Et voilà que le peuple des Fils d'Israël commence sa marche pour sortir d'Égypte. Il est guidé en chemin par un curieux phénomène : la fameuse “Colonne de Nuée”.
Transcription du texte de la vidéo : (Voir la vidéo : http://www.bible-tutoriel.com/la-colonne-de-nuee-marchait-devant-le-peuple.html) Tous droits réservés. Pour une citation, mentionner : © Père Alain Dumont, La Bible en Tutoriel, http://www.bible-tutoriel.com/ + titre de l'article_____________________________________________________________
Bonjour,
Aujourd’hui, à partir du v. 17 du ch. 13, nous voilà partis vers la fameuse « Mer Rouge », comme on dit communément. Cette tradition vient de la traduction grecque des Septantes qui parle de «
tèn éruthrân thalasân ».
Éruthros, c’est «
rouge » en grec et
Thalasa, c’est la « mer ». En réalité, le terme hébreu est le YaM SouPh, ce qu’on traduit par « Mer des Joncs », ou « Mer des Roseaux ». C’est déjà là qu’avaient été refoulées les sauterelles (Ex 10,19). On verra au ch. 14 quelle est la différence.
Ceci dit, on reprend le récit. Mais on ne fait pas que le reprendre : il doit désormais s’entendre à la lumière de ce qui vient d’être prescrit. On a bien compris que ce départ n’est pas un simple refoulement de population. Ce n’est pas l’Égypte qui chasse les Fils d’Israël. Fort du Salut dont il est l’objet, c’est une DÉCISION ferme du peuple des Fils d’Israël de sortir à la suite de Moïse pour servir HaShèM ! Et ça n’est pas non plus une fuite. C’est un départ. On se tire : ras-le-bol ! Et tout ce qui va suivre est la conséquence de cet engagement en termes d’Alliance, puisqu’ici, il y a deux parties alliées en lice : HaShèM et le peuple élu.
On nous dit d’abord, au v. 18, que le peuple ne prend pas le chemin qui longe la Méditerranée. C’est la route des caravanes qui monte vers le grand port phénicien de Byblos, qui longe la côte en passant par Gaza, mai c’est une route gardée tout du long par des fortifications égyptiennes. Certes, le v. 18 dit que le peuple est armé. OUI, MAIS, dit la tradition, ils étaient sous le coup de la fatigue de l’esclavage. Ce qui n’est pas idiot ! Le courage devait tout entier mobiliser la décision de partir. Si en plus il avait fallu se battre contre les Égyptiens, ou contre les Philistins qui sont installés à cette époque tout le long de la côte méditerranéenne de Canaân, ç’aurait été trop dur à porter. Alors bien sûr, sur le chemin du désert, ils y aura aussi des batailles à livrer, mais… plus tard.
Notez l’incise du v. 19 qui relie Moïse à Joseph dont il recueille els ossements pour les faire monter en Canaân, dont on reparlera encore dans le livre de Josué. Et là, nous trouvons encore une confirmation que Moïse était bien lié au Sanctuaire de Joseph-Aménophis où se trouvaient les ossements du plus grand Scribe que l’Égypte ait jamais connu. Qui pouvait avoir accès à ces ossements, sinon un haut personnage qui y était précisément attaché ? Le fai est au minimum vraisemblable, pour ne pas dire plus.
Commence alors la marche, à partir de SouKKoT où ils s’étaient rassemblés après avoir quitté la ville de RaMSèS (Ex 12,37). On ne sait pas très bien où pouvait être cette ville dont le nom signifie « les huttes » — il y a une fête juive qui se nomme SouKKoT, la « fête des huttes », c’est le même mot, mais il n’y a pas de lien entre les deux —. On la situe traditionnellement au niveau du WADI TUMILAT, un oued, c’est-à-dire un lit de rivière, à l’Est du Delta du Nil. Et voici que, pour la première fois, on nous parle au v. 21 de la fameuse « COLONNE DE NUÉE » par laquelle HaShèM manifeste sa présence au milieu de son peuple. Qu’est-ce que c’est que cette COLONNE DE NUÉE, ce “AMud Hè“âNâN, comme dit l’hébreu ? Hè“âNâN, c’est la nuée ; “AMuD, c’est ce qui « se tient droit ». Donc plutôt qu’une colonne, il s’agit en fait d’une NUÉE QUI SE MAINTIENT DRESSÉE, comme un être vivant !
On retrouvera cette NUÉE DRESSÉE, et donc VIVANTE, pendant tout l’Exode dans le désert, au Mont Sinaï, dressée au-dessus de la Tente du Rendez-Vous, c’est-à-dire le sanctuaire de HaShèM qui accompagnait le peuple de station en station ; et puis, plus tard, elle investira encore le Temple de Salomon au jour de son inauguration et de sa consécration. Cette NUÉE, ce n’est pas seulement la manifestation de DIEU. C’est la manifestation de HaShèM, le DIEU sauveur ; et en soi, c’est la même manifestation que celle qui a eu lieu pour Moïse dans le buisson-ardent, mais en quelque sorte proportionnée cette fois au peuple tout entier. Par ailleurs, elle le conduira au même endroit, au pied du Mont Sinaï. Donc vous voyez : les deux sont bien liés. D’autre part, rappelons-nous que la Nuée n’est pas seulement un miracle ; c’est avant tout un SIGNE de Salut, un SIGNE de la présence du DIEU SAUVEUR au milieu de son peuple, pour le faire advenir à sa liberté.
Maintenant, concrètement, à quoi est-ce que cette Nuée se réfère ? Difficile à dire. En tout cas, il y a sûrement, comme toujours, une expérience qui est à la base ; du même ordre que, par exemple, la résurrection du Christ qui apparaît, nous dit saint Paul, à plus de 500 frères à la fois. Dans les deux cas, on a un événement fondateur bouleversant, émotionnellement inoubliable, dont un peuple va faire l’expérience et qui sera initiateur de son histoire, mais qui est difficile à décrire ; d’autant plus que ce phénomène n’est pas appelé à subsister en permanence. Une fois le désert franchi, les générations qui suivront ne verront plus cette NUÉE marcher devant eux, mais ils en recevront le témoignage de la part la génération du désert. Tout comme les chrétiens d’aujourd’hui ne voient plus Jésus ressuscité, mais se fondent sur le témoignage des apôtres. Il s’agit donc d’une EXPÉRIENCE FONDATRICE, qui touche non pas seulement UN homme, fut-il mystique, mais un peuple.
Alors redisons-le à nouveau : on n’est pas ici dans l’ordre du miracle, ni dans celui du prodige. On est dans l’ordre du SIGNE. Si on ne voit pas le signe, on va inévitablement se dire : « C’est pas crédible, cette histoire ! ». Pourquoi ? Parce qu’on reste dans l’ordre du miracle, dans l’imaginaire fantastique d’Hollywood. Alors que si on reçoit ce récit comme le témoignage de la réalité charnelle qui, d’une manière ou d’une autre, a marqué la génération des Fils d’Israël de cette époque, au point qu’ils y ont trouvé la force de choisir la liberté, c’est-à-dire de sortir, préférant tout quitter plutôt que d’être retenus esclaves : alors là, on ne peut plus dire que ce n’est pas crédible ! Peut-être que cette histoire de COLONNE DE NUÉE qui se déplace est difficile à concevoir. Mais qui peut concevoir à quoi pouvait ressembler le Christ ressuscité ? Pourtant, c’est bien Lui qui a motivé les apôtres qui ont fondé l’Église, et c’est encore Lui qui fonde notre espérance… Eh bien : c’est la même chose. Cette nuée est du même ordre : elle a motivé le peuple et elle continue de le motiver aujourd’hui à travers ce que le Targum appelle la ShéKhiNaH, c’est-à-dire la PRESENCE de DIEU, littéralement : la « DEMEURE » de DIEU dans le monde — la racine, ShaKhân, signifie « demeurer ». Et cette ShéKhiNaH, les Chrétiens ne devraient pas trop vite l’oublier, parce que c’est justement un thème qu’on va retrouver chez SAINT JEAN, qui nous parle, dans le prologue de son évangile, du VERBE, la MeMRaH de DIEU venu DEMEURER parmi nous — il y a ici un jeu de mot avec le grec SKÈNOÔ, qui signifie littéralement PLANTER SA TENTE, c’est-à-dire DEMEURER ; Phonétiquement, SKÈNOÔ, ça évoque la ShéKhiNaH, c’est-à-dire précisément la DEMEURE, la PRÉSENCE en hébreu. Donc imaginez les oreilles juives qui écoute saint Jean rapporter au v. 14 du prologue que : « Le VERBE de DIEU, sa MEMRAH, s’est faite chair ; et il a DEMEURÉ parmi nous… mais alors ça signifie qu’il était la ShéKhiNaH de HaSheM parmi les hommes !!! Donc c’est l’histoire du Salut, de la Délivrance qui est revenu sur le devant de l’Histoire !
Et on a la même chose dans l’Apocalypse où saint Jean — encore lui — dit, à propos de la Jérusalem céleste dont l’Agneau est la lumière : « Voici la DEMEURE (SKÈNÈ) de DIEU parmi les hommes, et il DEMEURERA avec eux, et eux seront son peuple. (Ap 21,3). Donc vous entendez : en suivant la tradition du Targum, qui était une tradition tout à fait vivante jusqu’à l’époque du Christ, Saint Jean présente vraiment Jésus comme la ShéKhiNaH c’est-à-dire cette Parole, ce VERBE, cette MeMRaH de HaShèM, cette même MeMRaH qui s’est abattue sur l’Égypte lors de la 10
e frappe ; cette même MeMRaH qui a présidé à la Création du monde, toujours d’après le targum ! À l’époque du Christ, on reconnaît partout la MeMRaH de HaShèM dans les actes les plus fondateurs du SEIGNEUR, à savoir la Création et la Sortie d’Égypte. Donc vous vous rendez compte ? Présenter Jésus comme la MeMRaH de HaShèM ? Mais c’est extraordinaire ! C’est à la limite de l’incroyable, et on comprend le choc des Juifs de l’école pharisienne lorsqu’ils entendent un tel discours !
D’autant que dès l’Ancien Testament, avec le temps, cette ShéKhiNaH va s’affiner, et assez rapidement passer de l’extérieur à l’intérieur pour reposer bientôt SUR MOÏSE dont le rayonnement témoignera, précisément, de la présence la lumière de HaShèM EN LUI ; puis elle deviendra cette lumière qui rayonnera sur tout le peuple habité par cette Présence. Ce qui signifie que la ShéKhiNaH, en définitive, n’est autre que LA LUMIÈRE CÉLESTE par excellence. Non pas la lumière que l’on voit, la lumière du soleil, mais la lumière qui « DONNE À VOIR » ce que l’homme, par ses seuls yeux, ne voit pas. Une lumière qui illumine la CHAIR, et qui procède de cette « connexion » que l’Alliance seule sait établir entre HaShèM et son peuple, en vue du Salut. Donc vous voyez ? La ShéKhiNaH, c’est la Présence lumineuse de HaShèM que seuls perçoivent ceux qui décident de s’ouvrir à la réalité intime de la CHAIR ; qui deviennent assez libres pour oser prendre avec HaShèM le chemin du Salut, qui est à la fois extérieur et intérieur. Et pour les chrétiens, il s’agit, dans cette même ligne, de prendre ce chemin de Salut avec Jésus, qui est tout entier la ShéKhiNaH de HaShèM parmi nous ; une ShéKhiNaH qui a complètement investi la CHAIR de l’homme et qui l’irradie ! Avec Jésus, donc, la ShéKhiNaH ACCOMPLIT ce qu’elle avait commencé pendant l’Exode avec les Fils d’Israël. Désormais, la ShéKhiNaH brille aussi pour les Nations, sans rien retirer à Israël de son Élection première ; ce qui signifie que les Nations sont à leur tour convoquées par HaShèM pour prendre la route de la liberté, mais pas n’importe quelle liberté ! Non pas la liberté telle que le monde la donne, mais telle que seul HaShèM — je vous rappelle que HaShèM signifie le Nom, ce Nom qu’on ne peut pas prononcer ; et dont Jésus va nous révéler le titre suprême : le PÈRE ; ce PÈRE dont nous disons, dans la prière du PATER : « Que TON NOM soit Sanctifié » : vous voyez, on est vraiment dans la même dynamique de Salut. Donc il s’agit avec Jésus de prendre la route de la liberté telle que seule HaShèM, le Père, peut la donner : une liberté qui demande une consécration libre et sans appel à Jésus Lui-même qui est le Verbe de DIEU fait chair, pour traverser le désert de la mort grâce à la ShéKhiNaH qui brille en nous par le baptême qui a fait de nous de réceptacles de cette LUMIÈRE, de cette ShéKhiNaH. Donc vous voyez, l’enjeu n’est pas mince, et il ne fait, à ce stade du récit de l’Exode, que commencer…
Le ch. 13 se termine là. À partir du ch. 14, donc, les Fils d’Israël prennent la route. Le v.18 nous disait que HaShèM avait fait faire un détour par le désert de la Mer Rouge. Qu’en est-il exactement ? C’est ce que nous tenterons de discerner la prochaine fois.
Je vous souhaite une bonne lecture de la fin de ce chapitre 13.
Je vous remercie.