Nous assistons à la fondation d'un peuple nouveau. Pour cela, il faut donner à ce peuple les rituels qui marqueront dans sa chair la mémoire de sa création et de sa libération. D'abord, le rituel de la Pâque.
Transcription du texte de la vidéo : Tous droits réservés.Citation : mentionner : © Père Alain Dumont, La Bible en Tutoriel, http://www.bible-tutoriel.com/ + titre de l'article______________________________________________________________Bonjour,
Vous avez compris, avec ce ch. 12 de l’Exode, que l’HISTOIRE SAINTE commence pour le peuple des Fils d’Israël. Non qu’elle n’ait pas déjà commencé, mais jusqu’alors c’était les « temps patriarcaux » : on suivait des figures particulières : Abraham, Isaac, Jacob, Joseph, mais à présent, tout s’organise véritablement avec Moïse autour d’un patrimoine COMMUNAUTAIRE afin que le SEIGNEUR ouvre le temps de la Délivrance ; une Délivrance qui est encore en cours aujourd’hui, 3 000 ans plus tard, et que le Christ Jésus est venu sceller dans sa propre Pâque.
Reste que cette Histoire a maintenant besoin de fondements, et ces fondements, on l’a dit dans la dernière vidéo, sont avant tout rituels parce que ce sont des fondements CHARNELS. Ça, je crois qu’on peut dire que Moïse le tient de sa culture en tant que Grand Administrateur d’un Sanctuaire où l’on connaissait mieux que tout autre l’importance du rituel, à la fois, pour fédérer une lignée — les fils de Héby-Lévy — et pour y accrocher une mémoire ancestrale. Tout le travail, colossal, de Moïse ; tout son génie, inspiré désormais par HaShèM, va être de transmettre au peuple élu un sens définitif à ce qui était vécu jusqu’alors seulement comme en germe. Le rituel qu’il met en place est le rituel de la RÉDEMPTION, du RACHAT, de la DÉLIVRANCE qui va devenir le CREDO du peuple de DIEU pour toutes les générations à venir. Alors que jusqu’à maintenant, depuis environ 350 ans, les Fils d’Israël s’étaient comme émiettés au milieu de l’Égypte, le temps est venu à présent de ressaisir ce peuple et de lui donner son identité.
D’abord, notons un changement radical qui s’opère vis-à-vis de l’Égypte : le rituel proposé est FAMILIAL. Ça, ça semble vraiment neuf. Et c’est assez génial parce qu’on assiste là à une formidable entreprise de reconstitution des cadres sociaux et mentaux des Fils d’Israël. Ce rituel va les inciter à sortir de leur situation d’esclaves pour vivre dans la clarté d’une âme enfin retrouvée. Par là, on apprend qu’il est impossible de constituer un peuple sans passer par la cellule fondamentale qu’est la famille. C’est formidable ! Et ça ferme le clapet à toutes les idéologies totalitaires qui voudraient fonctionnaliser un peuple à partir de principes purement abstraits, fut-ce celui de « fraternité ». Et que cette cellule familiale soit redonnée à elle-même à travers un REPAS rituel est non moins génial : parce que le repas n’est pas seulement un moment d’alimentation. Le repas est le lieu où se tissent des liens charnels entre les convives ; c’est le lieu et le moment où se construit une mémoire qui s’inscrit en chacun comme un patrimoine commun. Or ce patrimoine, ici, n’est rien de moins que l’événement de la libération, de la délivrance qui s’inscrit comme le fondement de l’identité du peuple des Fils d’Israël. Une identité qui, 3 000 ans plus tard, ne s’est pas démentie.
Deuxième point : le Rituel de ce repas est SACRIFICIEL. C’est un peu difficile à comprendre pour nous qui sommes très marqués par nos racines idolâtres. Dans le culte des idoles, le sacrifice n’est pas vécu comme un lieu de construction communautaire, mais comme un moyen d’établir un lien entre la divinité et ceux qui offrent le sacrifice. Rien à voir avec ce qu’institue Moïse ici. Pour Moïse, le sacrifice — à commencer par le sacrifice pascal — a valeur de SIGNE. Vous vous rappelez : le SIGNE, c’est le OTh, ce qui ouvre le sens qu’il faut discerner derrière les apparences ; ce qui ouvre au mystère de DIEU. Or c’est précisément ce SIGNE, ce OTh, qui fait la spécificité du sacrifice pascal et qui construit l’unité de la mémoire communautaire des Fils d’Israël.
Pour comprendre, il faut revenir à Abraham et au sacrifice de l’Alliance, en Gn 15. DIEU dit à Abraham : « Prends POUR MOI une génisse, une chèvre et un bélier » et il lui intime de les « trancher » par le milieu. Et alors que la torpeur prend Abraham, celui-ci voit DIEU passer entre les parts, signifiant par là qu’Il « tranche » une Alliance entre Lui, le patriarche et sa descendance — en hébreu : KaRaT BéRiT : conclure une Alliance se dit TRANCHER une alliance comme on dit qu’une affaire est TRANCHÉE : on ne revient pas dessus —. Reste Abraham, lui, ne passe pas, alors que dans ce genre d’affaire, les deux parties passent entre les parts d’animaux pour signifier que l’une et l’autre s’engagent dans le contrat à la vie, à la mort. Or ici, seul DIEU s’engage. Comme s’il est trop tôt pour qu’Abraham s’engage, dans la mesure où cette Alliance se révélera être le gage d’une Délivrance. Ce qui ne sera dévoilé qu’avec Moïse.
Alors quand vous lisez Ex 12,3, littéralement, HaShèM demande qu’ils « prennent POUR EUX — avec Abraham, DIEU avait dit : « Prends POUR MOI », alors qu’ici, il dit : « qu’ils prennent POUR EUX une tête de petit bétail ». Et donc là, le peuple apporte « POUR EUX » les animaux par lesquels ils vont à leur tour entrer dans l’Alliance avec HaShèM. Le temps est venu pour eux, avec Moïse, en tant que descendance d’Abraham, de vraiment prendre part à l’Alliance tranchée avec le premier des Patriarches. C’est comme ça qu’on peut comprendre l’expression : la « maison paternelle » littéralement, la « maison des pères ». Le peuple s’inscrit résolument dans une dynamique de filiation, qui remonte à Abraham, et donc à l’Alliance que DIEU a tranchée avec lui et sa descendance.
Et c’est là où ce repas pascal, sacrificiel, se révèle comme un SIGNE ! L’Alliance devient bilatérale — non pas au sens où les deux parties seraient égales, puisqu’entre DIEU et l’homme, l’abyme est infini, mais au sens où l’une et l’autre s’engagent librement dans cette Alliance —. Et c’est alors de l’intérieur de cette Alliance que peut s’opérer la Rédemption, le RACHAT en vue de la Délivrance. Par l’Alliance, DIEU et son peuple, pour ainsi dire, sont désormais librement liés l’un et l’autre, à la vie, à la mort.
Bref. Alors, concrètement parlant, Moïse dit : « Prenez POUR VOUS une tête de petit bétail par maison des pères », qu’on précise au v. 5 comme étant soit un agneau, soit un chevreau. Il est difficile de dire si l’agneau, en soi, a déjà un sens symbolique particulier. Ça viendra avec le temps, mais pour l’heure, c’est un peu tôt. À tout le moins, à chaque famille de s’en procurer un et de le mettre à part, nous dit-on, pendant 4 jours. La tradition associe le chiffre 4 à la pauvreté, ce qui signifie que ces 4 jours de mise à part témoignent que l’agneau N’APPARTIENT PLUS à la famille qui le choisit : il est pour ainsi dire déjà « l’agneau de DIEU ». Il est en ce sens remarquable qu’entre l’entrée de Jésus à Jérusalem et le jeudi de l’entrée dans sa Passion, on compte précisément 4 jours… peut-être dans le même ordre d’idée : Jésus échappe à la mainmise des hommes pour n’appartenir qu’à son Père…
Mais revenons au texte. Comprenons bien : la Pâque n’est pas un rituel avec « de l’agneau », un gigot par-ci, des côtes par-là, etc. La Pâque s’organise avec « un agneau » ENTIER par maison. Voire pour plusieurs maisons qui se rassemblent pour un seul repas, parce qu’un agneau d’un an, ça fait déjà dans les 15 à 20 kg de viande ! ce qui fait déjà du bon repas ! À 250gr de viande par personne — ce qui n’est déjà pas si mal —, ça vous réunit une soixantaine de personnes, dont on vous dit en plus qu’ils vont devoir manger à la hâte, le bâton en main parce qu’on est sur le départ ! Bon, en même temps, le concept de famille est très large à cette époque : ce ne sont pas seulement deux parents avec trois Playmobil qui courent dans les pattes. Il y a le père, les fils, les gendres, les fils de ses fils, les oncles, les cousins, etc. De sorte que rapidement, la famille compte un grand nombre de membres.
Mais justement : qu’est-ce qui fait l’unité de toute cette smala ? C’est l’AGNEAU UNIQUE, l’Agneau de DIEU qu’elle partage. Et autour ce cet unique agneau, c’est une seule et unique histoire de Délivrance qui commence, que chaque famille vit pour elle comme une entrée dans l’Alliance d’Abraham. Non pas chacun individuellement, mais EN FAMILLE, soudée par une même mémoire de libération. Mais ce n’est pas non plus chaque famille individuellement ! On nous dit que le peuple procède à un unique abattage, opéré par « l’assemblée entière de la communauté des Fils d’Israël ». Voilà le PEUPLE, UNIQUE à son tour ! On peut déjà ici reconnaître le peuple À PART, le livre du Lévitique parlera du PEUPLE SAINT. SAINT voulant dire, non pas parfait, mais À PART, différent, AUTRE. Qui procède à ces immolations ? Ce n’est pas précisé ici ; le clergé n’est pas encore officiellement consacré — ça viendra bien plus tard, au ch. 29. Néanmoins, vu que les fils de Heby-Lévy forment vraiment la colonne vertébrale de cette assemblée, il y a bien des chances que ce soit déjà des prêtres lévites qui s’attellent à la tâche, dans le droit fil de la tradition du Sanctuaire de Joseph-Aménophis vieille de plus de trois siècles.
Une mention est encore intéressante — vous voyez : on va doucement pour vraiment savourer la précision du récit — : l’immolation, nous dit-on, est faite « entre les deux soirs », ce qui n’est pas sans rappeler, là encore, le crépuscule au cours duquel DIEU a conclu l’Alliance avec Abraham (Gn 15). Quant au sang, il ne coule pas sur le sol — ce qui est sage : vous imaginez l’hystérie que provoquerait ce flot de sang versé à terre ! —. On nous dit qu’il est RECUEILLI pour être apposé sur les linteaux et sur les poteaux des portes d’entrée des maisons. Pourquoi ? Parce que ce sang recueilli n’est pas un signe de mort : c’est un signe de VIE. Le sang répandu à terre est un signe de mort, mais le sang recueilli pour être soit posé sur les linteaux, soit versé sur l’autel, c’est au contraire le signe d’une VIE qui est comme rendue à DIEU, cultuellement.
Or précisément, parce que le sang recueilli et apposé sur les linteaux est un signe de VIE, HaShèM ne peut qu’en tenir compte. Dans la nuit où Il va passer, le sang opérera donc sa fonction de SIGNE, comme le dit très clairement le v. 13. Vous voyez ? Le rituel, la liturgie, ici, est plus qu’un simple culte où il faut faire telle chose, puis telle autre pour “contenter” la divinité : cette liturgie est tout entière tournée vers le SALUT, vers la VIE. Et pour cela, elle se sert du langage de la CHAIR : chaque geste devient alors un SIGNE qui, de l’intérieur de l’Alliance, est reconnu À LA FOIS par l’homme et par HaShèM. Et on verra plus tard, précisément, toute cette liturgie être MISE EN PAROLE, de sorte que ce SIGNE puisse être transmis de génération en générations, comme le demande le v. 14.
Terminons sur cette phrase du SEIGNEUR : « Je frapperai les premiers-nés de l’Égypte et je ferai justice aux dieux de l’Égypte. » Évidemment, ça n’a rien de drôle, mais attention aux lectures émotives, et surtout aux lectures faites les fesses trop bien calées sur une chaise et se permettant de prendre les choses de haut. Les événements qui nous sont rapportés n’ont pas été écrits sagement sur une table de romancier : c’est un drame réel. Les frappes qui ont précédé ont manifesté l’enfermement mortifère et meurtrier de Pharaon qui l’a conduit au bout de sa logique, au COMBLE du mal. Or atteindre le comble du mal, c’est refuser que s’exerce la miséricorde de DIEU et c’est donc laisser le champ libre à la stricte justice. Et la stricte justice, je vous rappelle, c’est que le mal que Pharaon a commis lui retombe dessus, avec la même énergie dont il avait voulu s’en faire le bras armé, au nom de AMÔN et des dieux de l’Égypte contre qui la justice du DIEU Sauveur se prononce implacablement. Sauf pour ceux qui mettent leur foi en HaShèM, dans le DIEU de l’Alliance, le DIEU de Moïse. Ceux-là ne sont pas seulement protégés par Lui, mais RACHETÉS, ce qui est très différent.
Nous verrons encore cela en poursuivant notre étude la prochaine fois.
Je vous souhaite une bonne lecture.
Je vous remercie.
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