06-01-2016

[Ex] 58 - Moïse monte sur la Montagne

Exode 24:4-18 par : le père Alain Dumont
La création du peuple des Fils d'Israël n'est pas le fruit d'une idéologie. Elle est le fruit d'une rencontre avec YHWH, c'est-à-dire le fruit d'une élévation.
Duration:20 minutes 16 secondes
Transcription du texte de la vidéo :

(Voir la vidéo : http://www.bible-tutoriel.com/moise-monte-sur-la-montagne.html)
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Citation : mentionner : © Père Alain Dumont, La Bible en Tutorielhttp://www.bible-tutoriel.com/ + titre de l'article
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Bonjour,

Nous avons pris le temps la dernière vidéo de réfléchir sur les conséquences du début du ch. 24 du livre de l’Exode où il nous est dit que Moïse écrit toutes les paroles de YHWH. On poursuit donc la lecture, parce que ce n’est pas tout d’écrire, il faut encore FAIRE ce que ces paroles commandent. C’est à quoi se sont engagés les Fils d’Israël lorsqu’ils ont dit, au v. 3 : « Toutes les paroles qu’a parlées YHWH, nous les ferons. » C’est-à-dire que le peuple s’engage à OBÉIR aux préceptes du Décalogue, mais aussi, on l’a déjà vu, à pratiquer le CULTE associé au Décalogue et qui lui donne sa consistance concrète, sa conséquence charnelle. Sans quoi le Décalogue reste un simple catalogue de vœux pieux et rend vaine la libération d’Égypte. C’est donc de ce CULTE dont il va être question à présent jusqu’au v. 11, comme une introduction au long passage des ch. 25 à 31, puis des ch. 35 à 40 qui ouvriront sur le Livre du Lévitique. Entre les deux, il y aura l’épisode douloureux du Veau d’Or.

Bref. D’abord, nous dit la seconde partie du v. 4, Moïse se lève de grand matin. Ohhh ! Quand quelqu’un se lève de grand matin dans la Torah, c’est qu’il va se passer des événements importants ! Rappelez-vous : pour la 5e et la 7e plaies d’Égypte, Moïse avait dû se lever de grand matin. Abraham, au moment d’obéir à YHWH pour accomplir la ligature de son fils Isaac, s’était levé de grand matin… (Gn 22,3) Qu’est-ce que ça signifie ? Encore une fois, ça signifie la promptitude dans l’obéissance, particulièrement aux moments clef. Ce n’est pas le moment de tergiverser. C’était déjà ce qu’évoquait le ch. 23,18 : « Tu ne sacrifieras pas avec du pain levé » : c’est la même chose ! L’empressement dit où sont nos priorités ! Donc Moïse saute du lit, et hop : il se met, nous dit-on, à « pétrifier l’autel », selon la demande de YHWH en Ex 20,24-25. Là, ça commence vraiment à devenir sérieux, parce que cette pétrification d’autel est un acte sacerdotal majeur, qui remonte au savoir faire ancestral des patriarches et marque les étapes clefs de leur Histoire : Abraham pétrifie un autel pour la ligature de son fils Isaac ; Jacob qui pétrifie un autel à Béthel après sa vision de l’escalier qui relie le ciel et la terre sur lequel montent et descendent les anges de YHWH. Grâce à Joseph, ce savoir-faire, non seulement ne s’est pas perdu mais s’est considérablement perfectionné avant de parvenir à Moïse, par la lignée des Fils de HeBy-LéVi qui ont eu la charge de veiller sur ces techniques, dans temple mémorial de Joseph : là, je vous renvoie à ce que nous avons dit au début des vidéos sur le patriarche Moïse. Néanmoins, le récit ne s’attarde pas. Il précise en revanche que Moïse dresse aussi douze stèles dont on nous dit que ce sont 12 pierres commémoratives des 12 tribus d’Israël. Pourquoi ? Ici, le plus simple est d’écouter Josué qui va dresser à nouveau 12 stèles, à Gilgal, juste après la traversée du Jourdain pour entrer en CaNaâN : elles sont un Mémorial, comme n’importe quel peuple aime dresser un monument pour marquer les moments forts de son histoire. Ceci dit, on peut aussi se reporter à la toute fin du livre de Josué, où une stèle est à nouveau dressée à Sichem, et où on entend Josué dire : « Cette pierre servira contre nous de témoignage, car elle a entendu toutes les paroles que YHWH nous a adressées. Elle servira contre vous de témoignage, pour vous empêcher de renier votre ’ÈLoHîM. » Il y a certainement quelque chose de ça dans le fait, pour Moïse, de dresser ces 12 stèles autour de l’autel qu’il pétrifie.

Quoi qu’il en soit, Moïse choisit alors de jeunes hommes, dit le v. 5, pour offrir les sacrifices, sans doute, disent les rabbins, parce qu’avant la consécration des prêtres lévitiques, qui ne viendra que dans quelques chapitres, ces jeunes hommes étaient les plus purs du peuple. Alors vous me direz : pourquoi Moïse n’offre-t-il pas lui-même les sacrifices, s’il est le Grand Prêtre, comme on l’a vu dans la vidéo précédente ? Parce que le rôle du Grand Prêtre n’est pas d’offrir les sacrifices communs. Il officie en sa qualité de Grand-Prêtre essentiellement le Yom Kippour, le Jour du Grand Pardon où il entre dans le Saint de Saints, comme on le verra au ch. 30. Dans cette ligne, le rôle premier de Moïse, en tant que ce GRAND PRETRE exceptionnel, c’est de pénétrer, seul,dans la Nuée, au sommet de l’Horeb. On va le voir dans un instant. En revanche, ce qui est intéressant, c’est l’utilisation du SANG des sacrifices par Moïse. Une moitié est versée sur l’autel : c’est une manière de rendre la vie à YHWH, puisque le sang, c’est la vie. Nul Fils d’Israël ne saurait manger le sang, parce que la vie qu’il représente appartient EXCLUSIVEMENT à YHWH. L’autre moitié est mise dans des bassins et servira à asperger le peuple. Alors Moïse, nous dit-on, proclame le LIVRE — entendez le ROULEAU DE L’ALLIANCE : c’est la première fois que paraît ce mot “LIVRE”, en grec Biblos, qui donnera la Bible, en français. Et vous voyez : d’emblée, le LIVRE n’est pas conçu comme une pure archive, mais comme le lieu d’une PAROLE que la VOIX va rend vivante, charnelle ; une PROCLAMATION qui entraîne une seconde fois la réponse du peuple : « Tout de qu’a parlé YHWH, nous le ferons ! » Sauf que cette fois, la réponse du peuple est scellée dans le SANG ! Ça ne plaisante pas ! La signification rejoint le rite dont on a parlé à propos d’Abraham, en Gn 15, au moment de la conclusion de l’Alliance. Rappelez-vous, ce rite se réfère à une pratique commune à l’époque : deux parties font alliance, pour une affaire quelconque, en tranchant un animal et en marchant entre les deux morceaux, donc en piétinant le sang pour signifier que celui qui rompt le contrat subira le sort de ces animaux, c’est-à-dire que son sang sera versé à son tour. Sauf qu’ici, on n’imagine pas que tout un peuple fasse ainsi. Donc Moïse asperge le peuple avec le sang des bassins, et scelle l’Alliance dans le sang entre YHWH et son peuple. Maintenant, plus question de revenir en arrière !

Et là, comme à chaque fois qu’une Alliance est conclue dans la Torah, il y a un moment de révélation. Non pas à tout le peuple, mais aux anciens qui montent avec Moïse, comme l’avait demandé le v. 1. Ceci dit, on ne dit pas qu’ils montent sur la montagne. D’ailleurs, au v. 12, YHWH invitera Moïse à la gravir. Donc ici, c’est plutôt d’une extase qu’il s’agit, avec la vision qui lui est associée. On ne doit pas ici entendre littéralement qu’ils « voient » YHWH, puisque dans quelques chapitres, YHWH dira à Moïse qu’on ne peut pas Le voir sans mourir. La tradition du targum dit explicitement qu’ils voient la « Gloire de la SheKhiNaH », c’est-à-dire de la Présence de YHWH — cette Présence qui avait accompagné le peuple lors de la traversée de la Mer —, et que le texte décrit ici comme étant les pieds de YHWH, symbole de sa souveraineté, comme on dit que YHWH soumet tous ses ennemis sous ses pieds. Et le reste, ma foi, le saphir, la limpidité du ciel, ce sont des visions prophétiques comme en auront Isaïe, Ézéchiel, ou Jean dans son Apocalypse. Quelque chose d’indicible, comme cette lumière du premier jour de la Création, une lumière que les yeux ne peuvent pas voir. Si on veut se faire une idée de ce qu’ils ont vu, il suffit d’aller lire le livre de l’Apocalypse ! Au ch. 15, il est écrit : « J’ai vu comme une mer de cristal, mêlée de feu, et ceux qui sont victorieux de la Bête, de son image, et du chiffre qui correspond à son nom : ils se tiennent debout sur cette mer de cristal, ils ont en main les cithares de YHWH. Ils chantent le cantique de Moïse, le serviteur de YHWH, et le cantique de l’Agneau. Ils disent : « Grandes, merveilleuses, tes œuvres, Seigneur YHWH, Souverain de l’univers ! Ils sont justes, ils sont vrais, tes chemins, Roi des nations ! » Voilà la Présence souveraine que contemplent moïse et les Anciens. Du coup, si on prend au sérieux la lecture chrétienne de ce passage, qu’est-ce qu’ont vu les anciens dans leur extase ? Ils ont vu ce que voit saint Jean : l’Agneau victorieux ! Ils ne peuvent pas encore comprendre, mais le moment venu, après la résurrection du Christ, dans la lumière de son Esprit, nous serons capables d’entendre ce que les Anciens ont pu contempler de leurs yeux… C’est étonnant !

Ensuite, on nous dit qu’ils mangèrent et qu’ils burent. On a là la première mention du festin que YHWH prépare pour son peuple, en récompense de sa fidélité, et qu’Isaïe, par exemple, décrira comme un festin de viandes grasses et de vins capiteux (Is 25). On reste dans la vision extatique, mais il n’empêche : on a ici la base de la tradition qui demande qu’après avoir écouté la Torah, on se réjouisse par un grand festin. Voyez, ici, on touche à la question, encore une fois, du charnel. Vivre en YHWH, pour l’homme, ne signifie aucunement abandonner l’enveloppe charnelle qui est constitutive de l’être homme. Or cette chair a besoin de manger et de boire, et c’est exactement ce que nous vivons en prémices lorsque nous, chrétiens, nous célébrons l’Eucharistie. Nous écoutons la Parole, et nous partageons le repas du Christ, de la Nouvelle Alliance scellée dans le sang du Christ. D’ailleurs, au cours du dernier repas avec les Apôtres, Jésus reprendra à son compte les paroles de Moïse à propos du sang de l’aspersion : « Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang DE L'ALLIANCE, versé pour la multitude, pour le pardon des péchés ». Tout ça joue, ici. Ceux pour qui participer à l’Eucharistie est superflu ont une foi désincarnée ; c’est une idéologie basée sur les valeurs. Dans le fond, on ne croit en Dieu que parce que le Dieu auquel on veut croire est celui qui partage nos valeurs. Il n’est pas celui qui les fonde, mais seulement celui qui est d’accord avec l’idée qu’on se fait de Lui. Or ça, c’est de l’idolâtrie. On fabrique un dieu à l’image des valeurs. C’est le dieu de Sartres, si vous voulez. Sauf que Sartre n’est pas dupe, et il sait que ce dieu-là n’existe pas. Donc il est athée. Vous savez, tout ce qu’on dit aujourd’hui à propos des valeurs, de la liberté de chacun, de la sincérité, de l’engagement, etc. Tout ça, c’est Jean-Paul Sartre ! C’est une idéologie dont on paye lourdement aujourd’hui les conséquences. En tout cas, ce n’est pas biblique du tout ! Ce qui est biblique, c’est ce qui est CHARNEL, c’est ce qui rassemble un peuple dans l’assurance d’une Alliance qui n’est pas scellée avec une idée de l’homme ou de dieu, mais avec l’homme charnel, et avec un DIEU non moins charnel, un DIEU Sauveur dont le maître mot n’est pas la valeur, mais l’ESPÉRANCE célébrée par un repas ! C’est un autre monde ! C’est le monde de la Sainteté, un monde à part des idéologies, des idolâtries qui reviennent toujours à l’assaut au seul titre de la Raison raisonnante.

Bref. Une fois l’extase terminée, retour sur la figure de Moïse. YHWH le convoque cette fois précisément sur la montagne pour lui donner les tables de pierre, c’est-à-dire, rappelez-vous, les tables éternelles. Et là reparaît la figure de Josué, qu’on avait découverte au ch. 17 à propos de la victoire sur Amaleq : Josué, c’est le guerrier qui mène le peuple à la victoire par l’intercession de Moïse. Il est donc lié de près à Moïse. En tout cas, on nous dit qu’il était son serviteur le plus proche, le plus intime. Moïse laisse le peuple entre les mains de AaRôN et HouR, les deux personnages qui tenaient bien haute les mains de Moïse pendant la bataille contre Amaleq. Et là, à nouveau, Moïse est le Grand Prêtre qui entre seul dans le Sanctuaire de YHWH que voile, dit le v. 17, la Gloire de YHWH, c’est-à-dire la Nuée Lumineuse, comme un feu dévorant. Une simple nuée pour le commun des mortels ; mais une CLARTÉ sans pareil pour Moïse qui, là, pénètre dans le Saint des Saints qu’Isaïe décrit au ch. 6 de son livre. Ou mieux : la vision du Mont Thabor. Rappelez-vous : « Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmène à l'écart, sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière. Voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s'entretenaient avec lui. » Du coup, pour les chrétiens, Moïse sur la montagne de l’HoReB, c’est Moïse au moment de la transfiguration ! Ce que contemplent les 3 apôtres qui sont montés avec Jésus, ce n’est rien de moins que ce qu’ont contemplé Moïse et Élie à l’HoReB !!! Les apôtres sont plongés dans la source même de la ToRaH et de la Prophétie, non pour remplacer Moïse et Élie, mais pour s’inscrire dans le 3e moment de la Révélation qui est l’accomplissement de ce dont ces deux figures exceptionnelles ont l’inspiration. Les images sont les mêmes, et elles s’appellent l’une l’autre. La tradition l’a bien compris qui interprète que Moïse reçoit les tables de la Loi des mains mêmes du Verbe, de la MeMRaH de YHWH. Alors vous me direz : il y a plus de mille ans entre les deux événements. Certes, mais n’oubliez pas Jésus, lorsqu’il dit dans l’évangile selon Jean : « Abraham a vu mon jour et il s’est réjoui. » Moïse, en entrant dans la clarté de la Nuée, entre dans la vision prophétique de l’accomplissement du dessein de YHWH. Et cette vision, c’est le Christ Jésus, comme le confirme l’apparition du Mont Thabor. Le texte lui-même le suggère à demi-mot : Jésus, c’est le même nom que Josué : YeHoShOu“a. Il y a d’une part un YeHoShOu“a qui monte avec Moïse, mais qui n’entre pas dans la Nuée ; et il y a d’autre part un YeHoShOu“a qui l’accueille dans la Nuée, avec qui Moïse va s’entretenir sur la Délivrance Finale où YHWH prendra chair de notre chair pour nous livrer, dans son propre sang, la Vie qui n’aura pas de fin.

Là, que voulez-vous, il faut bien 40 jours et 40 nuits de contemplation pour entrer dans ce mystère ; pour s’imprégner du Mystère de la MeMRaH de YHWH… encore que pour Moïse, la vision n’a dû sembler durer que quelques instants. Quand il redescendra, son visage sera tellement rayonnant du Mystère de YHWH qu’il faudra qu’il le couvre d’un voile — c’est ce que nous racontera le ch. 34, au verset 29 à 33 : « Quand il descendit de la Montagne du Sinaï, Moïse ne savait pas que la peau de son visage rayonnait d’avoir parlé avec YHWH, et les fils d’Israël eurent peur de s’avancer vers lui. Moïse les convoqua, il leur parla, après quoi il mit un voile sur son visage ». Ça vous transforme un homme ce genre d’expérience !

Alors les ch. 25 à 31 nous livreront la substance de sa vision, qui ne manquera pas de nous surprendre…

D’ici là, je vous souhaite une bonne lecture du ch. 24.

Je vous remercie.
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