30-08-2017

[Nb] 18 - Enfin le départ !

Numbers 10:11-36 par : le père Alain Dumont
Ça y est ! C’est le départ ! la Nuée lumineuse se lève et le cœur des Fils d’Israël devient brûlant pour YHWH, le Dieu libérateur. Magnifique prière de Moïse à la fin du chapitre qui nous entraîne bien au-delà de ce qu’on pouvait imaginer…
Duration:17 minutes 58 secondes
Transcription du texte de la vidéo :
(Voir la vidéo : http://www.bible-tutoriel.com/message/nb-18-enfin-le-depart.html)
Tous droits réservés.
Citation : mentionner : © Père Alain Dumont, La Bible en Tutoriel, http://www.bible-tutoriel.com/ + titre de l'article
______________________________________________________________

Bonjour,

Voilà ! Tout est enfin en place pour entreprendre le grand pèlerinage qui devrait normalement acheminer les Fils d’Israël en Terre Promise ! C’est ce que nous raconte la suite du livre des Nombres au ch. 10 que nous avons ouvert lors de la vidéo précédente. Alors on retrouve encore une fois la détermination de la date : ça c’est caractéristique du rédacteur sacerdotal qui n’est vraiment à son aise qu’à partir du moment où tout est bien structuré : on est donc à présent toujours dans la deuxième année après la sortie d’Égypte — ce qui fait déjà un bon morceau de temps dans le désert —, au deuxième mois c’est-à-dire le mois où a eu lieu le recensement, après la célébration de la Pâque au cours du mois précédent comme l’a rappelé le ch. 9. On est le 20 du mois, dit le v. 11 et voilà que la Nuée s’élève : c’est le signal du départ jusqu’au désert de PaRâN. Alors c’est sûr que si on situe le Mont Horeb au HaR KaRKôM, ce que pour ma part j’aurais tendance à valider, on est déjà dans le désert de PaRâN. Bon, ceci dit, la géographie antique ne répond pas non plus exactement à nos cartes contemporaines, donc ce qu’on peut dire en tout cas, c’est que le peuple se dirige vers le Nord en direction de KaNa”aN.

En gros, l’ordre des tribus est celle du ch. 2, sous la conduite des mêmes autorités. Je dis en gros, parce que la place des LéVîiM est un peu plus compliquée. Au ch. 2, v. 17, il était entendu qu’ils partiraient tous ensemble après le deuxième bataillon, sauf qu’ici le récit tient compte des différentes familles et de leurs attributions respectives. Les Fils de GéRShON et ceux de MeRâRî partent après Juda pour emporter le MiShKâN de façon, dit le v. 21, que les Fils de QeHâT, les porteurs de l’Arche, entre autres, la trouve apprêtée à leur arrivée. On ne sait pas trop où sont passés les prêtres mais enfin, on sait d’après le ch. 4 qu’ils présidaient à tout ce mouvement. La lecture des v. 14 à 28 ne pose pas de difficulté, et même s’il est fait mention des armées, comme on traduit souvent en Français le terme TsâVâ‘, on a vu qu’en ce qui concerne son application aux Fils d’Israël, il signifie plutôt leur service, leur mission — c’est la raison pour laquelle je préfère traduire le Nom divin YHWH TsaVa‘oT non pas par Le Seigneur des armées comme on lit toujours mais par Le Seigneur des Missions : il y aurait beaucoup à penser à partir d’une telle traduction. Quoi qu’il en soit, redisons-le : ces versets doivent être entendus comme le récit d’une procession LITURGIQUE plus que comme une armée constituée en rangs de bataille. Une procession liturgique qui va en quelque sorte devenir l’âme de toutes les autres processions au moment de monter vers Jérusalem, y compris et même surtout au moment de REVENIR à Jérusalem après l’Exil à Babylone, voire même revenir à Jérusalem AUJOURD’HUI, faire sa “aLîYaH, sa Montée pour rejoindre enfin la Terre que YHWH a juré de donner aux Pères pour constituer « toute la Communauté d’Israël », vous vous souvenez : ce sont les fameux 603 550 recensés du ch. 2. C’est le sens du Ps 68 qu’on peut relire ici pour comprendre comment cet ébranlement est vécu de l’intérieur par ceux qui y participent :

« ÈLoHîM se lève et ses ennemis se dispersent — ça c’est directement une reprise du v. 35 de notre chapitre —, ses adversaires fuient devant sa Face.

Les justes sont en fête, ils exultent ;

devant la face de ÈLoHîM ils dansent de joie.

Chantez pour ÈLoHîM, jouez pour son Nom,

frayez la route à Celui qui chevauche les nuées.

Son Nom est YHWH ; dansez devant sa Face.

Père des orphelins, défenseur des veuves,

tel est ÈLoHîM dans sa sainte demeure.

À l'isolé, ÈLoHîM accorde une maison ;

aux captifs, il rend la liberté ;

mais les rebelles vont habiter les lieux arides.

ÈLoHîM, quand tu es sorti en avant de ton peuple,

quand tu as marché dans le désert, la terre a tremblé ;

les cieux mêmes ont fondu devant la face de ‘ÈLoHîM, l’ ÈLoHîM du Sinaï,

devant la face de ÈLoHîM, le ÈLoHîM d'Israël.

ÈLoHîM, on a vu ton cortège,

le cortège de mon ÈLoHîM, de mon roi dans le Temple :

en tête les chantres, les musiciens derrière,

parmi les jeunes filles frappant le tambourin.

Rassemblez-vous, bénissez ÈLoHîM ;

aux sources d'Israël, il y a le Seigneur !

Royaumes de la terre, chantez pour ÈLoHîM,

jouez pour ADoNaï,

Celui qui chevauche au plus haut des cieux, les cieux antiques.

Voici qu'Il élève la voix, une voix puissante ;

Rendez la puissance à ÈLoHîM.

Sur Israël, sa splendeur !

Dans la nuée, sa puissance !

Redoutable est ‘ÈLoHîM dans son temple saint, l’ ÈLoHîM d'Israël ;

c'est Lui qui donne à son peuple force et puissance. Béni soit ÈLoHîM ! » (Ps 68(67),2.4-9.25-27.33-36)

Bon, ce ne sont que des extraits, mais ils donnent bien l’esprit qui anime cette procession devant laquelle, si elles voulaient bien reconnaître l’élection d’Israël, toutes les nations devraient ouvrir la route ! On verra que les choses ne seront pas si simples et tous les extraits du Psaume que j’ai laissé sous silence font bien l’écho à l’opposition des nations voyant avancer Israël. On aura rapidement l’occasion d’y revenir.

Les v. 29 à 32 renouent alors avec le récit, dans un style deutéronomiste cette fois, pour nous parler des Madiânites qui étaient restés jusqu’alors avec les Fils d’Israël. C’est ce qu’avait précisé le livre de l’Exode au ch. 18. Moïse s’adresse à un certain H.oVâV, un des fils de son beau-père Ré“Ou‘éL, donc le beau-frère par alliance de Moïse. Alors dans vos bibles, on vous dit parfois qu’il est le beau-père de Moïse par assimilation à YéTRo, mais en fait on ne sait pas très bien dans la mesure où ailleurs, YéTRo est lui-même assimilé à Ré“Ou‘éL… Bon. quoi qu’il en soit, ça n’a pas beaucoup d’importance. Toujours est-il que H.oVâV apparaît pour la première fois ici ; on le retrouvera dans le livre des Juges où il est présenté comme appartenant au clan de QéYNî, une tribu du sud de KaNa“aN qui a toujours entretenu de bonnes relations avec les Fils d’Israël. Alors pour le coup, si le mont HoReV est situé dans le désert de PaRâN, on est vraiment pas loin des territoires de ces Qénites tout en étant sur le territoire Madiânite et là, le contexte est plus cohérent que la situation traditionnelle de l’HoRèV dans le sud du désert du SîNaY.

Alors que nous raconte ce petit segment ? Eh bien que H.oVâV refuse de reprendre la route avec Moïse : il préfère s’en retourner chez lui. On ne connaît pas la raison de ce refus : peut-être voulait-il tout simplement rentrer plus vite sans avoir à s’embarrasser de toute la horde des Fils d’Israël affublés de leurs femmes, leurs enfants, leurs troupeaux etc. mais quoi qu’il en soit, l’important à nouveau n’est pas là, mais bien, de part et d’autre du v. 30, dans l’affirmation par Moïse que PAR Israël, le peuple par excellence béni de YHWH, les bénédictions promises à H.oVâV lui adviendront, quoi qu’il décide. Ce qui veut dire qu’au moment d’aller à la rencontre des nations — et ça qu’il s’agisse de l’époque de Moïse, de celle du retour d’Exil ou de quelque génération que ce soit —, Israël se comprend avant tout comme peuple MÉDIATEUR des bénédictions annoncées aux nations, ce qui est une belle illustration de l’appel d’AVeRâHâM, en Gn 12 : « PAR TOI seront bénies toutes les nations de la terre. » (Gn 12,3). Ce qui éclaire de façon assez inattendue la véritable motivation de cette procession qui s’ébranle vers la Terre de la Promesse : l’objectif assigné par YHWH à Israël n’est pas de balayer les nations mais de leur faire bénéficier des bénédictions dont il est porteur de par l’élection. Reste que, sans pour autant devenir un ennemi d’Israël, H.oVâV, donc, décline l’alliance proposée par Moïse, sans doute parce qu’étant guidé par la Nuée, il considère que le peuple d’Israël n’avait plus besoin de guide — rappelons-nous dans le livre de l’Exode : Moïse avait demandé à YéTRo de les guider dans le désert : c’était sa raison d’être au milieu d’Israël. Ce qui veut dire qu’au moment d’arriver au terme du voyage, H.oVâV ne reconnaît pas pour son peuple de destinée particulière concernant une installation en KaNa“aN. Et puis c’est aussi une manière de montrer, rédactionnellement parlant, que si Israël parvient en Terre Promise, ça n’est pas sous la guidance des hommes mais bien sous celle de YHWH !

Toujours est-il qu’au v. 33 le cortège s’ébranle pour trois jours de marches sans escale — c’est-à-dire sans avoir à monter le MiShKâN. Ici, c’est un peu étrange sur deux points : d’une part, l’arche qui est nommée pour la première fois : « l’arche de l’Alliance », part littéralement « en face d’eux ». Souvent on traduit qu’elle précédait le peuple, sauf qu’on sait qu’elle est normalement au milieu du peuple en ordre de marche. Là, il faut sans doute sortir d’une description spatiale, un peu comme le psalmiste dit que sa faute est « toujours en face de lui » ; ici, l’arche est donc toujours en face du peuple, c’est-à-dire dans son cœur.

Alors pour terminer, voyons ces curieux versets 35 et 36 par lesquels se clôt le ch. 10. Si on comprend bien, à chaque fois que se lève la nuée, Moïse marque le départ et l’arrivée par une prière. D’ailleurs, c’est toujours la cette prière qui accompagne rituellement la sortie et la remise des rouleaux de la ToRaH dans l’arche à chaque office public à la synagogue aujourd’hui. Donc chaque fois que l’Arche se met en mouvement, Moïse implore la présence, la SheKhiNaH de YHWH à la tête du dispositif pour assurer la dispersion des ennemis ; et quand l’Arche marque un temps d’arrêt, Moïse supplie YHWH de revenir aux myriades des milliers d’Israël, dit le texte. Et là il y a quelque chose de formidable parce que ces deux petits versets nous montrent que rien n’est purement et simplement automatique : sous prétexte qu’on aurait fait tout dans les règles, on lancerait le dispositif et ça devrait rouler : YHWH se lève, le peuple se met en route ; YHWH se pose, le peuple plante la tente !  Sauf que ça, c’est du “fonctionnement”, c’est de la procédure anonyme, du rouage administratif dont rêvent toutes les idéologies totalitaires ! Le führer lève la main pour saluer : hop, tout le monde lève la main ! Le führer se lève : hop, tout le monde se lève ! Il rit : hop, tout le monde rit, etc. etc. Mais ça, c’est l’enfer !!! Que fait Moïse quand l’Arche part : il exprime le désir qui anime le peuple de pouvoir avancer sans heurt, paisiblement ; et quand l’Arche fait halte, il exprime le désir du peuple que YHWH demeure en son sein ! De sorte que YHWH ne valide pas ici un process despotique mais réponde au DÉSIR du peuple, à l’AMOUR du peuple pour son DIEU pourrait-on dire. Ce que le Deutéronome exaltera dans le grand commandement : « Tu AIMERAS YHWH de tout ton cœur, de toute ta NèPhèSh et de toute ta puissance ! » (Dt 6,5) Combien de fois les Psaumes invoqueront YHWH en disant : « Lève-toi ! » Et on aura les mêmes intonations dans le livre de l’Apocalypse : lorsque les âmes de ceux qui ont été égorgés pour leur foi implorent : « Jusques à quand, Maître Saint et véritable, ne jugeras-tu pas et ne vengeras-tu pas notre sang ? » (Ap 6,10) Et lorsqu’à la fin, quand tout est consommé, « L’Esprit et l’Épouse disent : Viens ! Et que celui qui écoute dise : Viens ! — Oui Je viens bientôt ! — Amen ! Viens Seigneur Jésus !» (Ap 22,17)  Vous voyez ? DIEU ne peut agir que s’il y a à la fois ce désir de sécurité et de proximité de DIEU, qui est le désir même de l’Épouse vis-à-vis de l’Époux.

Il y a une telle puissance d’amour dans ces versets du Livre des Nombres que la tradition juive voit dans ces quelques mots l’équivalent d’un livre entier ! Ce qui fait qu’en réalité, selon cette interprétation, le Livre des Nombre, le livre du MiDeBaR en contiendrait en réalité 3 : du ch. 1 au ch. 10, v. 34 ; les versets 35 et 36 du ch. 10 qui résument à eux seuls, comme une prophétie lapidaire, tout l’amour, l’espérance et la foi d’Israël pour YHWH ; et enfin le ch. 11 jusqu’au ch. 36, ce qui fait que la ToRaH, de ce point de vue, compte non pas 5 mais 7 Livres ! Tiens… 7 livres, comme les 7 branches de la MeNoRaH dont ‘AHaRoN devait faire monter la lumière il y a peu… Une lumière qui n’est donc pas autre que celle qui rayonne de la ToRaH, une ToRaH qui devient ici comme la MeNoRaH spirituelle qui demeure auprès de YHWH dans le Sanctuaire. Du coup, aujourd’hui encore, la ToRaH allume la flamme qui embrase le cœur de tout le peuple qui garde YHWH devant sa Face chaque jour ! Et c’est ce qui bouleversera les pèlerins d’Emmaüs quand Jésus ressuscité viendra à leur rencontre « Notre cœur n’était-il pas tout brûlant au-dedans de nous quand il nous parlait en chemin, quand il nous ouvrait les Écritures ? » (Lc 24,32) C’est toujours la même dynamique qui prend racine dans cette magnifique invocation de Moïse au centre du Livre des Nombres : « Lève-Toi, YHWH ! » Et quand l’invocation poursuit : « Que tes ennemis se dispersent ! », on la retrouve en substance dans la prière que nous, chrétiens, prononçons normalement au moins trois fois par jour : « Délivre-nous du mal ! » Délivre-nous du mal : non pas pour qu’on puisse s’endormir dans un confort douillet mais pour prendre la route vers la Jérusalem céleste ! Et là encore, l’AT vient à notre secours pour interpréter en vérité des paroles qui, sans lui, peuvent être comprises de manière complètement païenne, c’est-à-dire en définitive « Fais que je n’ai jamais mal et que je puisse me la couler douce sans inquiétude ! Que je reste un gamin avec mes caprices ! » Sauf que la vie, la vraie, c’est pas ça ! « Délivre-nous du mal », c’est rends-nous victorieux dans les épreuves, relève-nous quand nous tombons pour nous faire avancer sur la route de l’élection, sur la route de la Vie ! Alors là, oui : YHWH va ouvrir la marche ! C’est au point que tout autre prière qui ne se greffe par sur celle-ci ne s’adresseront jamais qu’à de vaines idoles qui non seulement ne nous délivreront d’aucun mal mais tout au contraire nous y plongeront !

Enfin voilà, je vous laisse sur ces quelques considérations. Prenez le temps de lire ce chapitre pour vous laisser saisir par cette liturgie d’espérance qu’il nous décrit : c’est vraiment un peuple fervent qui se met en branle à ce stade, même si la suite promet d’être un peu plus difficile que prévu, mais nous verrons ça la prochaine fois. Je vous remercie. 
______________________________________________________________