Il n'y a pas que les manquements du Grand-Prêtre ou de la Communauté. Il y a aussi les manquements individuels, qu'on soit en position de chef ou non.
Transcription du texte de la vidéo : (Voir la vidéo : ) Tous droits réservés. Citation : mentionner : © Père Alain Dumont, La Bible en Tutoriel, http://www.bible-tutoriel.com/ + titre de l'article ______________________________________________________________ Bonjour,
Nous terminons aujourd’hui la lecture du ch. 4 du livre du Lévitique et nous allons voir qu’il va nous entraîner encore une fois assez loin. Donc nous avons vu comment le H.â
TTa‘T, l’offrande pour le manquement involontaire, ou ce qu’on traduit habituellement par le péché par inadvertance, est donnée pour réparer le lien brisé entre HaShèM et son peuple constitué en communauté. Maintenant, cette communauté n’est pas « dirigée » par le grand Prêtre. Le peuple comprend en son sein ce qu’on pourrait appeler des « supérieurs » dont nous parlent les v. 22 à 26 : le Nâ
Ssî‘ en hébreu, c’est-à-dire « celui qui est élevé » ? Alors ce peut être un chef de clan, un chef d’armée, un juge, un roi, etc. et son rôle est d’être le garant de la Justice au sein du peuple. HaShèM, ne l’oublions pas, est obnubilé par la JUSTICE. Le peuple de l’élection est un peuple où règne la JUSTICE selon HaShèM, à partir du Décalogue. Et cette justice est essentielle au sens c’est elle qui vérifie l’authenticité du culte à travers la LIBERTÉ qu’il engendre quand il est vécu en vérité. Donc : le gardien de cette justice, voilà celui qu’on appelle ici le « supérieur », à quelque niveau que ce soit. On touche évidemment là au politique au sens de la pratique du pouvoir. Et dans la mesure où ce supérieur manque à son devoir de garant de la justice, il va entraîner dans ce manquement non plus le peuple en tant que communauté mais bien les N
ePhâShOT — le pluriel de NèPhèSh —, au v. 27, les âmes du peuple ; les mâles, dira le v. 35, en utilisant le terme ‘iSh. D’ailleurs c’est très intéressant : autant au regard de HaShèM, l’Homme est considéré comme ‘aDâM, c’est-à-dire assigné à une rencontre ; autant, vis-à-vis du supérieur, l’homme n’est que “iSh ; il n’est qu’un individu, mâle de surcoît. Et là, la ToRaH nous livre une lumière assez intéressante en nous révélant que le politique n’est pas en capacité de façonner l’âme COMMUNAUTAIRE d’un peuple ! Le politique n’a pour objet que la gestion des individus ! En soi, ça n’est pas grave puisque c’est à ce qu’on appelle aujourd’hui la religion que revient le devoir de constituer les communautés en leur insufflant une âme. En revanche, ça devient grave quand le politique s’arroge le droit de supplanter le spirituel ; de le destituer et pour ça de « déconstruire », comme on dit, la dynamique communautaire ! Pourquoi faire ça ? Mais parce que la religion constitue comme un contre-pouvoir qui interdit au politique de faire ce qu’il veut. Or c’est bien connu : un peuple dont l’âme est déconstruite est bien plus facilement manipulable ! C’est ce qu’on observe dans tous les pays qui ont mis la religion sur le banc de touche : leurs peuples perdent leur âme de sorte que gérer la nation revient à gérer un hall de gare, c’est-à-dire une pure somme d’individus que rien ne relie entre eux mais surtout qu’on fait revenir à l’état d’esclaves au profit du système, cela-même dont à l’inverse HaShèM fait tout pour les en libérer ! On sent bien ici que le Livre du Lévitique joue son rôle mythologique : il éclaire de sa position fondatrice l’aujourd’hui d’une humanité qui s’est laissée rattraper par l’Égypte et ses Pharaons modernes… Et il le fait à sa manière, c’est-à-dire en maintenant coûte que coûte ouvert le chemin de la Délivrance, à savoir le chemin du Culte mosaïque organisé sur la base du MiShKâN que nulle puissance ne pourra jamais abattre ! C’est lumineux d’espérance pour ceux qui veulent se donner la peine de scruter ce chemin que le Lévitique est en train de désigner sous nos yeux.
Une fois compris ce principe, on n’a plus de difficulté pour lire le rituel qui reprend une fois de plus les mêmes gestes que pour le Sacrifice de Paix qu’il vise à rétablir. Simplement, cette fois, l’animal est plus modeste : un bouc, Sâ“îYR, littéralement un « poilu ». Alors attention : il ne s’agit pas d’un bouc émissaire, qu’on rencontrera plus tard. Disons simplement que l’animal est différent, ce qui signifie que la faute n’est pas du même ordre que celle du KoHéN Ha-MaShiaH ou de la Communauté en tant que telle. Cette Offrande pour les manquements du supérieur ne demande pas non plus que l’animal soit voué à la destruction extérieure dans la mesure où le manquement, ici, n’est pas commis par la Communauté. Je vous rappelle que si on ne mange rien du sacrifice offert par le Grand-Prêtre ou par la Communauté, c’est parce que TOUT LE PEUPLE, dans ce cas, est coupable. Ici en revanche, il ne s’agit du manquement que du Supérieur qui, de ce fait, ne mangera rien de ce sacrifice, mais que pourront en revanche manger les prêtres qui l’offrent dans la mesure où eux sont innocents.
Ceci dit, le manquement du Supérieur retentit néanmoins sur les âmes du peuple dont il a la charge, et c’est ce qu’envisage le texte à partir du v. 27. C’est une loi anthropologique assez générale : là où un chef est un exemple, les individus sont plus forts ; là où ce chef est un contre-exemple, les individus se disent : « S’il prend ses aises, pourquoi pas moi ? » Alors ça ne veut pas dire que tout est rose quand le chef est exemplaire, mais il y a tout de même une dynamique vertueuse que seul le chef peut impulser, quel qu’il soit et à tous les niveaux ! Ceci dit, même si ces manquements individuels ont moins d’impact que les précédents, il ne faut pas oublier que pour la ToRaH, l’agir d’un individu rejaillit toujours sur le peuple tout entier. C’est comme ça : dans une pensée analogique où tout est compris, vécu sur l’arrière-fond du MiShKâN, l’individu se pense TOUJOURS en relation avec la Communauté qui s’y rassemble. Aujourd’hui encore, un Juif ne peut pas ne pas se penser autrement qu’appartenant au peuple Juif ! De même qu’un chrétien ayant vraiment revêtu le Christ ne peut pas se penser autrement qu’appartenant à la Communauté de l’Église en laquelle il puise l’énergie d’être une lumière dans monde où il est envoyé. Toujours est-il que concernant le manquement de l’individu, on retrouve à nouveau le même rituel, avec des animaux néanmoins plus modestes : non plus un bouc, mais une chèvre, “éZ ou une brebis, KèVèSh.
Alors une remarque importante à propos de l’Offrande pour les manquements de la Communauté, du Supérieur et des individus : celle-ci vise à ce que les coupables soient PARDONNÉS, SâLaH. en hébreu. Aussi étrange que ça puisse paraître, c’est un verbe somme toute assez rare puisqu’on n’en trouve que 46 occurrences dans toute la Bible. Ceci dit, il apparaît 25 fois dans des textes sacerdotaux concernant les sacrifices, dont 9 fois rien que dans les ch. 4 et 5 du Lévitique. Alors ça ne signifie pas que HaShèM pardonne peu, mais que ce pardon est ciblé dans le contexte très particulier du CULTE ! Pourquoi ? Parce que le pardon est lié à la RÉPARATION ; mais alors pas une réparation morale ! Une réparation qui vise le mouvement d’élévation vers HaShèM qui a été brisé : c’est ce lien qu’il faut RÉPARER. Or ce genre de réparation ne peut être que CULTUELLE et donc CHARNELLE. Sans quoi on est dans l’idéologie, dans le sentimentalisme, dans la sensiblerie, appelez-ça comme vous voulez ; on est surtout dans une forme d’angélisme qui fait qu’on se rassure à bon compte, alors que le geste cultuel, dans toute son incarnation concrète, est donné pour authentifier de la réparation. Donc il n’y a de pardon possible QUE par le recours au H.aTTâ‘Th, à l’offrande pour le manquement, ce qui est d’une importance capitale pour comprendre pourquoi Jésus est si troublant au milieu des siens ! Lorsqu’il dit par exemple au paralytique :
« Tes péchés sont pardonnés », il reprend mot pour mot les paroles du Lévitique : « NiSLH.Ou-LeKhâ H.aTTo‘Thè‘Khâ, ce sont strictement les mêmes termes. Sauf que Jésus se situe HORS DU TEMPLE, hors du système sacrificiel… Alors n’en concluons pas trop paresseusement que le Christ court-circuite le Temple ! Il porte au contraire à son accomplissement le H.aTTâ‘Th dans la mesure où il se désigne LUI-MÊME comme le H.aTTâ‘Th par qui les manquements involontaires sont pardonnés. Autrement dit, en proclamant le pardon, Jésus désigne par anticipation sa mort sur la croix comme une Offrande pour le manquement en un sens proprement lévitique, surtout si l’on prend en compte que Jésus est encore une fois le Grand-Prêtre du renouvellement de l’Alliance d’après l’épître aux Hébreux ! Ça va évidemment très loin.
Alors on dira encore : le Christ pardonne tous les péchés et pas seulement les manquements involontaires ! Certes, et on va voir que la dynamique des offrandes du MiShKâN aussi, progressivement, prend en compte tous les péchés. Mais à ce stade de notre lecture, nous avons une première étape qu’il est primordial de bien saisir pour ne pas faire apporter au Christ une nouveauté qui n’en est pas une ! Ce qui est nouveau, c’est d’une part que le pardon passe PAR LUI et par son offrande sur la Croix en tant que Grand-Prêtre et victime pour les manquements de la nouvelle Alliance ; et d’autre part que ce pardon s’ouvre PAR LUI à tous les hommes, Juifs et non-Juifs. Mais si on veut comprendre en quel sens ce sacrifice est RÉDEMPTEUR, il faut tenir compte des étapes que le Lévitique met en place. Aussi bien, que fait Jésus sur la croix, sinon déclarer que sa mise à mort est le fruit d’un péché INVOLONTAIRE :
« Père, pardonne-leur PARCE QU’ILS NE SAVENT PAS CE QU’ILS FONT ». Une phrase qui préside à toute Eucharistie dans la mesure où nous ne pouvons la célébrer qu’en reconnaissant COMMUNAUTAIREMENT notre péché ! Dès lors, l’Eucharistie peut passer au registre du Sacrifice de Paix que vise l’Offrande pour les manquements en réparant le lien brisé avec HaSHèM !
Saint Paul le dit très clairement dans l’épître aux Colossiens, au ch. 1 v. 20 :
« Il a plus à DIEU de faire habiter en lui toute Plénitude et par Lui de se réconcilier toutes choses, faisant LA PAIX par le sang de sa Croix pour tous les êtres sur la terre et dans les cieux. » D’ailleurs, que demandons-nous juste avant de communier, au moment de l’
Agnus Dei :
« Donne-nous la paix ! ». Voilà : vous voyez : tout se rassemble ici et trouve sens ! Si on ne passe pas par le Lévitique, ok : l’Eucharistie donne la paix, mais ça n’est alors qu’une sorte de consolation d’un état de mal-être dans lequel peut nous plonger le péché… Alors que ça va infiniment plus loin ! C’est parce que le H.aTTâ’Th du Christ sur la Croix répare le lien brisé avec HaShèM qu’en tant que Communauté de témoignage unie au Christ comme à son âme, cette Communauté peut prendre le chemin d’élévation qui l’approche de HaShèM — HaShèM que nous appelons le Père à la suite de Jésus ; une approche qui n’est rien d’autre que les Noces éternelles de l’Agneau, ce à quoi aspire précisément de toute son âme le culte Lévitique ! Et c’est dans cette optique qu’un chrétien peut comprendre pourquoi ce chemin d’élévation devient d’ores et déjà, dès le culte du MiShKâN qui est vraiment une clef formidable pour comprendre le mystère chrétien, un « parfum apaisant pour HaShèM », comme le redit le v. 31 de notre chapitre. Les Noces sont en train de se profiler à l’horizon ! Alors je n’oublie pas que le rituel eucharistique est essentiellement bâti sur celui de la Pâque, mais en même temps, il ne faut pas se figer exclusivement sur cette dimension ! Il faut regarder beaucoup plus largement l’ensemble de la dynamique sacrificielle lévitique qui elle-même, on l’a vu pour l’oblation végétale, ne se comprend qu’au regard de la libération pascale qui, loin d’effacer les autres sacrifices, les fonde au contraire ! Or le Christ n’est pas venu pour abolir cette ToRaH, mais pour l’accomplir ! Ô combien, j’espère que vous le pressentez.
Ouf ! Je vous avais prévenus que ce ch. 4 ouvrirait des perspectives inattendues ; je crois que j’ai tenu parole ! Alors on va s’arrêter là pour nous laisser le temps de relire le ch. 4 afin d’en méditer les fruits jusque dans une compréhension toujours plus profonde du mystère chrétien et de son culte. Je vous souhaite une bonne lecture. Nous verrons la suite la prochaine fois. Je vous remercie. ______________________________________________________________