Où Moïse a-t-il bien pu passer pour traverser la “Mer” à pied sec ? Cette vidéo fait le point sur les différentes hypothèses émises jusqu'à ce jour.
Transcription du texte de la vidéo : (Voir la vidéo : http://www.bible-tutoriel.com/moise-a-t-il-vraiment-traverse-la-mer-rouge-a-pied-sec.html) Tous droits réservés.Pour une citation, mentionner : © Père Alain Dumont, La Bible en Tutoriel, http://www.bible-tutoriel.com/ + titre de l'article____________________________________________________________
Bonjour,
Nous voici au ch. 14 du livre de l’Exode, et voici que HaShèM dit à Moïse au v. 2 : « Parle ainsi aux Fils d’Israël : qu’ils s’en retournent et qu’ils campent en face de Pi-HahiRoT, entre MiGDoL et la mer, en face de Baâl-ÇePhôN. » Et voilà que les Fils d’Israël s’engagent sur la route du désert.
Alors la question se pose : quelle est cette MER dont on nous parle ? Là, on a toutes les théories possibles et imaginables. Ce qui est sûr, c’est qu’il ne s’agit pas ce qu’on désigne aujourd’hui du nom de MER ROUGE, au sens strict. Ça supposerait d’abord de descendre très au Sud du Delta du Nil, en-deçà du Golfe de Suez, ce qui aurait laissé tout le temps à Pharaon pour rattraper le peuple sans aucune difficulté ; et puis de toute manière, une telle traversée est tout simplement impossible, même à sec, puisque, ne serait-ce qu’au niveau de l’Égypte, la Mer Rouge, qui est une dorsale géologique qui sépare la plaque Africaine de la plaque Arabique, atteint des profondeurs de l’ordre de 1000m, sur une largeur de 200 km qui conduisent aux montagnes arides du HEDJAZ, qui débouchent elles-mêmes sur le désert de la péninsule arabique… On es aux antipodes de la terre d’Israël ! Donc vraiment, la fameuse traversée de la « MER ROUGE », en tant que telle, c’est-à-dire ce qu’on désigne aujourd’hui du nom de MER ROUGE, on oublie.
Maintenant, MER ROUGE, dans l’Antiquité, ça désignait aussi le GOLFE DE SUEZ : on ne faisait pas de différence. Alors là, c’est déjà autre chose. On est déjà sur des profondeurs beaucoup plus raisonnables, du fait, comme le montre bien cette carte, qu’on n’est plus sur la dorsale de la mer Rouge (Une dorsale qui s’ouvre à une vitesse moyenne de 15 mm par an, qui plonge plus au Sud jusqu’à 2500m de profondeur, là où émerge la lithosphère qui pousse et qui sépare les deux plaques). Le GOLFE DE SUEZ, lui, n’est pas une faille. C’est ce qu’on appelle un RIFT INTRACONTINENTAL INACTIF, et qui, de fait, ne dépasse pas les 200m de profondeur. Donc on se pose la question : Moïse et le peuple ont-il traversé le GOLFE DE SUEZ ???
Dernièrement, en octobre 2014, une équipe d’archéologues sous-marins a précisément découvert, au fond du Golfe de Suez, les restes d’une armée égyptienne de l’époque des Pharaons, à 1km ½ au large de la ville de Ras Gharib. Ils sont tombés par hasard sur un grand nombre d’ossements humains, des centaines d’armes et de morceaux d’armures ; plus les restes de deux chars de guerre datant, semble-t-il, du XIVe siècle avant J.-C. ; on estime que plus de 5000 autres pièces pourraient être dispersés sur une zone plus étendue, ce qui suggère qu’une assez grande armée a péri sur le site. Mais ce qui est étonnant, c’est qu’au milieu de tout ça, il n’y a aucun reste de navire de l’époque ! Donc les chercheurs se sont posé la question : est-ce que cela voudrait dire qu’ils ont emprunté ce passage à pied ? Est-ce qu’on n’aurait découvert le site du fameux passage de la Mer Rouge avec Moïse ? Pourquoi pas, sauf que vue la masse d’eau à repousser, ça nous fait quand même un MIRACLE DE CHEZ MIRACLE ! D’autant qu’à cet endroit, la traversée représente une trentaine de km jusqu’à l’autre rive, ce qui ne se franchit pas en seulement quelques heures, ni même en une journée ! Surtout une foule de quelques milliers de personnes qui marche avec des enfants et des troupeaux de petit bétail ! Or le récit dit bien que le vent n’a soufflé qu’une seule nuit. Alors maintenant, comment ces restes se sont-ils trouvés là ? La solution est peut-être tout simplement qu’une armée a traversé le Golfe sur des barges, comme ça se faisait à l’époque pour partir en campagne. Et on peut imaginer que cette armée a essuyé une tempête d’une force suffisante pour la faire passer par dessus bord avec armes et bagages. Tandis que les barges, elles, restaient flotter à la surface, tout l’attirail sombrait par le fond… Quoi qu’il en soit, la thèse n’est pas recevable pour les raisons qu’on vient d’évoquer, et donc, là encore, on oublie.
Dans le même ordre d’idée, il faut au moins mentionner la théorie de Ron Wyatt, un chrétien de l’Église Adventiste du 7
e jour, qui a trouvé dans les années 1990 le même genre d’indices, mais cette fois dans le Golfe d’AQABA, c’est-à-dire l’autre fourche de la MER ROUGE. Alors là, on est vraiment sur le prolongement de la dorsale de la MER ROUGE, mais qui sépare cette fois, en les cisaillant l’une contre l’autre, la péninsule du Sinaï et la péninsule arabique. Malheureusement, les arguments de Ron Wyatt ont été massivement rejetées, même par les membres de sa propre Église. Et en gros, le problème majeur reste le même que précédemment : le temps que le peuple traverse toute la péninsule du Sinaï, Pharaon avait tout loisir pour rattraper cette foule et l’exterminer comme bon lui semblerait. Donc, pour une une troisième fois, on oublie.
Quatrième théorie : Moïse et le peuple auraient cette fois traversé les Lac Salés, qui sont au Nord du Golfe de Suez. Cette théorie était très en vogue jusque dans les années 2000. D’autant que cette hypothèse semblait confortée par l’épisode de l’explosion du Volcan Santorin, dans la Mer Égée, vers 1500 ans avant notre ère. Lors de cette explosion, la Méditerranée a connu la plus grande catastrophe de son histoire. On a calculé que des cendres et des particules ont été expulsées sur une colonne de 36 km de haut qui se sont répandu grâce aux vents dominants, en direction du sud-est, vers la Crète et vers l’Egypte. À cause de ce nuage de cendres incandescentes, de nombreuses régions du pourtour méditerranéen ont été plongées dans l’obscurité pendant plusieurs heures, et les scientifiques imaginent que ça pourrait avoir entraîné des phénomènes ressemblant aux 10 plaies du récit de l’Exode. En gros, la colonne de cendres et de scories acides retombant dans les eaux du Nil, aurait contribué à le teinter le fleuve en rouge. Les nuages denses opacifiant totalement l'atmosphère, ont pu initier des chutes abondantes de pluie et de grêle ; une grêle non de glace, mais de cendres accrétionnées qu’on appelle des LAPILLIS. Précipitations qui auraient suffi pour provoquer l'éclosion massive de toutes sortes d'animaux nuisibles, entraînant par suite l'apparition d'épidémies ravageuses.
Maintenant, concernant les Lacs Salés, ces mêmes scientifiques ont fait des simulations qui semblent montrer que les vents générés par l'explosion du Santorin ont pu souffler jusque dans cette région. Leur violence aurait retenu l'eau au point de former une muraille de plus de deux mètres de haut, ouvrant un passage avant de se refermer brusquement. Pourquoi pas ? Sauf que d’une part, les plaies se seraient produites APRÈS le passage de ces vents. Et quand bien même le peuple aurait pu profiter d’un tel phénomène, mais tout de même assez invraisemblable tant la masse d’eau à déplacer est incommensurable, il était facile à l’armée de Pharaon de contourner l’étendue d’eau pour éviter de s’y embourber, et attaquer le peuple de l’autre côté de la rive. Bref, à ça s’ajoute toute une série de contradictions qui font que cette théorie, aujourd’hui, est abandonnée.
Bon. Alors qu’est-ce qui reste ? Eh bien il reste la théorie d’une traversée des eaux, cette fois complètement au Nord de l’Égypte ! Avec deux lieux possibles : soit au niveau du lac Manzalah, vers Port Saïd… soit, plus à l’Est, au niveau du lac Bardawil… L’un et l’autre sont des lagunes assez peu profondes (entre 1 et 3 mètres), et isolées de la mer Méditerranée par un cordon LITTORAL. Et pour le coup, elle est plantée de grandes étendues de roseaux, ce qui peut légitimer l’appellation de MER DES ROSEAUX (le fameux YaM SouF en Hébreu).
Alors que dit cette théorie ? Le cordon littoral peut supporter d’être traversé à pied. En revanche, il est difficile d’y engager des chars. Le défilé les oblige à avancer en file indienne, et il suffit qu’un seul s’embourbe pour bloquer toute la colonne armée. Et ici, pas question d’envisager un quelconque contournement. Donc à tout le moins, passer par là relève déjà d’un plan tactique assez génial de la part de Moïse, ce qui suppose qu’il connaissait bien les lieux.
Alors maintenant, qu’en est-il d’une traversée des eaux ? En 2010, deux chercheurs américains, Carl Drews et Wei Qing Han, de l'Université du Colorado, ont découvert que dans ces lagunes, des vents de 100km heure soufflant pendant 12 heures pouvaient creuser les eaux sur deux mètres de profondeur, suffisamment pour créer un passage long d’environ 3 km et large de près de 5 km de long. C’est là un phénomène physique et météorologique semble-t-il connu : quand un vent fort d’Est souffle de façon continue au bord d'un étang, d'un lac ou d'un océan, il pousse la surface de l'eau perpendiculairement vers l’Ouest. Le phénomène est connu en anglais sous le terme de WIND SETDOWN. Et donc, en Méditerranée, du côté du Moyen-Orient, les eaux se retirent sous l’effet de ces vents puissants, tandis qu’à l’opposé, par exemple dans le Sud de la France, ces mêmes vents ont tendance à faire monter le niveau de la mer le long de la côte au point que parfois le Rhône a du mal à s'écouler. Dixit Météo-France.
Quoi qu’il en soit, si on en revient à notre récit biblique, on lit précisément au v. 21 du ch. 14 que : « Moïse étendit la main sur la mer et HaShèM fit refouler la mer par un fort vent d’Est durant toute la nuit. » Ce qui correspond assez bien au phénomène du WIND SETDOWN. Du coup, comme les eaux sont peu profondes, ces vents on créé le passage, qui est resté ouvert pendant environ deux ou trois heures, suffisamment pour permettre au peuple de traverser ces quelques kilomètres. Le reflux commençant par l’Ouest a recouvert d’abord les assaillants, pendant que de l’autre côté, le peuple terminait sa marche à pied sec. Bon, la difficulté ici est qu’on n’a relevé aucun vestige d’une quelconque armée enlisée, mais c’est tout simplement du au mouvement incessant du flux et du reflux à cet endroit peu profond, alors qu’au fond des mers, on n’a pas de tels remous, donc les vestiges restent sur place, comme au large de Ras Gharib.
Alors on peut se demander ici : est-ce qu’on peut encore parler de miracle ? Oui bien sûr ! Parce que les miracles ne consistent jamais à passer outre les phénomènes naturels ! On le sait depuis des siècles, et l’un des plus grands penseurs juifs comme Maïmonide, dès le XIIe siècle, le dit très clairement : DIEU opère les miracles en UTILISANT sa Création, jamais en la méprisant. Ce qui constitue ici le miracle, c’est précisément le moment providentiel où le vent souffle pour entraîner le retrait des eaux et permettre le passage du peuple.
Enfin voilà quelques éléments pour aider à visualiser un événement dont on ne peut plus dire aujourd’hui que ce ne sont que des inventions romantiques. Non. Un épisode miraculeux a bel et bien eu lieu, qui est au fondement de l’expérience de la Délivrance du peuple des Fils d’Israël et du récit que nous lirons plus précisément la prochaine fois.
Je vous remercie.