18-03-2020

Le Deutéronome : quand le dernier devient premier

par : le père Alain Dumont
Nous ouvrons le dernier livre de la TORâH, le DEUTÉRONOME, qui soulève aujourd’hui bien des énigmes aux historiens et aux archéologues. Mais ces énigmes ne doivent pas pour autant nous empêcher d’écouter ce que Moïse a à nous dire de la part de YHWH.
Transcription du texte de la vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=ui4-giUXxx0
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Citation : mentionner : © Père Alain Dumont, La Bible en Tutoriel, http://www.bible-tutoriel.com/ + titre de l'article
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Bonjour,

Nous ouvrons aujourd’hui un livre étonnant, non sans émotion puisqu’il s’agit du 5e et dernier livre de la TORâH : le Deutéronome. Alors déjà, que veut dire « Deutéronome » ? En fait, ce nom provient d’une expression qu’on trouve au ch. 17, v. 8 et qui parle de la MiSheNéH HaTTORâH, de la RÉPÉTITION, de la REPRISE de la TORâH imposée par HaShèM à tout Roi d’Israël : « Quand [le roi choisi par YHWH] siègera sur le trône de son Règne, il aura écrit pour lui une RÉPÉTITION de cette TORâH sur un rouleau » (Dt 17,18), ce que le grec traduira par : « Il écrira lui-même cette seconde Loi », τὸ δευτερονόμιον τοῦτο, to deutéronomion touto, ce qui a donné par translittération en français : DEUTÉRONOME.

Nos frères Juifs, eux, désignent le livre du même nom, la MiSheNéH HaTTORâH, mais ils parlent cependant plus volontiers du livre de DeVaRîM, le livre des PAROLES — sous entendu de Moïse — à partir cette fois des tout premiers mots du livre en hébreu : ‘éLLèH HaDDeVâRîM ‘aShèR DiBèR MoShèH, litt. : « Voici les Paroles qu’a parlées Moïse », ce qui veut bien dire ce que ça veut dire : le Deutéronome se présente comme un long discours DE MOÏSE à l’aube d’une nouvelle étape de l’existence des Fils d’Israël : à savoir leur entrée COMME PEUPLE CONSTITUÉ sur le sol de KaNa”aN.

Alors rappelons très rapidement la mémoire que mettent en récit les livres précédents, chacun à leur manière : la Genèse raconte qu’une famille nomades de 70 membres est descendue de KaNa“aN en Égypte — MiTzeRaYîM — (Gn 46,27) ; ce nombre évidemment symbolique désigne un clan entier dont le patriarche est connu sous le nom de Ya”aQoV. Or quand ils en reviendront 430 ans plus tard selon le décompte biblique, ce sera cette fois en tant que peuple constitué, uni par le don de la TORâH divine reçue au désert, au MiDeBaR, le fameux lieu d’où surgit la Parole vivante qui donne la vie, vous vous souvenez. Le fameux MiDeBaR compose le cadre des livre de l’Exode, du Lévitique et des Nombres. Pour le Deutéronome en revanche, c’est un peu différent.

D’abord, posons-nous la question : d’où sort ce cinquième livre qui se présente comme un long, un très long discours de Moïse ? Les autres, on sait à peu près : ils ont été écrits par les scribes exilés à Babylone, suivis de ceux de la période Perse. Pas à partir de rien évidemment : il y avait divers récits fondateurs, diverses pratiques dispersées dans les différents sanctuaires répartis au Nord sur le territoire d’Israël, et au Sud sur le territoire de Juda. Or précisément, il se trouve qu’à l’occasion des assauts de l’Assyrie contre Israël dès le dernier tiers du ixe siècle — assauts qui aboutiront à des déportations vers 730 —, toute une part de la population du royaume du Nord, et en particulier les notables, va peu à peu aller se réfugier dans le royaume du Sud, c’est-à-dire de Juda ; et ces notables descendent évidemment avec leurs récits fondateurs, avec leurs lois, leurs pratiques religieuses, etc. Autant de données qu’il va falloir intégrer dans le Royaume de Juda pour unifier les populations qui deviennent très disparates !

Alors maintenant, quand on parle de “notables“, il faut entendre principalement des KoHaNîM/prêtres et des LeWiYîM/Lévites ; même si, on va le voir, la distinction entre les deux n’est pas évidente à l’époque. Ce sont en tout cas eux qui gardaient et qui enseignaient les traditions liées aux différents sanctuaires dont ils avaient la charge en Israël ; des sanctuaires qui n’étaient rien de moins que la mémoire identitaire des différents clans qui leurs étaient affiliés.

Il ne faut pas non plus oublier toujours parmi les notables, les SCRIBES, parce que si l’invasion assyrienne a été violente — et on a des documents qui montrent que les Assyriens étaient particulièrement redoutés pour leur cruauté —, ils sont néanmoins arrivés avec leur alphabet araméen, à partir du viiie siècle ; un alphabet consonantique qui n’est ni plus ni moins à l’origine de l’alphabet hébreu. Certains exégètes vont jusqu’à dire que sans cette invasion assyrienne, la Bible n’existerait tout simplement pas… Comme quoi « à quelque chose malheur est bon », comme on dit. Donc avec cet alphabet, c’est vrai que le métier de SCRIBE s’est singulièrement déployé à partir de cette époque.

Par ailleurs, il ne faut pas oublier que tous ces notables descendent aussi dans le Royaume du Nord avec leurs traditions PROPHÉTIQUES. Certains prophètes du Nord sont tellement essentiels que la TORâH ne pourra pas ne pas s’en faire l’écho, on le verra. Je pense notamment à 'ÉliYâHOu/Élie — allez, maintenant vous commencez à avoir l’habitude, je vous dis les noms en hébreu —, à ‘ÈLîShâ“/Élisée, à “ÂMOS/Amos ou HOShé“a/Osée…

Toujours est-il qu’au moment où l’empire Assyrien tombe en déclin, à la fin du viie siècle, Juda est devenue la tribu protectrice d’Israël, déjà sous le roi H.iZeQiYYâHOu/ Ézéchias, puis sous le roi MeNaShèH/Manassé, puis enfin à l’époque du roi Yo’ShiYâHOu/Josias. Et c’est alors qu’on va nous raconter qu’a été découvert dans le Temple de Jérusalem un livre — ou un rouleau — qui contenait le noyau autour duquel allait s’élaborer, avec le temps, notre DEUTÉRONOME. Et je vous rappelle qu’à cette époque, le livre de la Genèse n’existe pas, pas plus que celui de l’Exode, du Lévitique et des Nombres ! Ce qui veut dire que le dernier livre de la TORâH, le Deutéronome, est en fait le PREMIER des livres de la TORâH qui a commencé à s’écrire avec lui !

Là-dessus, parce que ce n’est pas fini, Babylone prend le dessus sur les Assyriens, devient un empire encore plus vaste, et comme de bien entendu, déferle sur Juda au siècle suivant ! Et cette fois, non seulement Juda est envahi, mais suite à des erreurs politiques majeures de la part du roi TsiDeQiYYâH/Sédécias — qui le paiera cher —, l’empereur NeVouKhaDeNè‘TsaR/Nabuchodonosor décide d’en finir avec Israël. En 587, il fait le siège de YeROuShâLaYiM, il détruit le Temple et il envoie tous les notables en Exil. Pas toute la population, évidemment ! Ça n’aurait servi à rien ! On déporte uniquement ceux dont la position dans le peuple pourrait susciter une opposition à l’administration impériale, ce qui représente en gros cinq milliers de personnes, ce qui n’est déjà pas si mal.

Le reste de la population, essentiellement les paysans, va entretenir les terres jusqu’au retour de quelques exilés, sous la houlette de NeH.èMeYâH/Néhémie et de ‘EZeRaH/Esdras, à l’époque où la Perse a avalé à son tour l’empire babylonien. On est au vie siècle. L’empereur Cyrus ii exerce une politique de tolérance en matière religieuse et politique ; il unifie son empire en imposant l’araméen comme langue administrative et véhiculaire, et puis il joue la carte de l’intégration des coutumes de chaque peuple qui est sous sa coupe. Un retour des Juifs est alors possible. On est en 538 avt J.-C., c’est-à-dire 50 ans après la déportation babylonienne, deux ou trois générations plus tard.

Sauf qu’entre temps, les élites ont travaillé comme des malades !!! Ils auraient pu se dire : bon, faisons notre vie là où on est planté et puis basta ! Mais non ! Et c’est là où on va assister à quelque chose de remarquable, qui ne peut être que le fruit d’une réelle inspiration puisque ce travail — si on ne craignait pas de faire un énorme anachronisme qu’on pourrait qualifier de “bénédictin” — va aboutir à l’édition de la TORâH, entre autres.

Je vous le fais en très rapide : tous ces notables, en particulier les KoHaNîM et les scribes — parce que les LeWiYîM, eux, avaient été les grands perdants de l’affaire : avant la période assyrienne, ils officiaient comme prêtres dans leurs sanctuaires respectifs, mais arrivés à Jérusalem, on leur a bien fait comprendre que HaShèM privilégiait le sacerdoce du seul Temple ; et c’est pour justifier cette nouvelle pratique qu’on va établir la lignée des prêtres et des grands prêtres de Jérusalem, fils de AHaRoN, comme élus de HaShèM pour être les KoHaNîM parmi les Fils de LéWî ; les autres, ma foi, qu’ils s’occupent des tâches subalternes ! Or comme par hasard, le Deutéronome qui rapporte essentiellement des traditions du Nord qui ne parle pas de ‘AHaRoN, alors qu’il était une figure majeure du livre de l’Exode et du Lévitique ! Ou devrai-je dire : alors qu’il SERA une figure majeure, avec l’interventions de l’écrivain sacerdotal qui éditera la TORâH telle qu’en gros on la connaît aujourd’hui.

Alors pour en revenir à la question de ces prêtres du Nord qui deviennent les subalternes de ceux du Temple de Jérusalem, c’est sûr que ça grince des dents, au point que le prophète YeH.èZeQé’èL/Ézéchiel va devoir sérieusement remonter les bretelles aux LeWiYîM ! Mais bon, on verra ça en son temps, si Dieu nous prête vie d’ici là.

Toujours est-il que ces notables, tous lettrés, montent à Babylone avec dans leur mémoire les traditions ancestrales des différents royaumes, mais aussi la mémoire des prophètes dont on s’aperçoit que leurs avertissements étaient loin d’être vains, sauf qu’on ne les a pas écoutés ! D’où la question : « Mais qu’est-ce qui est arrivé ? » « Pourquoi ce cataclysme est-il survenu ? » « Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? » ; et puis aussi, plus sournoisement : « Est-ce qu’on se serait fait avoir ? Est-ce que Marduk, la divinité majeure de Babylone, ne serait pas plus puissante que YHWH ? » Eh oui… quand vous avez une divinité tutélaire, elle est sensée vous protéger, sans quoi à quoi bon ? C’est le grand argument contemporain contre l’existence même de Dieu : « Si Dieu existait, on ne souffrirai pas autant ! » Or c’est là que, sous l’effet d’une inspiration sans équivalent, tout à coup, les choses vont basculer !

D’abord, on va commencer par se dire : « Non, HaShèM est vraiment le seul ‘ÈLoHîM, le seul Dieu parmi tous les dieux. Tous les autres ne sont que des faux dieux, des idoles. HaShèM est le DIEU UNIQUE, celui de Juda, celui de Jérusalem ! » comme le rouleau découvert dans le Temple le martèle. Non seulement le seul HaShèM parmi tous ceux qui étaient vénérés de-ci, de-là sur le territoire d’Israël et ailleurs, mais le DIEU absolument UNIQUE, UNIVERSEL.

D’où la conclusion : si les nations ont pu fondre sur Israël et Juda, c’est que très mystérieusement, HaShèM le leur a permis. Donc on doit se poser la question : « Pourquoi l’a-t-Il permis ? » Et c’est là qu’entrent en jeu la mémoire des prophètes, du Nord comme du Sud : « Vous n’avez pas ÉCOUTÉ YHWH ! »

Parce que dans le fond, il faut bien comprendre que ceux qui ont porté l’unité des deux Royaumes frères, ce sont les prophètes, depuis ‘ÉliYâHOu/Élie, jusqu’à YiReMeYaHOu/Jérémie, pour ne s’en tenir qu’aux prophètes d’avant l’Exil. Et ce sont les prophètes qui vont obliger les scribes à évaluer la période de la royauté —, ce qui donnera les livres de SheMOu’éL/Samuel et les livres des Rois. Les KoHaNîM feront le même travail à leur manière : ça donnera les Livres des Chroniques. Même histoire, mais racontée sous deux points de vue différents. En tous les cas, vous imaginez la somme de boulot qu’il y a en perspective à partir du moment où l’inspiration commence à habiter tout ce petit monde ? Parce qu’à partir de là, il va falloir rien de moins que tisser entre elles toutes ces traditions, du Nord comme du Sud !

Alors on se met au travail, on revisite cette mémoire qui est avant tout ORALE — aujourd’hui où on a exporté nos cerveaux dans nos Smartphones, où on ne sais même plus faire une addition sans avoir besoin de réfléchir dans nos caboches là où nos anciens vous sortaient le résultat de tête en moins de temps qu’il n’en faut pour taper l’opération sur une calculette ; quand on en est rendu à un tel niveau d’inculture, on n’imagine pas la puissance de la mémoire humaine, qui fonctionne dans une tout autre dimension que nos Big Data qui se la pètent outre Atlantique ! Ce ne sont que des archives passives, alors que la mémoire vivante, elle, est constamment active ; constamment prête à ressortir les fichiers donc vous avez besoin au moment où vous en avez besoin, alors même que le fichier en question a été classé 70 ans auparavant quelque part dans le crâne, vous ne savez pas où… mais la mémoire, elle, le sait ; et elle le sait d’autant mieux que la trace est CHARNELLE ! Or la mémoire de ces KoHaNîM et de ces scribes est on ne peut plus CHARNELLE ! Il portent leur histoire dans les tripes, au point que ce n’est pas parce qu’ils ont été déportés qu’ils vont oublier leur terre natale et tout ce qu’elle porte comme traditions. Demandez à un Breton parisien s’il en oublie sa Bretagne ? Ou à un Corse s’il en oublie son ile ? Ou à un Basque s’il en oublie sa Pelote ? C’est la même chose, avec les mêmes tripes.

Du coup, tous ces hommes vont se mettre à discuter, à rapporter leurs traditions respectives : qui, du Nord, se réfère à Ya”aQoV ou à YOSéPh, ou à Re’OuVéN, etc. ; qui, du Sud, se réfère à ‘AVeRâHâM, ou à YiTseRâQ, ou à BiNeYâMiN/Benjamin, à ShiMe”ON/Siméon, sans oublier DâWiD et son fils SheLoMoH/Salomon, etc. Sans oublier non plus, sans doute venant des traditions du Nord, la figure d’un certain MoShèH/Moïse dont on ne peut pas ne pas s’étonner qu’on n’en parle très peu dans les livres de Samuel ou des Rois — l’histoire de DâWiD parle de l’Arche, mais jamais de Moïse ! Le Patriarche reparaît avec Salomon, et encore… 4 fois dans le premier livre des Rois, 6 fois dans le second. Encore plus étonnant : les prophètes ne mentionnent JAMAIS la figure de Moïse, alors qu’on ne peut pas trouver plus acharnés défenseurs de la TORâH de HaShèM ! Pourtant, à en croire la TORâH, il est tout de même une figure incontournable ! Et là, voyez, on voit que tous ces scribes ne sont pas des tricheurs : ils reçoivent cette mémoire historique et prophétique sans que Moïse y soit mentionné, et ils ne vont pas chercher à le rajouter artificiellement ! Si on reconnaît cette honnêteté, on peut aussi la reconnaître pour le reste de leur grand-œuvre.

Reste que, concernant Moïse et son enracinement égyptien, ces scribes et ces KoHaNîM judéens en Exil vont se dire ce qu’on se dit souvent quand on rencontre un grand homme : « Mais son histoire, c’est la mienne ! » Du coup, un lien privilégié s’instaure entre lui et moi. Eh bien pour Moïse, c’est en gros la même chose. Il est bien évident qu’historiographiquement, Moïse n’est pas ce guide de 3 millions d’hommes et de femmes dans le désert. Sauf qu’une tradition — sans doute du Nord — témoigne de l’épopée d’un Moïse qui a guidé toute une population depuis l’Égypte jusqu’en KaNa“aN — on l’avait estimé, rappelez-vous, à environ 6000 personnes, ce qui n’est déjà pas si mal. Or les scribes s’aperçoivent que cette tradition parle en fait de l’histoire de tout leur peuple ! Alors ils vont se l’approprier et raconter LEUR HISTOIRE en prenant Moïse pour guide. Et pour la raconter, ils vont puiser dans leurs traditions, certes, mais ils vont aussi l’agrémenter de la culture babylonienne et perse dans laquelle ils vivent et qu’ils s’approprient de la même manière. C’est comme ça par exemple, que dans le livre de l’Exode, les habits du KoHéN GaDoL, le Grand-Prêtre vont reproduire les habits sacerdotaux perses. Un peu comme ces peintures flamandes qui représentent Jésus en habits du xve ou du xvie siècle ; ou les fresques de Jésus Mafa qui mettent en scène un Jésus négroïde ; ou encore ces images d’Épinal d’un Jésus blond aux yeux bleus… Le processus est le même. Et alors ? Il s’agit de s’approprier une figure, parce que son histoire, c’est MON histoire et celle d’innombrables frères et sœurs avec moi. Alors ceci dit, le mécanisme est très différent concernant la composition des évangiles qui ont été rédigés moins de deux décennies après la mort de Jésus, par ceux-là mêmes qui ont vécu avec Lui et à qui Il avait fait apprendre par cœur ses enseignements pour pouvoir ensuite les redonner à ceux vers qui ils seraient envoyés. Là je me base sur la tradition syriaque pour vous dire ça, une tradition araméenne totalement ignorée par l’Occident, mais qui a pourtant bien des choses à nous dévoiler. Mais bon, c’est un autre problème. Néanmoins, c’était important qu’on le précise.

Toujours est-il qu’avec tout ce matériel, les scribes et les KoHaNîM en Exil, qui ne veulent décidément pas perdre ce patrimoine, vont rassembler tout ça, d’une part pour mettre par écrit les paroles des prophètes ; d’autre part en mettant DâWiD en exergue pour raconter l’histoire des deux royaumes ; et puis surtout pour composer la TORâH autour de la figure tutélaire de Moïse ! Qu’est-ce qui est FONDAMENTAL, qu’est-ce qui fait partie des fondements de notre histoire, fondements auxquels se sont attachés les prophètes ?

Voilà ce que la TORâH se propose, pour ainsi dire, de synthétiser et d’offrir à ce petit peuple d’Israël qui, pourtant — dira le ch. 7 — est bien le moindre de tous les peuples ! Ce fut encore une fois un travail gigantesque, de longue haleine puisque tous les indices portent à croire que la TORâH, telle que nous la lisons aujourd’hui, ne sera pas disponible en l’état avant le ive siècle avant J.-C. Donc vraiment très tardivement. Et encore : la version qui est la nôtre est celle qu’ont fixée définitivement les Massorètes, les Ba“aLéY HaMaSORâH, les « Maîtres de la Tradition », au ixe siècle APRÈS J.-C. Et de fait, il y a des nuances avec la version qu’a connue Jésus — des nuances qu’on retrouve dans la traduction grecque de la TORâH faite deux siècles avant sa naissance, en Égypte.

Enfin voilà. Donc, pour résumer, comment tout ça a-t-il commencé ? Eh bien par la « découverte » — on va mettre ça entre guillemets, parce qu’on soupçonne, à bon droit, un effet de lobbying politique —Par la « découverte » donc d’un ROULEAU dans le Temple, à l’époque du roi Yo’ShiYâHOu/Josias ; on est au viie siècle avt J.-C. Il n’était évidemment pas aussi développé que le livre qu’on va scruter ensemble, mais on pense aujourd’hui qu’il était construit sur le modèle des procès d’Alliance dont on parlera d’ici peu, et comprenait ce qu’on appelle une “titulature” où HaShèM reçoit le titre de Dieu Unique, le fameux SheMa“ YiSheRâ’éL : « Écoute Israël, YHWH ton ‘ÈLoHîM est UN, tu aimeras HaShèM de tout ton cœur, etc. » ; Puis venaient les stipulations du ch. 12, v. 13 à 18 interdisant d’offrir des holocaustes dans un autre lieu que celui qu’aura choisi YHWH ; suivait les sanctions applicables aux contrevenants au ch. 13 ; les prescriptions des grandes fêtes de pèlerinage où toute la population était sensée se rassembler du ch. 16 au ch. 18 ; et enfin les bénédictions et les malédictions du ch. 28. On ne parlait même pas de Moïse dans ces passages : c’était un décret royal, c’est tout.

Reste que c’est à partir de ce début de Rouleau du Deutéronome que s’est façonné, par après, l’ensemble du Pentateuque. Donc vous voyez : on termine par le Deutéronome, mais en fait, c’est par le Deutéronome que tout a commencé ; qu’on a effectivement pu REPRENDRE, l’histoire de tout le peuple d’Israël et en décrypter le sens ! C’est à partir de là qu’on a composé les différents récits, en puisant dans des représentations de l’époque ; qu’on les a étoffés et qu’on a élaboré tout un système de lois pour permettre au peuple de s’élever, d’élever son âme, et d’avoir la fierté de transmettre à ses enfants un esprit de liberté et d’espérance. On est parti de pas grand chose : quelques versets composés à Jérusalem à l’époque du roi Yo’ShiYâHOu/Josias ; et on en a fait un trésor pour l’humanité. Un peu comme le minuscule grain de sable qui s’insinue dans une huître et qui devient, avec le temps, une magnifique perle de valeur inestimable. Ou comme la graine de moutarde de la parabole qui est la plus petite de toutes les semences, mais qui devient le plus grand des arbres du jardin, si bien que les petits oiseaux viennent sous son ombre pour y installer leur nid.

Alors tout ce que je vous dis là ne doit pas vous troubler ! On en reparlera, mais c’est bien le chemin qu’a choisi HaShèM pour se révéler de l’INTÉRIEUR de l’histoire des hommes, et non comme une dictée angélique qui serait tombée du ciel. Et c’est à nous, AUJOURD’HUI — voilà encore un mot que le Deutéronome nous fera entendre souvent — ; à nous AUJOURD’HUI donc de nous approprier cette histoire, de la recevoir en héritage, par le Christ ; et surtout à lui faire porter ses fruits de VIE dans la puissance de l’inspiration qui ne cesse pas de l’habiter !

Enfin voilà. Voyez, c’est ça, lire la Bible en adulte. C’est comprendre que l’INSPIRATION passe par ce processus de RELECTURE. Et Jésus ne dira pas autre chose à ses disciples : « Quand il viendra, lui, l’Esprit de la vérité, il vous guidera dans toute la vérité. En effet, il ne dira rien de lui-même ; mais c’est ce qu’Il aura écouté qu’Il dira ; et c’est alors ce qui va venir qu’Il annoncera. Lui Me glorifiera, car c’est ce qui vient de moi qu’Il prend et qu’il vous annoncera à son tour. Tout ce qu’a le Père est mien ; voilà pourquoi je vous ai parlé ainsi : C’est ce qui est mien qu’Il prend et qu’il vous annoncera à son tour. » (Jn 16,13-15)

Si on ne comprend pas ça, alors tous ces récits ne sont finalement que des fables ou des contes de Grimm : de belles histoires, avec de beaux sentiments — et Dieu sait si les enfants en ont besoin pour apprendre à gérer leurs émotions ; mais un conte n’est jamais qu’une fiction. Tout autre chose est l’HISTOIRE avec un grand H à partir de laquelle s’est élaborée la TORÂH. Elle tisse certes des mythes pour pouvoir se penser, mais pour les élaborer, elle passe par un vrai travail CHARNEL de MÉMOIRE ; un travail qui consiste à coudre ensemble des traditions pour se mettre à l’écoute et pouvoir choisir le chemin béni de la VIE. Et c’est bien sur ce thème que s’achèvera notre livre.

Alors je vous laisse pour le moment sur ces considérations générales. On commencera dès la prochaine vidéo à se mettre à l’écoute patiente de ce récit qui ne manquera pas de nous étonner et de nous émerveiller, je vous le promets !

Je vous remercie.