont prétendu le faire ont été des catastrophes humanitaires à eux tout seuls ! Ils n’ont été que pourvoyeurs de mort, ce qui est bien le signe qu’ils n’étaient pas divins mais diaboliques !

Que veut dire « être divinisé » ? Ça veut dire déjà être libéré, être SAUVÉ du péché PAR UN AUTRE QUE MOI — en l’occurrence par Jésus. Comment fait-il ? Non pas comme Superman qui arrive du ciel pour pourfendre les méchants à coups de regards laser ! Au demeurant, , Superman sauve tout au plus quelques personnes, toutes américaines, mais ça n’a rien à voir avec ce qu’entend la Bible par SALUT. Suivez-moi bien : « le salaire du péché, c’est la mort » comme dit saint Paul dans l’épître aux Romains. Et parce que nous sommes pécheurs, en stricte justice, nous aurons à payer ce prix de sorte que la mort nous gardera dans ses griffes — c’est ce que l’ancienne tradition appelait le Shéol dans la Bible ; ou ce que l’Antiquité grecque appelle « Les enfers ». Alors comment DIEU nous sauve-t-Il ? En Jésus qui est pleinement DIEU et pleinement HOMME, donc absolument SANS PÉCHÉ, Il va PAYER POUR NOUS LE PRIX DU PÉCHÉ ; il va payer pour nous la RANÇON de la mort qui nous a pour ainsi dire ENLEVÉS comme on « fait un enlèvement ». Lui qui est absolument innocent, voilà qu’il entre volontairement dans la mort — ce qui ne signifie pas qu’Il se suicide mais qu’il laisse le péché des hommes s’acharner sur lui jusqu’au bout, jusqu’à le torturer et le condamner à mort de la façon la plus  INJUSTE et la plus ignominieuse qui soit. Une injustice qui nous montre de manière flagrante que si le prix du péché, c’est la mort, c’est parce que le péché est par essence MEURTRIER ! Pécher, encore une fois, ça n’est pas simplement commettre une faute ou une erreur administrative ! C’est, à travers lui, tuer l’autre : la critique, la calomnie n’est pas une faute, c’est un PÉCHÉ parce qu’elle tue celui que j’enferme dans ma condamnation ! La convoitise et le vol ne sont pas des fautes mais des PÉCHÉS parce qu’à travers eux, je TUE l’autre dans son droit à la propriété, etc. etc. Donc le PÉCHÉ est par nature MEURTRIER, et c’est en le laissant manifester sa nature meurtrière en s’acharnant sur un INNOCENT tout en se proclamant dans son bon droit — « Vous n’y comprenez rien, dira le Grand-Prêtre de Jérusalem à propos de Jésus ; vous ne voyez pas quel est votre intérêt : il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple, et que l’ensemble de la nation ne périsse pas. » (Jn 11,49-50) — C’est donc en laissant le péché manifester sa nature meurtrière et s’acharner sur Lui que le Christ Jésus, tout innocent qu’Il soit, paye la rançon de NOTRE PÉCHÉ ! Il devient notre RÉDEMPTEUR, un mot bâti sur la racine latine emere qui signifie acheter — emere a donné en français emplètes — Et redemere, c’est donc racheter, ce qui donne en français RÉDEMPTEUR, c’est-à-dire en quelque sorte le RACHETEUR, celui qui nous RACHÈTE, qui paye la rançon de notre enlèvement par le péché qui nous rend esclaves de la mort.

Voilà jusqu’où DIEU NOUS AIME, voilà jusqu’où va la CHARITÉ DE DIEU à notre égard et qui, en toute justice, mérite bien que nous Lui exprimions un minimum de GRATITUDE.

NOUS DEVENONS, PAR LE CHRIST, FILS ET FILLES ADOPTIFS DE DIEU

La suite, vous connaissez : la mort a cru saisir un corps mais elle s’est retrouvée devant DIEU et face à Lui, elle a perdu son pouvoir ! « Ô Mort, où est ta victoire ? s’exclame saint Paul. Ô Mort, où est-il, ton aiguillon ? L’aiguillon de la mort, c’est le péché […]. Rendons grâce à Dieu qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus Christ. » (1Co 15,55-57). De sorte qu’à partir de là, tous ceux qui s’attachent au Christ, certes traversent la mort puisqu’ils sont tous pécheurs, mais en sont extirpés de plein droit par le Christ qui les prend avec Lui et les ÉLÈVE jusqu’au Père. Ok. Sauf que ça n’est pas tout !

1er point / D’abord traverser la mort avec le Christ, ça ne se passe pas au moment du décès mais au moment de notre BAPTÊME ! Eh oui : mourir avec le Christ ne signifie pas qu’Il est là au moment où NOUS mourons — toujours cette satanée habitude de tout ramener à nous ! Mourir avec le Christ signifie que les effets de SA MORT À LUI nous sont offerts dès l’instant où nous nous attachons à Lui en recevant de Lui le PARDON DE NOS PÉCHÉS, ces fameux actes de désobéissance à DIEU, qui donnent la mort là où DIEU nous commande de grandir, d’être féconds et de remplir le monde de VIE ! Voilà, le grand effet du Baptême, c’est ça : il nous PURIFIE de tout le fameux velours du péché de sorte que les crochets de la mort n’aient plus à quoi s’agripper !

2ème point / Alors on se dit : « Super ! », et oui, c’est super, sauf que ça n’est pas non plus du tout cuit ! Grâce au baptême, nous voici PLEINEMENT HOMME — puisque pardonnés. Sauf qu’il faut ensuite ne pas laisser le péché nous recouvrir à nouveau, et là, c’est tout un travail ! Parce que ne plus être pécheur ne confère aucun acquis, aucun état ! Ne plus pécher relève de la volonté qui se heurte évidemment à toutes les tentations ! Et c’est ce qu’on nous dit à propos de Jésus : lui aussi, lui le premier, a été tenté ; sauf qu’étant parfaitement obéissant à son Père comme le souligne la Lettre aux Hébreux, il ne succombe pas ! Et croyez-moi, c’est loin d’être facile. C’est la philosophe Simone Weil qui a cette réflexion d’une profondeur abyssale, en substance : celui qui fait au plus près l’expérience de la douleur qu’engendre le mal n’est pas celui qui le commet mais celui qui refuse de le commettre ! Ce qui nous permet de comprendre qu’en montant sur la Croix, c’est-à-dire en REFUSANT DE RENDRE LE MAL POUR LE MAL, Jésus nous présente l’icône la plus grandiose de l’HOMME LE PLUS PLEINEMENT HUMANISÉ ! Eh bien : sur un tel homme, dans son accomplissement le plus total, la mort n’a plus aucun pouvoir. Si DIEU la laisse pourtant l’avaler, c’est pour qu’il puisse aller jusqu’au bout de ce que vivent tous les hommes ; pour qu’Il puisse aller les y rejoindre et les prendre avec Lui en brisant les portes de cette mort et les élever jusqu’au PÈRE ÉTERNEL.

Il est donc tout à fait normal que, tout baptisés que nous soyons, nous soyons tentés à notre tour ; une tentation quelque part est bien utile dans la mesure où elle nous montre si oui ou non nous sommes partie prenante de notre Salut ! Car de 2 choses l’une : soit je considère qu’étant sauvé, quoi que je fasse, sous prétexte que dans le fond, je ne suis pas une mauvaise personne, j’irai au paradis ! — Ça, c’est le fameux D.E.T. dont on a parlé à une précédente occasion. / Soit je considère qu’étant sauvé, je choisis de ne pas laisser le péché de me lester et me tirer vers le bas alors même que Jésus, Lui, me tire vers le haut ! Donc j’apporte ma pierre à l’édifice, pour ainsi dire : JE NE ME SAUVE PAS MOI-MÊME, certes ; mais MON SALUT N’EST PAS POUR AUTANT UN ACQUIS ! Il est bien plutôt un COMBAT, un BON combat parce qu’il s’agit du combat même du Christ et que grâce à lui, nous voici partie prenante de notre HUMANISATION ! Certes, le baptême dans le Christ, comme on dit en raccourci, notre plongée — baptême signifie plongée — notre plongée, donc, dans le Christ, dans le MYSTÈRE DU CHRIST, nous a rendu pleinement HOMMES puisqu’il nous a PURIFIÉS dans le PARDON de nos péchés. Mais encore faut-il mobiliser son énergie pour ne plus y retomber, et ça, c’est une autre histoire ! Dit autrement, il faut non seulement ne poser aucun acte qui donne la mort — puisque donner la mort, c’est se recouvrir à nouveau de ce satané velours par lequel ses crochets vont pouvoir nous retenir ; mais en plus, il faut apprendre à mettre en œuvre la bénédiction du baptême, et pour ça rester attaché au plus près de la personne du Christ ressuscité pour apprendre auprès de Lui — à travers la méditation de la Bible et des Évangiles, à discerner tous les points d’appui, les points ressources, les points d’amour qui vont nous permettre de traverser victorieusement ces tentations !

Alors maintenant, et c’est le 3e point : ces points ressource, nul ne sait les trouver seul parce que c’est DANS L’ÉGLISE qu’ils sont dévoilés. Et là, je ne vous parle pas de l’Église comme institution qui détiendrait la vérité pour l’asséner au monde : ça, c’est peut-être l’image qu’elle donne à l’extérieur d’elle-même, mais quand on la vit de l’intérieur, l’Église, c’est une FAMILLE ! Alors une famille d’une taille conséquente, qu’on appelle plus généralement un PEUPLE, mais un peuple n’est ni plus ni moins qu’une famille rassemblant des hommes et des femmes qui se reçoivent d’une même CULTURE, c’est-à-dire d’une même et unique HISTOIRE, ce qui confère à ses membres une force d’âme et une capacité, en s’appuyant sans feinte les uns sur les autres, à envisager l’avenir juste extraordinaires ! Et si une administration est nécessaire pour maintenir une cohérence à ce peuple réparti sur toute la terre, contrairement à nos administrations occidentales, celle de l’Église n’est en RIEN première !

Alors là, tenez-vous bien : avant tout, l’Église se comprend à partir de la CHAIR ÉPOUSÉE PAR LE VERBE en Jésus. On en revient toujours au même principe : si en Jésus, une CHAIR a pu être épousée, alors TOUTE CHAIR est appelée à l’être à son tour. Eh bien l’Église, c’est la famille qui constitue cette CHAIR épousée par DIEU et dont vous et moi, par le baptême, devenons les fils et les filles. Nous sommes, vous et moi, les fils et les filles de L’ÉGLISE, et là attention parce qu’on va aller loin. Pour comprendre, il faut une comparaison : quand un fils se marie, ses parents adoptent sa femme comme leur « belle-fille », manière de dire qu’elle devient ce qu’elle n’était pas jusqu’alors, à savoir leur « fille ». Elle entre dans leur famille, dans son histoire, dans sa CHAIR. Eh bien on a là une belle image de ce qui se passe avec les Noces du Christ et de l’Église : ayant scellé ces épousailles dans sa mort — l’ÉPOUX a donné sa vie pour son ÉPOUSE — le Christ ressuscité présente cette Épouse à son Père éternel, de sorte que les fils et les filles de cette Église sont ADOPTÉS PAR DIEU comme ses FILS et ses FILLES ADOPTIFS ! Nous sommes alors REÇUS EN DIEU et c’est ainsi que s’opère notre DIVINISATION.

Autrement dit, nous ne sommes pas divinisés, chacun de notre côté, comme une récompense offerte pour services rendus. Nous sommes DIVINISÉS comme MEMBRES DE L’ÉGLISE, parce que c’est l’ÉGLISE, à savoir TOUTE CHAIR rassemblée en Elle, qu’épouse le VERBE en la personne du Christ Jésus, mort et ressuscité pour notre SALUT.

PAS D’HUMANISATION SANS DIVINISATION

Bien. En attendant, j’ai tout à fait conscience que vous pourriez me rétorquer : « Devenir DIEU, ça ne m'intéresse pas ! Moi, ce que je veux, c’est déjà être un homme, un vrai ! » C’est ce que dit tout philosophe athée : avant de vouloir devenir DIEU, devenons déjà des hommes et ça ne sera déjà pas si mal ! Certes ! Et un chrétien ne s’y opposera pas. Simplement, sa FOI lui fait comprendre une chose essentielle, à savoir que, dans un même mouvement, Jésus nous humanise ET Il nous divinise. Il nous humanise — et l’histoire en est témoin — POUR nous diviniser et ouvrir à l’infini notre horizon par trop mesquin ! Dit autrement, nous n'avons pas à choisir entre devenir pleinement hommes et devenir ce qu'est Dieu. On a voulu nous enfermer dans ce dilemme : soit l'homme, soit Dieu. Or si j'avais personnellement à choisir entre l'homme et Dieu de telle manière que l'un des deux doive être exclu, je choisirais l'homme. C’est ce qui est conforme à ma dignité : je suis un homme et j'ai à le devenir. Je ne pourrais pas croire en un Dieu qui m'obligerait à faire ce choix, car ce Dieu-là ne peut être qu'une idole. Devenir ce qu'est Dieu ne veut pas dire que nous cessons d'être hommes, c’est tout le contraire ! Devenir ce qu’est DIEU, c’est le SEUL MOYEN de devenir un HOMME VÉRITABLE, au sens plein du terme, au service de l’élévation du genre humain.

Maintenant, posons-nous une dernière question : quelles différences y a-t-il entre Jésus et nous ? Pour le dire rapidement, Jésus est le seul qui soit pleinement DIEU et pleinement HOMME indissociablement, dès sa conception ; mais c’est pour manifester qu’entre DIEU et l’homme, la compatibilité est TOTALE et faire revenir le cœur des hommes vers le Père éternel ! Il y a une adéquation que le péché nous fait oublier, entre DIEU et les hommes dont la Genèse nous dit, dès le début, qu’ils sont créés « à l’image et à la ressemblance de DIEU » (Gn 1,27) ! Or voilà que Jésus permet de mettre ce verset en pleine lumière : si DIEU a créé l’homme et la femme à son image et à sa ressemblance, c’est que tout homme est divinisables. Et ce que sait le chrétien, c’est que tout homme et toute femme attend, fut-ce inconsciemment, cette divinisation pour devenir pleinement lui-même et travailler à l’élévation de toute la famille humaine, et par elle de toute la Création.

Dès lors, à chacun de s’y préparer, et le Baptême, qui nous agrège à l’Église, n’est ni plus ni moins que la porte par laquelle nous accédons à ce chemin d’élévation ; une porte que nous franchissons avec des milliards de frères et sœurs, à la suite de Jésus qui nous « montre le chemin afin que nous marchions sur ses traces », comme le dit saint Pierre dans sa première lettre (1P 2,21-24). Jésus qui est là comme notre FRÈRE — nous avançons en nous appuyant sur Lui — et notre AMI : nous le connaissons dans sa réalité la plus intime d’homme-dieu et il nous connaît dans notre vocation la plus intime d’homme et de femme en instance de divinisation, par la puissance de la CHARITÉ divine qui se déploie dès lors dans notre être. Voilà ce qu’il nous faudra voir la prochaine fois.

D’ici là, je vous souhaite une belle conversation avec votre accompagnateur. N’hésitez pas à lui poser toutes les questions qui vous traversent l’esprit, à lui soumettre ce qui ne vous est pas clair — parce que j’ai bien conscience que tout ce que je vous raconte doit être assez nouveau et surprenant, et assez dense de surcroît ; mais croyez-moi, c’est vraiment vivifiant quand on prend le temps non seulement d’y réfléchir mais d’en vivre.

Que le Christ Jésus vous garde en sa bénédiction.

Je vous remercie.
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