Transcription du texte de la vidéo : (Voir la vidéo : http://www.bible-tutoriel.com/les-premiers-nes-et-les-azymes.html) Tous droits réservés.Pour une citation, mentionner : © Père Alain Dumont, La Bible en Tutoriel, http://www.bible-tutoriel.com/ + titre de l'article-------------------------------------------------------------------------------------
Bonjour,
Nous reprenons la lecture du ch. 13 du livre de l’Exode. Alors, juste après l’énoncé du v. 2 sur les Premiers-nés qui nous a occupés pendant toute la dernière vidéo, assez longue, je l’avoue, au v. 3 et jusqu’au v. 10, bizarrement, on revient sur la MaTsaH, le fameux Azyme dont on a parlé au ch. 12 ; suite de quoi, on reviendra sur cette histoire des Prémices et des Premiers-nés, du v. 11 au v. 13. Comme quoi la pensée biblique n’a rien à voir avec une pensée linéaire : A / 1. / a/ b/. On est dans un tout autre mode de discours, qu’on peut appeler « en spirale », où la pensée revient constamment sur ce qu’elle vient d’énoncer pour toujours le visiter autrement, l’éclairer sous un autre angle et progresser ainsi par enrichissement successifs. La Bible est écrite comme ça : on nous a parlé des Azymes, la MaTsaH, une première fois ? On en reparle à nouveau, mais en lien avec une autre approche pour en étoffer le sens.
On nous reparle donc ici de la MaTsaH entre deux séquences qui concernent la consécration des premiers-nés. Je vous rappelle que la MaTsaH, c’est cette pâte qu’on presse pour l’empêcher d’être contaminé par du levain et qu’on va consommer pendant 7 jour après la fête de PessaH°, la fête de Pâque proprement dite. Mais parler du rite de la MaTsaH entre deux évocations de la consécration et du rachat des premiers-nés, c’est une manière de nous faire comprendre que le sens de cette MaTsaH est donc intimement liée à cette consécration des premiers-nés. Sous quel angle ? Celui, encore et toujours, de la MÉMOIRE de la sortie d’Égypte, grâce à la main forte de HaShèM.
Ici, il y a un petit mot qui va s’avérer absolument essentiel : AUJOURD’HUI. « C’est AUJOURD’HUI que vous sortez ! », dit le v. 4. Et le v. 10 dira : « Tu observeras cette ordonnance d’année en année ». C’est donc chaque année qu’il faudra dire : « AUJOURD’HUI ». Et là, c’est génial, parce que c’est explicitement ce qui constitue ce qu’on appelle un MÉMORIAL. Le « Mémorial », ce n’est pas le souvenir de ce qui s’est passé autrefois, c’est la conscience que je vis AUJOURD’HUI, non seulement “de” ce qui a été vécu autrefois, mais que je vis CE QUI a été vécu autrefois. Quand un Juif contemporain vit la Semaine des Azymes, à chaque fois qu’il en mange, il redit : « C’est AUJOURD’HUI que je sors d’Égypte ! » Vous entendez ? Il y a donc toute une spiritualité de la libération derrière ce rite de la MaTsaH qui, pendant 7 jours, constitue un MÉMORIAL qui fait que, génération après génération, tout Juif, chaque année, sort d’Égypte pour servir HaShèM ! Du coup, au bout de 7 jours, on est prêt à célébrer la Pâque et à sortir d’Égypte !
Soit dit en passant, de ce point de vue, il n’est pas complètement idiot de se servir précisément d’un Azyme pour célébrer l’Eucharistie dans le rite catholique latin. Parce qu’à chaque communion, nous redisons : « AUJOURD’HUI, je VIS la Pâque avec le Christ qui me donne son Corps et son Sang, et je choisis de sortir de la prison du péché dans la puissance de sa Résurrection, pour une vie de LIBERTÉ. C’est la même idée de MÉMORIAL. L’Eucharistie est véritablement un MÉMORIAL, comme tout sacrement d’ailleurs.
Pour en rester à nos versets, en même temps, si on nous parle de part et d’autre du précepte de la consécration et du RACHAT des premiers-nés, c’est que la MaTsaH est aussi intimement associée à ce RACHAT ! C’est parce qu’ils ont été rachetés par HaShèM que la Pâque a pu être célébrée avant de pouvoir sortir. Et si on mange la MaTsaH AUJOURD’HUI, c’est encore parce que les premiers-nés sont AUJOURD’HUI encore rachetés par HaShèM ! Manière pur le peuple de faire mémoire que, s’il est sur la Terre Promise, il ne peux y demeurer que grâce au RACHAT des Premiers-nés opéré par HaShèM, et par eux, grâce au RACHAT de TOUT le peuple ! Ce qui oblige ce dernier à être fidèle s’il ne veut pas tout perdre ! Vous voyez, c’est très riche, parce que c’est tout ça qu’on se rappelle en mangeant la MaTsaH pendant 7 jours avant la Pâque proprement dite. Alors notons rapidement qu’au v. 4 toujours, on nous parle du mois d’AViV, mais c’est simplement une autre dénomination du mois de NISSÂN, sous l’angle agricole : c’est le mois où germent les épis.
Maintenant, est-ce qu’il suffit de manger la MaTsaH pendant 7 jours, sans rien expliquer ? Non. Il faut encore TRANSMETTRE le sens de ce mémorial de père en fils. C’est un commandement. Une MiTsVaH, c’est-à-dire une des 613 pratiques qui marque l’identité de tout Fils d’Israël. Et vous entendez comment fonctionne le mémorial : le père répond à son fils en disant : « Voici ce que le Seigneur a fait POUR MOI », ce qui signifie que c’est bien chaque génération qui doit se considérer ELLE-MÊME comme libérée d’Égypte AUJOURD’HUI par la puissance de la Main de HaShèM.
Bien. Au v. 9 à présent, vous avez l’origine de ce qu’on appelle les TéPhiLLîN — TePhiLaH, en hébreu, signifie « prière » —. C’est ce qu’on appelle en français les PHYLACTÈRES. Ce sont ces étuis que les juifs pieux portent maintenus sur le front et sur le bras pendant la prière des psaumes, grâce à des bandelettes de cuir savamment enroulées à même le corps. Les étuis contiennent les quatre passages de la Torah qui énoncent la MiTsVaH selon laquelle « cela te servira de signe sur ta main et de mémorial entre tes yeux ». C’est une manière de vivre concrètement l’idée selon laquelle la Torah du SEIGNEUR doit être non seulement un mémorial sur la main — ici, le rituel de la MaTsaH, mais plus largement toutes les œuvres prescrites par HaShèM — et un Signe sur le front — garder l’intelligence du mémorial — ; mais on nous dit en plus qu’elle doit être DANS LA BOUCHE. Relié à la MaTsaH, ça signifie donc que manger la MaTsaH, c’est manger la Torah ! On mange la Parole de HaShèM ! Vous retrouvez cette idée chez Ézéchiel lorsque, dans une vision, HaShèM lui demande de « manger » le rouleau de la Torah ! Mais là encore, ça rejoint, pour nous chrétiens, la pratique de l’Eucharistie ! C’est à partir du moment où la Chair et le sang du Christ, qui est la Parole, le VERBE de DIEU, sont DANS MA BOUCHE que je vais pouvoir à mon tour TRANSMETTRE, non pas seulement ce que je sais, mais CETTE PAROLE DONT JE ME NOURRIS. Ça, c’est de l’anthropologie de base, en acte. On n’est pas dans la théorie, dans les idées. On est dans la chair, et pour celui qui veut bien l’entendre, ça bouleverse une vie entière !
Ceci dit, on en vient, au v. 11, à la question du RACHAT, non seulement des premiers-nés mais plus généralement de tout ce qui concerne la vie de l’homme. Ici, il ne s’agit plus de HaShèM qui rachète, mais de l’homme qui RACHÈTE à HaShèM ce qui Lui revient de droit en tant que VEILLEUR de la vie et de la liberté du peuple (Ex 12,42). Les trois rachats concernent la vie nomade, puisque le peuple s’engage avec Moïse à partir au désert. Il n’est donc pas question des prémices des fruits de la terre ici.
1. – D’abord le « passage », c.-à-d. le sacrifice des premiers-nés du bétail = ce dont l’homme se nourrit. Ce sont les fameux PRÉMICES dont nous avons parlé dans la précédente vidéo. Ici, à proprement parler, on ne rachète rien à HaShèM : on lui rend ce qui Lui appartient sur le mode qui Lui convient. Si vous voulez, on fait passer l’animal à une dimension immatérielle par le feu, après l’avoir égorgée rituellement, c’est-à-dire après avoir recueilli méthodiquement son sang pour le répandre sur l’autel ; 2. – le RACHAT, par l’homme cette fois, des premiers-nés de l’âne. L’âne est un animal très important à l’époque : il représente les biens mobiliers de l’homme, et il est même une monture noble. On ne peut pas le sacrifier parce qu’il est impur, c’est-à-dire inapproprié aux sacrifices (Lv 11,3). Néanmoins, les premiers-nés de l’âne n’en appartiennent pas moins à HaShèM, donc il faut les Lui RACHETER, ce qui se fera par une tête de petit bétail qu’on offrira par mode de sacrifice de substitution. Qu’est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que si on ne veut pas le racheter, on ne pourra pas le garder ! Pourquoi ? Parce que tout ce qui est mien ne l’est que par la grâce de HaShèM ! Comme un cadeau. Les païens, eux, s’approprient le monde, mais pas un Fils d’Israël. Autrement dit, tout ce que je refuse de recevoir de HaShèM m’est retiré. Si je suis Fils d’Israël, je ne suis pas un profiteur : vous voyez : mon appartenance au peuple élu m’oblige à toujours me remettre dans une attitude de réception, qui fait de moi un gérant des biens de HaShèM. Prenez la parabole des talents, elle ne fait qu’expliciter cette même attitude spirituelle fondamentale : le serviteur qui refuse de faire fructifier le bien qu’il reçoit du Maître se verra enlever, même ce qu’il a (Mt 25,29). C’est la même dynamique. — ; 3. – enfin, le RACHAT à HaShèM des premiers-nés de l’homme lui-même, on n’y revient pas. La dernière vidéo était suffisamment longue sur le sujet.
Et donc, les 7 jours où l’on mange la MaTsaH rappelle tout ça à la fois, c’est-à-dire que TOUT ce que l’on est, TOUT ce que l’on a et TOUT ce dont on se nourrit procède du DON de HaShèM, non pas seulement du seul fait qu’il soit le Créateur, mais du fait qu’il est le SAUVEUR d’Israël. Pour le dire d’une manière plus contemporaine, HaShèM ne fait pas prévaloir un droit de Majesté : Il s’est engagé pour sauver son peuple, et c’est cet engagement dans l’Alliance qui oblige l’homme, par ces RACHATS, à s’engager à son tour pour bénéficier de la Bénédiction et de la Libération. De ce point de vue, l’Eucharistie chrétienne ne dit pas autre chose ! Elle renvoie à la grande célébration de Pâques qui nous rappelle que tout ce que nous sommes, tout ce que nous possédons puise sa légitimité dans la mort et la résurrection du Christ, qui est L’acte libérateur par excellence de tout homme qui se reçoit du Christ SAUVEUR.
Maintenant, il faut à nouveau poser des mots sur cette mémoire. Car si le rite est avant tout charnel, c’est pour LIBÉRER UNE PAROLE qui soit une parole de transmission. Comment cette transmission va-t-elle se construire ? De la même manière que pour la MaTsaH : selon le principe de la QUESTION du fils à son père. Non pas une question en l’air, mais une question SUSCITÉE par le rituel. Et là encore, c’est génial : il ne s’agit jamais d’expliquer le rite avant de le vivre — ça, c’est le mode d’enseignement par l’intellect : on veut comprendre avant de faire. Or c’est l’inverse qui est efficace : on n’explique pas le rite avant de le faire. On le FAIT ; et le rite en lui-même INTERROGE : il suscite une émotion, donc une question. C’est de l’initiation de base, et c’est profondément anthropologique. C’est une manière géniale, inspirée, d’enraciner le sens de la Délivrance qui est en train de se vivre, pour qu’elle constitue le fondement de la vie de chaque génération.
Et voilà qu’à nouveau, au v. 16, on reparle des TéPhiLLîN qu’on avait évoqués au v. 9. Manière de dire que à tout cet ensemble concernant le RACHAT renvoie cette pratique, pour le coup quotidienne. Enrouler ces bandes de cuir et attacher tout contre soi ces étuis, c’est profondément engager, chaque jour, toute sa personne, attachée littéralement à la Torah de HaShèM, dans la sortie d’Égypte et dans la conscience que cette libération est le fruit d’un RACHAT complètement immérité — les chrétiens parleraient ici de GRÂCE —, mais qui n’en convoque pas moins le Peuple à marcher coûte que coûte dans les pas de HaShèM, le DIEU SAUVEUR.
Donc à présent, tout est en place pour prendre la route vers la Mer… Nous verrons cela la prochaine fois.
Je vous souhaite une bonne lecture.
Je vous remercie.