“Trop de justice tue la justice”, dit l'adage. Ce ch. 22 considère, entre autres, les principaux cas de vol. Mais attention, particulièrement aux plus pauvres : YHWH entend leur cri, car Il est Miséricordieux !
Transcription du texte de la vidéo : (Voir la vidéo : ) Tous droits réservés. Citation : mentionner : © Père Alain Dumont, La Bible en Tutoriel, http://www.bible-tutoriel.com/ + titre de l'article_____________________________________________________________
LA SAGA DE MOÏSE (XXXVIII)
21,37-
22,
Bonjour,
Nous sommes arrivés à la fin du ch. 21 du livre de l’Exode dont le dernier verset nous ouvre le ch. 22. Nous sommes encore dans le Code de l’Alliance qui va maintenant traiter la question du vol et qui commente donc le 8
e commandement du Décalogue. Il avait déjà été question du rapt d’un homme, au v. 16, mais on était dans le cadre des meurtres, des coups et blessures. Là, on touche proprement ce qui relève du vol proprement dit. Comme toujours, on part d’un cas concret de jurisprudence. De toute manière, toute la législation Moyen-Orientale est jurisprudentielle. Il faudra attendre le droit romain pour faire un code de lois qui parte du législateur, c’est-à-dire du sommet et non, comme ici, de la base, des décisions juridictionnelles de proximité. Alors, au début du ch. 22, on a une petite incise qui délibère sur l’intention du voleur nocturne. Là, même si le spolié tue le voleur, on estime qu’il peut invoquer le cas de légitime défense. Le fait que le voleur agisse de nuit peut laisser penser que lui-même avait une intention meurtrière. Et même plus : les rabbins estiment que lorsque le voleur choisit la nuit, c’est qu’il veut lancer à DIEU un défi : il nie son omniprésence. Son geste perpétré la nuit prouve qu’il est dénué de toute crainte de DIEU. En revanche, si le larcin est commis en plein jour, là par contre, le meurtre du voleur le transforme en victime, et la vengeance de sang, la loi du Go‘él, s’applique en sa faveur. Vous voyez ? On limite à tout prix l’escalade de la rétorsion : ok, être volé n’est pas drôle, mais assassiner le voleur reste en soi une réaction disproportionnée qui ne peut pas passer pour un acte de légitime défense.
À partir du v. 3, on a une collection de jurisprudence concernant le devoir de restitution ou celui de réparation. Dans cet ordre d’idée, s’il n’est pas solvable, le voleur court le risque d’être tout simplement vendu comme esclave en dédommagement ; dans le cas contraire, il versera des dommages et intérêts, au prix du double de ce qu’il a tenté de voler. Ça peut paraître dur, mais comprenons bien qu’il s’agit là de la mise en place du CADRE : en lisant ce texte, tout Fils d’Israël connaît la sanction, et quelque part la valide, non seulement pour les autres, mais aussi et d’abord POUR LUI-MÊME. Au moins, il sait que, dans le cadre de l’Alliance, YHWH institue une justice qui sanctionnera tout vol. S’il vole malgré tout, ce sera en connaissance de cause. Mais attention : dans le cadre de l’Alliance, non seulement il fautera contre son frère, mais il péchera aussi contre DIEU ! Et c’est ce qui fait toute la spécificité de la Torah au regard des autres législations.
Jusqu’au v. 5, on poursuit les cas de jurisprudence : après le bœuf, l’âne et les troupeaux, vient ce qui concerne le droit rural concernant les champs et la vigne. Alors vous me direz : c’est étrange qu’au Sinaï, avec un peuple nomade, on parle du droit du sol… Sauf que la Loi n’est pas réservée au seul moment du désert ! Elle est donnée en vue d’une véritable installation, donc elle rend déjà effective la promesse de DIEU qui n’a rien d’une promesse électorale dont certains énarques français disent qu’elle n’engage que ceux qui veulent y croire.
La séquence suivante, du v. 6 au v. 14, traite de la responsabilité induite suite au dépôt d’un gage. Là encore, quatre cas de jurisprudence qui règlent les rapports de biens entre les personnes à l’occasion des litiges. Au v. 8, on parle d’un « jugement de DIEU », litt. Un « jugement d’ ’ÈLoHîM ». C’est encore un vestige des pratiques égyptiennes qui perdure, mais notez que le texte préfère parler ici de ’ÈLoHîM, et non de YHWH ; ola ToRaH n’aime pas trop mêler YHWH à ce genre de sport… Ça se passait soit par un jeu de sorts, soit par l’ordalie, c’est-à-dire qu’on soumet les plaignants à une épreuve dont l'issue désigne le coupable dans une affaire que les hommes ne parviennent pas à trancher. Mais vraiment, cette pratique ne laisse pas à l’aise … Au point que le Targum, toujours cette traduction araméenne qu’on proclame à la Synagogue pour que les gens comprennent à l’époque du Christ, lira : « La cause des deux parties viendra devant LES JUGES ; celui que LES JUGES auront déclaré coupable paiera le double à son prochain. » Enfin, quoi qu’il en soit, la législation s’attarde en particulier sur tous les cas concernant le bétail parce que les animaux sont vraiment le bien essentiel de chacun à l’époque.
Les v. 15-16 traitent sans transition du cas d’un homme qui couche avec une vierge non encore fiancée ou mariée. Alors attention, le texte ne traite pas de la dimension morale : on reste toujours dans la perspective légale du droit de propriété, à travers ce que l’hébreu appelle le MoHaR, c’est-à-dire la somme d’argent versée par le fiancé au père de la jeune fille qu’il va épouser, en compensation, en gros, du bien que perd ce dernier en laissant partir sa fille. C’est l’exact contraire de la dot : la dot, c’est la fiancée qui apporte avec elle une somme d’argent au profit de la famille qu’elle va créer avec son mari ; le MoHaR, c’est le fiancé qui dédommage ses beaux-parents de la perte de leur fille ! Mais quoi qu’il en soit : pour la ToRaH, coucher avec une jeune fille, c’est s’engager envers elle ! Et là, il y a grande sagesse : coucher avec une femme n’est jamais un jeu, a fortiori si elle est vierge ! Or comme toujours, par quoi l’engagement fait-il sentir son tranchant ? Évidemment par l’argent ! Ce que le v. 16 appelle le MoHaR des vierges, c’est le dédommagement que le coucheur doit au père pour avoir défloré sa fille sans son consentement. Maintenant, est-ce que ça débouchera sur un mariage ? En tout cas, le Deutéronome le rendra obligatoire ! En attendant, quelque part, on reste dans le domaine du vol… donc de la restitution.
Bref. Ici se termine le code casuistique. Tout à coup, du v. 17 au v. 19, on change de style : on sort de la jurisprudence pour revenir à des lois générales — on parle ici de lois « apodictiques », c’est-à-dire des lois qui sont posées sans avoir à être justifiées. Voilà : c’est comme ça, c’est un fait. Et là, on renoue avec les délits conduisant à la peine de mort. D’abord la sorcellerie, c’est-à-dire la pratique de la magie. Rappelez-vous, là encore : l’Égypte était championne en termes de magie ! Ce sont les magiciens qui se sont opposés à Moïse, autant qu’ils le pouvaient. Ce qui veut dire que pratiquer à la magie, c’est revenir en Égypte ; c’est désavouer la LIBÉRATION opérée par YHWH, et c’est donc sortir du cadre de l’Alliance. Sauf que sortir du cadre qui donne la vie, c’est mourir. On n’est pas dans l’ordre des menaces, mais des sanctions qui sont le lot de tout CADRE, quel qu’il soit ! Appartenir au CADRE de l’Alliance, c’est faire le choix de la vie et de la liberté qui libère dans le droit fil de la LIBÉRATION d’Égypte. Mais pratiquer la magie, c’est nier ce cadre pour en général jouer avec des pouvoirs surnaturels avec la mort qui rode tout autour… Quand vous faîtes de la magie ou de la sorcellerie, c’est toujours une question de pouvoir, et donc de violence faite à quelqu’un. Sauf que YHWH ne laissera pas faire ! Alors on dira : « Alors on n’est pas libre ! »… Ben non : on n’est pas libre de donner la mort par la pratique de la magie, et donc la mort revient sur celui qui se permet de vouloir jouer avec elle. C’est de la justice immanente, en quelque sorte. Là encore, le Fils d’Israël sait à quoi s’en tenir ; il peut toujours pratiquer la sorcellerie, mais s’il est pris sur le fait, il connaît la sanction. Même chose pour la zoophilie, qui renvoie encore à l’Égypte. Le livre du Lévitique sera sans appel : « Tu ne coucheras pas avec une bête pour te rendre impur : c’est une abomination ! » (Lv 18,23). Là, on touche à la pureté, au sens où on ne mélange pas ce qui ne doit pas l’être ! Une manière de dire : l’homme n’est pas qu’animal ; avoir une relation sexuelle suppose, dans l’ordre humain, la mise en œuvre de deux libertés. Dans le cas de la zoophilie, la liberté qui libère est absente. Donc on ne se mélange pas avec ce genre de pratique quand on fait partie de l’Alliance. Le v. 19, lui, revient sur l’idolâtrie : sacrifier à un autre DIEU que YHWH, c’est encore une autre manière de sortir de l’Alliance en refusant les premiers articles du Décalogue ! Le texte parle ici d’anathème, HaRaM, en hébreu, qui signifie renverser, mettre hors jeu. Ça peut désigner la destruction, mais dans ce cas, le texte le précise tojours explicitement : « Tu ne laisseras rien, tu détruiras tout, etc. » Encore que ce soit assez rare, et il n’est même pas dit que ça ait jamais été réellement mis en œuvre dans la Bible. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas le cas ici, et c’est par ailleurs la seule fois que ce terme HaRaM est utilisé contre un individu. Le sens est donc plutôt : il sera jeté en dehors de l’Alliance. La sanction est claire : carton rouge !
Puis viennent les v. 20 à 23. On sort des commandements apodictiques : cette fois, le précepte est justifié au regard de la sortie d’Égypte où le peuple a lui-même connu le statut de résident étranger. On sort ici des seuls rapports internes au peuple : Moïse ouvre l’expérience des Fils d’Israël à tous ceux qui se rattachent au peuple du fait qu’ils vivent en son sein. Alors maintenant, pourquoi l’étranger, la veuve et l’orphelin — on retrouvera assez souvent cette trilogie — ? Tout simplement parce qu’ils désignent la catégorie des sans-défense. En tout cas, YHWH ne plaisante pas sur la question des pauvres ! Jamais ils ne peuvent faire l’objet de maltraitance, et la sanction est carrée ! Et les v. 24 à 26 de poursuivre : le pauvre ne peut pas non plus faire l’objet d’usure. Ce qui est intéressant, parce qu’en général, c’est plutôt les pauvres sur qui s’acharnent les usuriers… Mais bon. Ce qui est intéressant, c’est l’association : « Si tu prêtes de l’argent à l’un de mon peuple » avec « au pauvre qui est près de toi ». Comme si le peuple était un peuple de pauvres ! C’est en tout cas une manière subtile de suggérer que l’usure n’a pas sa place dans les rapports des Fils d’Israël entre eux… Mais plus encore : lisez bien la fin du v. 26 : « S’il crie vers moi, Je l’entendrai, car Je suis Miséricordieux ! » Ce verset est magnifique, parce que non seulement il ne sort pas du droit, mais il le fonde ! L’âme du Droit de la Torah n’est rien d’autre que la Miséricorde — HéN, en hébreux — de YHWH. Et dans le fond, cette finale du verset rejaillit sur l’ensemble des v. 20 à 26. Comme disent les rabbins, on a ici l’irruption de la Miséricorde dans le droit, ce qui est absolument unique. Le droit civil ne fait jamais appel à la miséricorde, ce n’est pas son terrain ! Eh bien pour la ToRaH, justice et miséricorde vont de pair, ce qui rend cette justice, au moins en théorie, profondément humaine. Vous connaissez l’adage : « Trop de justice tue la justice » ; or précisément, au nom de YHWH, la Miséricorde vient sauver la justice dans le cadre de l’Alliance.
À partir du v. 27, retour à la relation avec ’ÈLoHîM, et plus généralement les PRINCES, c’est-à-dire ceux qui sont chargés de rendre justice en son Nom comme on l’a vu au ch. 18. Là, c’est le fondement de l’autorité théocratique. Le texte ici parle de ’ÈLoHîM dans la mesure où une telle théocratie ne touche pas spécifiquement le cadre de l’Alliance. C’est un fondement qui évoque le caractère sacré du droit, dans quelque société que ce soit. Néanmoins, en tant qu’Israël doit faire régner la justice en son sein, ce fondement concerne en particulier les Fils d’Israël. Maintenant, dans le cadre de l’Alliance, il s’agit de manifester une gratitude en retour de la Bénédiction due à YHWH, et c’est à nouveau de CULTE qu’il est queston, vécu sans faux-semblant : le culte vient comme signer l’établissement du droit en Israël. Vous voyez comment la Torah fonde les devoirs sociaux et moraux dans le devoir religieux. Et cette dynamique qui associe le droit et le culte façonne la colonne vertébrale de toute la ToRaH : d’une part, si tu observes les préceptes, tu seras béni par le seul fait que tu mettras dans ta vie le dynamisme de LIBÉRATION qui est le cœur de la ToRaH ; et d’autre part, tu manifesteras ta reconnaissance à YHWH en Lui consacrant les prémices de ta récolte, de ta vigne ou de ton troupeau, mais aussi de ta famille : alors on verra ça plus loin, il ne s’agit pas de sacrifice humain, mais de rachat par un sacrifice. On en avait déjà parlé à propos de la sortie d’Égypte, et on y reviendra encore par la suite.
Le v. 30 replace alors tout l’ensemble dans une perspective sacerdotale. On retrouve la notion de Sainteté. Une manière de dire que l’horizon du code, dans le cadre de l’Alliance, c’est la SAINTETÉ qui transcende, en quelque sorte, la justice en lui donnant toute sa plénitude. Là où les païens s’autorisent à manger une bête qui n’a pas fait l’objet d’un abattage rituel, le peuple de YHWH, lui, la laisse aux chiens. Vous voyez ? Le plus spirituel se vérifie dans le plus charnel, et ici dans l’art de ne consommer que ce qui est prescrit par la ToRaH. C’est une ascèse, mais l’ascèse — qui est l’exercice par lequel je m’entraîne à grandir, en quelque sorte—, l’ascèse, donc, est une autre manière de marquer charnellement la reconnaissance à YHWH pour sa Torah et pour sa Miséricorde. Il faut bien comprendre qu’être le peuple de l’élection, ce n’est décidément pas un privilège ! C’est une mission qui se vit à travers des exigences qui marquent ce peuple du sceau de la Sainteté, de la mise à part des autres nations. Donc c’est une épreuve, mais un épreuve qui seule peut lui révéler la saveur et la joie de la vie offerte dans le cadre de l’Alliance. C’est en ce sens que saint Paul dira : « Offrez vos vie en victime sainte et agréable à YHWH ! » Or s’il convoque à cette offrande, c’est qu’il s’enracine, et nous enracine dans le cadre de l’Alliance.
Et tous ces interdits et ces prescriptions n’ont rien à voir avec une liberté bridée, tout au contraire ! On retrouve ce qu’on a dit dans les vidéos précédentes sur le sens de l’interdit : il ne ferme pas la liberté, au contraire ! Tel acte est interdit, qui définit le CADRE, ce qui signifie qu’à part cet interdit, des millions d’autres actes sont autorisés. Quelque part, on pourrait dire que le rapport de ce qui est interdit à ce qui est autorisé est de 1 à 1 Million. Donc si vous avez, comme pour les 613 mitsvot juives, 365 interdits, ça veut dire qu’ils vous ouvrent 365 millions d’actes autorisés ! Voilà comment le particulier ouvre à l’universel dans la Bible. C’est une manière de parler évidemment, mais ça permet de ne pas considérer trop vite ce genre de commandement comme secondaires. Encore une fois, l’Alliance définit un CADRE, que ce soit par les interdits ou par les commandements positifs ; et dans ce Cadre, la liberté est infinie parce qu’elle devient une véritable alliée de la vie. Cela demande l’effort d’obéir aux préceptes de l’Alliance, mais le jeu en vaut la chandelle !
Voilà pour ce chapitre 22 de l’Exode. On aurait pu dire des milliards d’autres choses, mais nous avons déjà là de quoi nourrir une première lecture.
Je vous remercie.
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