03-07-2015

[Ex] 31 - La traversée de la Mer

Exode 14:1-31 par : le père Alain Dumont
Le moment est venu de s'élancer sur la route de la Liberté. Moïse et le peuple s'engagent en direction de la Mer, et Pharaon se rue à leur poursuite.
Duration:16 minutes 41 secondes
Transcription du texte de la vidéo :

(Voir la vidéo : http://www.bible-tutoriel.com/la-traversee-de-la-mer.html)

Tous droits réservés.
Pour une citation, mentionner : © Père Alain Dumont, La Bible en Tutorielhttp://www.bible-tutoriel.com/ + titre de l'article

À propos du phénomène du Wind Setdown : https://www.sciencedaily.com/releases/2010/09/100921143930.htm
_____________________________________________________________

Bonjour,

Nous avons pris le temps lors de la dernière vidéo d’explorer rapidement la plupart des hypothèses concernant le lieu et les conditions de la fameuse traversée du YaM SouF. On n’y revient pas, sachant que pour nous, le plus vraisemblable est que ce passage ait eu lieu au niveau d’un des deux lagons du Nord du Delta du Nil. Et parce qu’il faut bien faire des choix, pour faire simple, nous adoptons l’hypothèse de la traversée du Lac Bardawil, qui permet d’envisager une trajectoire du peuple d’Israël dans le désert qui semble la plus plausible.

Donc rappelons-nous : les Fils d’Israël sont partis initialement de Soukkot pour planter leur campement à ÉTaM, nous a dit la fin du ch. 13, et de là, au début du ch. 14, HaShèM les fait se diriger vers la tour de MiGDoL, qui était un poste militaire où semble-t-il, ils n’ont pas été inquiétés ; puis de là, HaShèM les fait s’engager sur la bande de terre qui ferme la lagune jusqu’à un point nommé BaaL-ÇéPHôN. Et là, les voilà face à la mer. A priori, ils sont coincés, et c’est exactement ce que se dira Pharaon au v. 3 : «  le désert s’est refermé sur eux ! »

Et voilà qu’au v. 4 revient un thème déjà entendu : HaShèM prévient qu’il fera s’obstiner le cœur de Pharaon. Mais rappelons-nous que si Pharaon s’obstine, c’est parce qu’il refuse que HaShèM, qui n’appartient pas au panthéon égyptien, et qui donc échappe à la puissance de Pharaon, puisse sauver les Fils d’Israël. Pharaon a depuis longtemps, rappelez-vous, atteint le comble du mal, jusqu'au point de non-retour, et le voilà complètement absorbé par ce mal comme par un TROU NOIR dont la masse est telle qu’elle absorbe tout ce qui passe à sa portée, même la lumière ! Dès lors, du cœur de cette obstination ABSOLUE, complètement ténébreuse, Pharaon ne connaît plus que le langage de la mort, le langage de la haine meurtrière qui le submerge avant même d’être submergé par les eaux de la MER. Parce qu’en définitive, c’est le MÊME FLOT ! La mer qui se refermera sur lui ne fera en réalité qu’entériner une noyade qui a DÉJÀ eu lieu, dans la mesure où Pharaon est noyé dans la haine ; il suffoque de haine. Maintenant qu’il a tout perdu ; qu’il a entraîné toute l’Égypte dans la mort, il ne songe plus qu’à une seule chose : se venger ! Parce que quand on est en train de s’effondrer dans les ténèbres, qui plus est par sa propre faute, par son propre endurcissement ; et que d’autres vivent et s’en sortent, une telle situation est proprement insupportable ! Alors voilà Pharaon qui lance les chars de son armée, nous dit le v. 9, à la poursuite des Fils d’Israël.

Alors quand il les aperçoit arriver à toute allure, on imagine la panique du peuple ! Avec ce sentiment réflexe, au v. 11 : « On aurait mieux fait de rester des esclaves et ne pas mourir ! » Là, voyez-vous, le grand Hegel devait jubiler en lisant ce genre de dialogue, lui qui relisait toute l’histoire humaine à travers ce qu’on appelle la « dialectique » du Maître et de l’esclave ! Alors là, pardon aux philosophes, parce que ce que je vais dire est une caricature monstrueuse de la pensée de Hegel, mais tant pis, je prends le risque parce que cela va nous permettre de comprendre le cœur du récit. Dans cette philosophie de l’histoire, le Maître n’est pas le propriétaire de l’esclave. Le Maître, c’est celui dont l’esprit s’affirme jusqu’à préférer mourir plutôt que de perdre sa liberté : Pharaon, par exemple, en est une figure pathétique. L’esclave, en revanche, c’est celui qui préfère perdre sa liberté,  quitte à souffrir, mais rester en vie. Ce qui n’est pas dénué de sagesse, et qui a du  sens, face à la vanité de l’esprit du Maître. À ce stade du récit, la mentalité des Fils d’Israël est celle de l’esclave : « Mieux vaut servir l’Égypte que de mourir au désert ! » Eh oui : on a des femmes et des enfants avec nous, et au moins, en Égypte, on pouvait les nourrir… Ce à quoi Moïse répond : « Non ! Il y a aussi un sens à partir au désert, et vous y trouverez la vie ! Vous y trouverez la vraie liberté : non pas celle qui consiste à écraser les autres pour être reconnu — la liberté du Maître —, mais la liberté du juste ! » Moïse, ici, est la figure de l’homme accompli, qui a connu une période où il était habité de l’esprit du Maître, quand il était Grand d’Égypte ; puis, au moment où sa vie était menacée, qui a connu une période où il a préféré perdre sa liberté et vivre, quand il a fui en Madiân ; et puis enfin, troisième moment de la dialectique de Hegel, retour à la liberté, mais une liberté intérieure, qui ne s’affirme pas contre autrui mais qui se met tout entière au service de la vie. Ici, Moïse connaît la liberté du JUSTE, qui se reconnaît à ce qu’il est capable de JUSTIFIER ceux qui ont foi en lui et qui le suivent ; il est capable de les mener à la même liberté intérieure en leur faisant emprunter le chemin de HaShèM. Ce que Jésus ouvrira, 1000 ans plus tard, à tous les hommes, mais on n’en est pas encore là.

Dans le fond, que nous montre le JUSTE ? Il nous montre que la VRAIE liberté est TOUJOURS possible pour ceux qui dépassent l’étape du Maître et de l’esclave par la FOI. Et ça, c’est un mouvement qui est valable jusqu’à aujourd’hui. Autrement dit, la FOI en Moïse et en HaShèM, et pour nous la FOI en Jésus Christ Fils de DIEU, est une dynamique formidable de LIBÉRATION, de JUSTIFICATION au milieu d’un monde immature qui ne fonctionne que sur le mode de l’affrontement du Maître et de l’esclave ; ce qu’on appelle habituellement la « loi du plus fort ». Sauf qu’un tel dépassement demande du courage ; demande un véritable engagement de soi tout entier, charnel et pas seulement conceptuel ; et donc Moïse répond en ce sens au peuple : « N’ayez pas peur du Maître qui veut régner par la force et ne soyez pas de ceux qui démissionnent sous prétexte qu’ils ont peur de mourir ! HaShèM combattra pour vous ! ». Et là, on est vraiment au cœur de l’expérience biblique. Il ne s’agit pas de se rassurer à bon compte ; il ne s’agit pas de rêver à des jours meilleurs ni de se bercer de promesses électorales qui ne sont jamais que les armes déguisées des Maîtres contre les esclaves… Il s’agit, face à ce qui apparaît comme une impasse, face à la mort qui se profile, de se ressaisir, de se mettre debout et de se mettre en marche par la FOI dans le DIEU Sauveur. Et pour ça, de suivre son serviteur.

Ceci dit, ça ne signifie en rien que la chose soit évidente ! Moïse, lui aussi, crie vers HaShèM, qui n’est pas tendre avec lui ! « Pourquoi est-ce que tu cries vers Moi ? Lève ton bâton et tends la main ! » Ouais… Il faut vraiment avoir la foi ! En attendant, la Nuée, cette fois, passe derrière le peuple pour le protéger des chars qui arrivent ! Le récit parle ici de l’« Ange du Seigneur » : vous voyez : cette colonne de Nuée est une réalité spirituelle bien vivante ; c’est HaShèM qui manifeste sa puissance salvatrice ! Pendant ce temps, obéissant à l’ordre de HaShèM, Moïse étend la main, et voilà que le vent d’Est, le fameux WIND SETDOWN, se met à souffler toute la nuit jusqu’à repousser les eaux. C’est providentiel ! Et le peuple passe. Dès lors, la nuée se lève devant Pharaon et ses chars ; ils tentent de poursuivre le peuple, mais les chars s’embourbent dans le sable du passage, pendant que le WIND SETDOWN commence à s’affaiblir, laissant les eaux refluer pour les engloutir. Et on en dit pas plus ici. Simplement que le peuple a vu la puissance de HaShèM. On se posera des questions plus tard.

Néanmoins, on termine le récit en disant cette phrase tellement essentielle , au v. 31 : « Le peuple eut foi en HaShèM et en Moïse, son serviteur ! » Là, le peuple comprend que HaShèM est du côté de Moïse. Et c’est de Salut, de Délivrance qu’il est question. Vous voyez ? Ça y est : on sort de la simple croyance en l’existence de DIEU seulement créateur, qui est une croyance vraiment païenne. Non pas au mauvais sens du terme, mais la marque du païen, c’est de ne croire précisément qu’en un DIEU créateur. Dit autrement, quand on nous dit que le peuple a eu foi en HaShèM, on n’est pas en train de nous dire que le peuple a cru que DIEU existait. Ça, personne n’en doutait à l’époque. Ce qui importe ici, c’est que les Fils d’Israël mettent leur foi en HaShèM, c’est-à-dire dans le DIEU SAUVEUR, le DIEU RÉDEMPTEUR qui rachète son peuple de l’esclavage pour leur apprendre à vivre LIBRES. C’est très précis !

Alors maintenant, dire que le peuple a eu foi en HaShèM et en Moïse, c’est bien désigner Moïse comme son serviteur au sens où c’est PAR LUI, que HaShèM a choisi de révéler son Nom. De sorte qu’ils sont complètement articulés l’un à l’autre, quasiment INDISSOCIABLES. Et là, on est en train de nous parler d’un changement prodigieux ! Jusqu’alors, DIEU, ELoHîM, intervenait dans l’histoire à chaque fois que nécessaire : rappelez-vous le déluge, Babel, etc. : là, DIEU agissait seul. Mais À PARTIR DE MOÏSE, bien sûr que DIEU continue d’agir, mais désormais, c’est en tant que HaShèM, qui agit PAR L’INTERMÉDIAIRE des hommes qu’il convoque à la difficile, mais si précieuse LIBERTÉ. Et là ça change tout. On est dans les premiers soubresauts de ce qu’on appellera plus tard un SACREMENT, c’est-à-dire un signe visible de la Réalité invisible. Déjà à ce stade, Moïse, en tant que Serviteur de HaShèM, est comme son SACREMENT : Moïse est le Signe visible de HaShèM, le DIEU Sauveur qui agit à travers son serviteur, et jamais sans lui.

Pour dire les choses autrement : spontanément, dans une réflexion païenne comme celle des Grecs de l’Antiquité par exemple, la situation des Fils d’Israël entrerait dans la catégorie de la Tragédie. L’homme est fasciné par le Tragique, c’est-à-dire par ces situations inextricables dans lesquelles la morale est, de toutes les manières, mise en échec. Pourquoi ? Parce que la loi du monde veut que la force des puissants soit toujours victorieuse sur les faibles, que ce soit moral ou pas. Et la Tragédie, c’est une manière d’exorciser ce destin lugubre en le mettant en scène, pour en partager l’émotion et se dire qu’on n’est pas seul devant cette catastrophe annoncée. Aujourd’hui, les films d’horreur, ou de tragédies, font le même travail.

Or l’essence de la foi, la foi en HaShèM et en son Serviteur Moïse, c’est qu’une fois arrivé à ces situations d’impasses dans lesquelles nous jette la loi du plus fort, il peut y avoir une intervention salvatrice désarmant le monde. Il y a une Loi au-dessus de la loi du monde, et c’est la Torah de HaShèM, transmise par Moïse. Voilà le cœur du récit de la sortie d’Égypte, qui est au fondement de tout le reste. Un peuple, un jour, a fait l’expérience d’un DIEU dont la LOI, la Torah, a vaincu la loi du monde, la loi du plus fort. Et ce peuple a voulu prendre le temps d’écrire le témoignage, non seulement de ce qui s’est passé, mais surtout le témoignage du bouleversement charnel qu’il a vécu à travers cette expérience, et dont il vit encore aujourd’hui. La Torah, de ce point de vue, est complètement prophétique, non au sens où elle prédirait l’avenir, mais au sens où elle reste éternellement actuelle et pertinente. Lire l’Écriture, la scruter, c’est découvrir cette pertinence pour aujourd’hui. AUJOURD’HUI, l’Écriture s’accomplit ; et pour nous chrétiens, c’est par le Christ qu’elle s’accomplit, de sorte que nous sommes envoyé dans le monde pour proclamer cette libération TOUJOURS possible pour ceux qui s’attachent aux Christ par la FOI. Or cette formidable nouvelle s’enracine là, dans le récit de l’Exode, au moment de la sortie d’Égypte. Reste que le peuple, à ce stade, n’est pas au bout de ses peines, mais nous verrons cela la prochaine fois.

Je vous souhaite une bonne lecture de ce ch. 14 de l’Exode.

Je vous remercie.