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13-01-2015

Thème 2 - Petit résumé d'histoire de l'Égypte Antique (2/2)

par : Père Alain Dumont
Suite des rappels de l'histoire de l'Égypte antique :
4. Les dieux de l'Égypte.
Duration:18 minutes 8 secondes
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Transcription du texte de la vidéo :

(Voir la vidéo : http://www.bible-tutoriel.com/petit-resume-d-histoire-de-l-egypte-antique-partie-2.html )

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Pour une citation, mentionner : © Père Alain Dumont, La Bible en Tutorielhttp://www.bible-tutoriel.com/  + titre de l'article

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Bonjour.

Nous entamons donc le second volet de notre tour d’horizon, infiniment trop rapide, de la culture égyptienne dans l’Antiquité. Nous allons à présent tenter de nous y retrouver dans le Panthéon des dieux égyptiens. L’exercice est difficile, parce que la religion égyptienne a perduré pendant près de 3000 ans, et a donc évolué pendant cette longue période.

La première chose que l’on peut dire, c’est que les divinités égyptiennes symbolisent les différents aspects de la vie quotidienne des Egyptiens de l’Antiquité : la vie, la mort, le cycle du Nil, l’agriculture, l’alternance du jour et de la nuit… Souvent, les dieux s’incarnent sous forme d'animaux : on a là l’héritage des religions totémiques tribales. Mais en même temps, ils ont aussi beaucoup de choses en commun avec les hommes : les dieux naissent, ils vieillissent et ils meurent ; ils ont un corps qu'il faut donc nourrir ; ils ont un nom, des sentiments. Mais ils se différencient par leur nature exceptionnelle : leur corps peut se transformer, quand les larmes coulent, on verra qu’elle peuvent donner naissance à de nouvelles créatures, et surtout, les dieux peuvent mourir et revenir à la vie…

Les fondements de la religion égyptienne remonte au moins à 6000 ans avant JC. Elle s’est donc forgée petit à petit, de ville en ville, de clan en clans. Un des plus anciens dieux est HORUS. La tradition enseigne que HORUS régnait primitivement sur la terre d’Égypte, mais qu’il s’est retiré et en a confié la gestion aux Pharaons. Ceux-ci sont donc responsables du gouvernement devant HORUS, et plus généralement avec l’ensemble des divinités avec qui ils entretiennent une relation cultuelle essentielle.

Et c’est là un premier point très important : la religion égyptienne antique n’est pas un simple système de “croyances”, de “spiritualité”, comme on dit aujourd’hui. Elle est fondée sur le CULTE. Or le culte égyptien signifie bien plus qu'une pratique religieuse : il touche au maintien symbolique de la création. C’est la raison pour laquelle l’Égypte multiplie les lieux de culte : les temples représentent le cosmos à une échelle réduite. Chaque élément du temple représente un élément de la géographie de l'univers.

Dès lors, quand on nous dit que TOUTHMOSIS III, par exemple, bâtit des temples un peu partout, c’est précisément parce que le Pharaon a la lourde responsabilité de conserver l’harmonie du monde. Pour cela, il doit s'assurer du concours des dieux, et c’est dans ce but qu’il va construire les temples : pour que les dieux puissent l'aider dans sa tâche. En nourrissant la puissance du divin par les offrandes et les sacrifices, le Pharaon sait que le dieu aura la force nécessaire pour maintenir les cycles de vie, comme la renaissance du soleil chaque jour avec le culte de RÊ-ATOUM ; le retour annuel de la crue du Nil avec le culte de KHNOUM ; etc. Si les rites, avec les sacrifices, les prières, etc. sont bien accomplis, en retour, le dieu donnera au Pharaon la santé et la force de bien gouverner le pays. Mais si la force du divin n'est pas entretenue, il y  a rupture de l'équilibre et l'univers peut retourner au chaos d'avant la création.

Vous voyez que sans le lien entre Pharaon et les dieux dans le temple, la vie n'est pas possible en Egypte. Et c’est la raison pour laquelle le Pharaon y est vénéré avec une telle ferveur. Et cela vous explique pourquoi TOUTHMOSIS III tient tant à bâtir et restaurer les Temples de l’empire ! Ce n’est pas qu’il ne s’occupe pas du peuple : bien au contraire ! En multipliant les constructions et en encourageant le culte, il conforte l’harmonie, la stabilité et la puissance de tout le pays qu’il a en charge de gouverner avec l’aide des dieux !

Et c’est exactement, mutatis mutandi, en changeant ce qui doit l’être, ce que nous retrouverons dans le culte organisé par MOÏSE ! Qu’est-ce qu’offrir un sacrifice pour un Fils d’Israël ? Non pas “nourrir la divinité”, mais reconstituer un petit “cosmos” en miniature, avec les 4 éléments que sont le minéral (l’autel), le végétal (le bois pour le feu), et l’animal. Et tout cela est consommé par le feu qui signifie que l’offrande terrestre, en étant ainsi vouée à DIEU, contribue à la stabilité du monde créé, raison pour laquelle DIEU, le DIEU de l’Alliance, agrée ce sacrifice et en retour, confirme l’élection du peuple pour soutenir sa mission dans le monde : être le témoin du nom du DIEU vivant à la face des nations. Les juifs qui envisagent aujourd’hui la construction du 3e Temple à Jérusalem sont complètement dans cette dynamique. Quand les sacrifices reprendront sur l’Esplanade, l’harmonie du monde sera retrouvée et la paix pourra s’installer de façon à ce que la Torah puisse être scrutée et apporter la lumière de DIEU dans le monde entier.

Pour les chrétiens, cette harmonie a déjà été apportée par le Christ qui ne peut s’offrir en sacrifice que, précisément, parce qu’il est DIEU fait homme. En tant que DIEU, il est à la source des commandements. En tant qu’homme, il obéit parfaitement aux Commandements de DIEU. Mais l’expression n’est pas que morale : elle est aussi cultuelle. Jésus, dit l’épître aux Hébreux, est le Grand Prêtre chargé des péchés du monde et qui franchit le rideau du Saint des Saints pour entrer dans l’éternité et planter une ancre à laquelle nous sommes tous amarrés si nous voulons bien nous attacher à Lui… C’est ainsi que le projet de DIEU est accompli et que la paix, la vraie, la paix intérieure qu’on pourrait appeler l’harmonie retrouvée entre DIEU et les hommes, vient dans le monde. Vous voyez qu’on reste là dans la dynamique cultuelle impulsée voici plus de 5000 ans, par la civilisation Égyptienne, peu à peu purifié de toutes les scories idolâtres pour aboutir d’une part à la Torah, puis au Christ Jésus et à l’Église qui n’est rien si elle n’est pas d’abord cultuelle. La vie chrétienne part de l’autel et de l’Eucharistie qu’on célèbre sur lui. Cela fait drôle de dire les choses ainsi, mais c’est pourtant la clef de tout !

Bref. Restons-en à la religion égyptienne : elle est donc d’abord et avant tout un CULTE, un culte fondé sur l’observation simple du cycle de la vie et de la mort, concernant avant tout deux éléments essentiels de l’existence égyptienne : l’eau vivifiante, avec le Nil, et le soleil.

D’abord, les égyptiens se sont posé la question de la naissance du monde. Et pour cela, ils observent leur environnement : le Nil avec ses crues annuelles et le désert. À partir de là, ils élaborent différentes histoires racontant la création, mais qui commencent toutes au même endroit : le NOUN, c’est-à-dire l’étendue d’eau primordiale. Selon cette tradition, « au commencement » pourrait-on dire, Il n’y avait rien d’autre que de l’eau, formant un univers immobile et obscur. C’est le Tohu va Bohu de la Bible. Il y a à partir de là en gros quatre histoires principales, selon que vous habitez HELIOPOLIS et MEMPHIS dans le Nord ; HERMOPOLIS plus au sud, et ÉLÉPHANTINE, carrément au niveau de la première cataracte du Nil.

À HÉLIOPOLIS, on nous raconte que du NOUN primordial émerge un dieu, le Soleil, qui prend le nom de ATOUM. Dès qu’il a jailli de cet océan, il envoie son souffle brûlant qui assèche la première bute de terre sur laquelle il se pose et à partir duquel il va créer l’univers où vivront les dieux, les hommes et tous les êtres vivants. On retrouve cette notion avec le Mont Moryah de la Bible, où DIEU, dans la tradition juive orale, a commencé la création. Ce Mont n’est rien de moins que le Mont du Temple à Jérusalem, le LIEU, Ha MaKôM, par excellence, d’où tout a commencé selon la tradition rabbinique. Ce qui vous explique pourquoi cet endroit est tellement sacré à leurs yeux.

ATOUM, donc, de ce lieu, crache ou éjacule — que voulez-vous, c’est du concret ! — et fait naître deux dieux : SHOU, c’est-à-dire l’air ; et sa sœur TEFNOUT, la chaleur du soleil. Et ces deux-là se marient. Et voilà qu’un jour, ATOUM croit avoir perdu ses enfants qui sont pourtant simplement allés se promener, et quand il les retrouve, il pleure de joie de telle sorte que ses larmes se transforment en hommes.

Donc le Soleil est premier. Il est si important qu’il va prendre des dizaines de noms et d’aspects. Toujours à HÉLIOPOLIS, il est appelé RÊ / RÂ. Et dès la IIe dynastie, on va le combiner à ATOUM, de sorte que le grand dieu qu’on vénère à HÉLIOPOLIS devient RÊ-ATOUM. En fait, les noms du dieu soleil varient  selon les lieux, mais  l’histoire est partout la même : chaque jour il renaît le matin et meurt le soir. Le matin, le soleil naissant prend la forme du scarabée KÉPHRI; le midi, quand il est au zénith, il prend la forme du puissant dieu RÊ-HORAKHTII à la tête de faucon; le soir, vieillissant, il prend la forme du dieu ATOUM, un vieillard à tête de bélier. Comment voyage-t-il ? Sur une barque solaire. Et la nuit, le Soleil, qui a maintenant une tête de bélier, parcourt sur sa barque le séjour souterrain des morts. C’est alors THOT, le dieu Lune, qui le remplace dans le ciel. Mais alors que le cœur de la nuit approche, le dieu serpent APOPHIS se dresse contre la barque, mais un autre serpent, MÉHEN, protège le dieu soleil. Une sorte de combat titanesque se déroule donc chaque nuit, et même, parfois, APOPHIS semble sur le point de gagner : lors des éclipses du soleil… Mais c’est aussi sans compter sur les sacrifices offerts par les prêtres de ATOUM-RÊ, qui soutiennent le dieu dans son combat dont il ressort chaque jour victorieux !

Bon. La création continue : SHOU et TEFNOUT donne naissance à GEB, la terre, et à son épouse NOUT, le ciel. Eux mêmes vont avoir 2 garçons : OSIRIS et SETH ; et 2 filles : ISIS et NEPHTYS. OSIRIS hérite des terres fertiles du Nord ; SETH hérite des terres arides du Sud ; ISIS et NEPHTYS, elles, aident à la renaissance des morts.

Tout n’est pas rose cependant dans la famille, puisque SETH, jaloux de son frère, le tue et le découpe en 16 morceaux — je vous le fais en très rapide ! —. Mais ISIS retrouve les morceaux, et avec ANUBIS, le dieu de la momification, un des plus anciens dieux du panthéon égyptien, elle reconstitue le corps d’OSIRIS qu’elle entoure de bandelettes — d’où la représentation d’OSIRIS. ISIS et NEPHTYS soufflent sur lui, et le dieu revient à la vie, mais… il reste désormais dans le royaume des morts. Voilà comment la mort est donc entrée dans le monde : par la faute de SETH qui tue son frère par jalousie… Ça devrait vous rappeler quelque chose…

Reste qu’OSIRIS et ISIS enfantent un nouveau fils : HORUS, le dieu à tête de faucon lui aussi. ISIS va le cacher de SETH dans les papyrus du Delta du Nil. Il grandit, se fortifie et, une fois adulte, vient réclamer à son oncle l’héritage que ce dernier a volé de son père. Commencent alors d’interminables querelles dont je vous passe les détails (ils s’arrachent les yeux, les organes génitaux) dont HORUS sort toujours vainqueur. C’est un peu Narnia à la sauce égyptienne, si vous voulez. Voilà, c’est ce qu’on appelle l’ENNÉADE — 9 dieux — de HÉLIOPOLIS.

Maintenant, si vous habitez MEMPHIS, on y vénère PTAH, le dieu de la Terre : il est le fameux monticule qui surgit du NOUN, au commencement de la création. C’est lui qui façonne le monde par la puissance de sa pensée : d’ailleurs, il ne peut pas faire autrement : tout son corps est gainé dans un linceul. Il imagine le ciel, les végétaux, les animaux et les hommes ; puis il prononce leur nom, et ils sont créés… Tiens, là aussi, ça devrait vous rappeler quelque chose. Là encore, vous avez toute une kyrielle de dieux.

On vous racontera une autre histoire si vous habitez un peu plus au sud, à HERMOPOLIS où l’on vénère THOT, le dieu de l’Écriture, avec SÉSHAT, sa partenaire, la patronne des scribes et gardienne des bibliothèques des temples.

Si vous descendez dans le Sud, jusqu’à à ÉLÉPHANTINE, c’est alors le dieu KHNOUM qui est à l’honneur. C’est aussi l’un des dieux les plus ancien de tout le Panthéon égyptien. KHNOUM, c’est le dieu potier qui a créé le monde avec de la glaise, et avec l’argile rouge du Nil, il a façonné les hommes. Il est le gardien de la première cataracte du Nil : c’est lui qui décide si oui ou non il y aura une crue estivale. Donc mieux vaut être en bon accord avec lui ! Il forme avec SATET et ANKET, non plus une ennéade mais la triade d’Éléphantine.

Et puis il y a THEBES, au centre de l’Égypte. Là, vous avez un dieu qui restera totalement inconnu de l’Ancien Empire, AMÔN. Celui-ci fera surface lorsque les Pharaons de la XVIIIe dynastie, qui viennent de Thèbes, réunifieront l’Égypte sous son égide. Le problème, c’est que lui n’a pas d’histoire propre. Donc on va l’associer à ATOUM-RÊ et à l’ennéade de HELIOPOLIS : il devient AMÔN-RÊ, protecteur attitré de la maison royale.et le chef de tout le Panthéon égyptien. Son temple, à KARNAK, devient le plus riche du pays, au point que sous Ramsès III, on comptait plus de 80 000 personnes au service de ce Temple. Sa coiffure est surmontée de deux plumes qui rappellent son caractère céleste. Il est marié à MOUT, qui est pleine de douceur, mais qui peut aussi se déchaîner comme une lionne. Ils enfantent KHONSOU, le dieu de la lune qui compte le temps de vie des hommes. Si vous êtes malade, c’est lui qu’il faut implorer.

On pourrait parler de SOBEK, le dieu crocodile qui règne sur le Nil ; on pourrait parler de BÈS, de THOUÉRIS, de AMSET, de HÂPI, et de combien d’autres dieux encore, puisqu’on en compte environ 740.

Bref. Vous voyez, ce n’est pas facile de s’y retrouver. Si en plus, vous essayez de les classer par représentation, certains dieux ont la même tête, comme HORUS, RÊ-HORAKHTY, MONTOU et KÉBEHSÉNOUF. Plusieurs portent le disque solaire, ou les deux plumes, ou la couronne des deux terres…

Toujours est-il qu’il n’est pas étonnant que, pendant la prestigieuse XVIIIe dynastie, sans doute sous l’impulsion de AMÉNOPHIS, FILS DE HAPOU, on essaie d’unifier tout ce panthéon sous l’égide d’un seul DIEU dont tous les autres, d’une certaine manière, sont un avatar. Le grand Scribe, lui, le vénère sous la forme de l’HORUS, KHENTII-KHATT-TII. Mais là où la sagesse de AMÉNOPHIS, FILS DE HAPOU, se garde bien de discréditer les dieux locaux, AKHÉNATÔN, lui, sera plus audacieux : il tentera d’imposer une sorte de MONOTHÉISME, avec un dieu tutélaire dont le nom associera AMÔN et RÊ-ATOUM sous le nom, cette fois, de ATÔN. Mais son règne sera trop court pour enraciner cette révolution religieuse qui bouleverse une tradition déjà plus que millénaire, et à sa mort, on se précipitera pour rétablir l’ancienne tradition autour de AMÔN.

Reste que cette idée d’un DIEU unique demeurera, mais ce sera à un autre peuple que sa révélation sera confiée. Un peuple qui s’inscrira dans la grande tradition de AMÉNOPHIS, FILS DE HAPOU, mené par un égyptien lui aussi d’origine sémite : un dénommé MOÏSE. Mais nous n’en sommes pas encore là.

J’espère que ce petit tour d’horizon, qui fait certainement offense à toutes les subtilités qui faisait la grandeur de ce culte polythéiste, ne vous aura pas trop perdu. Mais que voulez-vous, quand on lit la Bible, il est plus qu’utile de replonger dans la culture universelle, parce que l’Histoire Sainte n’émerge pas de rien. D’ailleurs, je l’ai évoqué quelques fois, on retrouvera dans la TORAH des reliquats de l’ancienne religion égyptienne, mais revisité par une expérience vraiment nouvelle : celle d’un DIEU véritablement unique qui ne fait pas que s’imposer à son peuple, mais qui le sauve, conclut avec lui une Alliance et inscrit en lui une espérance. On sort alors de toute la mythologie issue du Nil — encore qu’on en gardera certains aspects concernant notamment la création universelle —. Désormais, l’expérience fondatrice n’est plus celle des crues du fleuve, mais la traversée d’un désert en vue d’une Terre où coule le lait et le miel… Mais ça, c’est une autre histoire !

je vous remercie.

Suite des rappels de l'histoire de l'Égypte antique :
4. Les dieux de l'Égypte.